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Chapitre 27 Le duel.

Le lendemain matin, quand Zakharief et son neveu frappèrent à la porte de la chambre à coucher du prince, celui-ci était déjà debout :
— Tenez, dit-il à Zakharief, mettez ce pli dans votre poche. S’il m’arrivait un malheur…

— Allons donc, voulez-vous bien ne pas plaisanter !

— Il faut tout prévoir. J’aurais bien tort, certes, de me plaindre de la vie, mais, après tout, je n’y tiens pas outre mesure.

— Tenez-y dans la bonne mesure, cela suffira ! dit Zakharief avec son rire. En attendant, permettez à un homme pratique de vous donner un bon conseil, que votre estomac vous donnerait bientôt, mais un peu tard : mangez un morceau avant de partir ! avec cela deux doigts de vin ; mais pas de thé, cela excite les nerfs et fait trembler la main. Tiens ! voilà une heureuse chance ! ajouta-t-il en regardant par la fenêtre. Il a gelé ferme, cette nuit ; nous ne pataugerons pas.

Quelques minutes après, un déjeuner froid était servi. Les trois amis mangèrent sobrement, égayés par l’intarissable babil de Zakharief.

Deux traîneaux bien attelés les attendaient en bas.

— Prenez-moi avec vous ! dit Zakharief au prince.

— Non, si cela vous est égal, j’aimerais mieux aller seul.

— Très bien ! si vous aviez dix ans de moins, je m’accrocherais à vous, mais… suffit ! Allez, nous vous suivrons.

Chourof monta en traîneau et dit un petit mot à l’oreille du cocher. L’équipage glissa rapidement sur la couche glacée qui couvrait d’un vernis étincelant les minces flaques d’eau et de boue liquide de la veille.

La Néva fut franchie sur le pont Nicolas. Le traîneau, courant droit au Nord, enfila les longues avenues rectilignes du Vassili-Ostrof et du Vieux-Pétersbourg.

Le prince regardait d’un œil distrait la ville encore à moitié endormie ; il vit glisser, à droite et à gauche, d’abord les rangées de hautes maisons, puis les bâtiments à deux étages, puis les modestes maisons de bois séparées les unes des autres par d’interminables palissades qui dessinaient les rues de l’avenir. Il traversa un pont de bois, un autre encore, entra dans un grand parc désert – et là, un spectacle admirable le secoua de sa rêverie.

Rêverie n’est pas le vrai mot : il en faudrait un autre, qui n’existe pas, pour désigner la situation d’esprit dans laquelle il se trouvait.

Pendant les vingt premières minutes de cette course vers le lieu du duel, le prince n’avait réellement pensé à rien, ni aux événements qui allaient avoir lieu, ni à la possibilité de recevoir une balle dans la tête, ni aux précautions qu’il devait prendre si « par maladresse » il tuait son adversaire, ni même, chose étrange, à la cause première de tout ce remue-ménage, à Vassilissa ! C’était pourtant le cas ou jamais d’y penser. Peut-être se dira-t-on qu’il refusait volontairement d’évoquer cette image, parce qu’il savait ou croyait n’être pas aimé ? Eh bien, non ; il ne pensait à rien et ne désirait pas penser.

Tout semblait lui être devenu indifférent, il avait fait certaines démarches nécessaires – le soufflet donné à Tchoudessof en était une qui lui avait paru plus nécessaire que les autres, – et maintenant il se reposait, comme un mécanicien qui a lancé sa machine et qui se croise les bras en attendant l’arrivée.

Pure affaire de tempérament, sans doute ! D’autres ont un courage non moins réel, mais plus actif, plus bouillant, moins équilibré, plus troublant pour eux et pour les autres. Le même homme, d’ailleurs, n’est presque jamais deux fois dans le même état d’esprit, il suffit d’une circonstance extérieure, d’un changement de saison, d’heure ou de lieu, pour rendre un homme – sinon moins résolu – en tout cas, autrement résolu.

En entrant dans le parc désert, le prince avait levé les yeux. Il regarda sa montre, qui marquait six heures quarante. Dix minutes suffisaient pour arriver au lieu du rendez-vous.

— Mets ton cheval au pas, dit-il à son cocher.

Le second traîneau, qui suivait à cinquante mètres de distance, ralentit aussi sa marche.

En ce moment, le soleil, quoique bas sur l’horizon, était levé depuis environ une heure et demie.

L’équinoxe du printemps était déjà passé depuis trois semaines, et l’on sait combien, dans les pays du Nord, les jours grandissent vite.

La veille encore, à l’heure du coucher du soleil, ceux qui avaient traversé ce parc avaient dû le trouver bien lugubre. En effet, pendant ces heures de dégel, les chemins étaient couverts d’une boue épaisse ; les grands arbres, buvant comme des éponges la neige qui les avait parés tout l’hiver, avaient l’air de grands spectres noirs comme de l’encre, dont les mille bras bizarrement tordus semblaient plus noirs encore par contraste avec la coupole de vapeurs grises sur laquelle ils se profilaient…

Une belle gelée de quelques heures avait suffi pour mettre à chaque tronc d’arbre, à chaque branche, au moindre brin d’herbe sèche, une mince gaine de givre. Ce n’était plus une forêt d’hiver à l’écorce noirâtre : de son coup de baguette, une fée l’avait transformée en une forêt de cristal.

Un clair soleil brillait là-dessus.

À chaque mouvement du traîneau, le spectacle changeait. Sur la gauche, les rayons du soleil, renvoyés par réflexion, allumaient partout des milliers d’étincelles qui semblaient courir et se poursuivre comme d’agiles scarabées sur les rameaux transparents.

À droite, du côté de l’Est, chaque arbre, passant devant le disque du soleil, devenait tout à coup une immense girandole de diamant, où l’œil ne distinguait plus les branches emmêlées et noyées dans une puissante irradiation.

Cet étrange paysage de givre n’avait pas la blancheur des paysages de neige – blancheur satinée ou veloutée, selon le moment, mais toujours opaque ; – il était sans couleur, comme l’eau des fontaines, comme la glace immaculée des premiers jours de froid, comme l’éther infini des belles nuits claires de l’été dans les pays du Nord. Uniquement formé de reflets et de transparences, il n’avait d’ombre nulle part : la lumière enveloppait les surfaces brillantes, tournant autour des grands troncs, fouillant dans toutes leurs sinuosités les brindilles des arbrisseaux et les touffes d’herbe séchée, glissant horizontalement sur la terre gelée qui avait l’air d’une glace de Venise sans commencement ni fin, où la fée du givre avait répandu à profusion ses trésors de diamants et de pierreries.

Le prince, ébloui, regardait ce merveilleux spectacle, dont tous ceux qui l’ont vu connaissent l’irrésistible fascination. Il se plongeait avec délices dans ce bain de lumière. Sa pensée avait quitté le vilain monde où nous sommes, pour se réfugier dans l’idéale sérénité d’un autre monde plus parfait où l’atmosphère n’a pas de vent, où le ciel n’a pas de nuages, où la lumière n’a pas d’ombres – où les femmes, peut-être, n’auraient pas eu de dédains pour lui.

— Vous allez vous fatiguer les yeux, mon ami ! dit une voix.

Il tressaillit et retomba dans la réalité. Cette voix était celle de Zakharief, dont le traîneau s’était mis de front avec le sien.

Nous n’avons que le temps d’arriver ! Allongeons le trot ! Pourquoi me faites-vous les gros yeux ?

— Je ne vous fais pas les gros yeux, dit le prince un peu confus ; je ne vous vois pas ; je suis encore tout ébloui.

— Là ! que vous disais-je ? Il faut avouer que le moment était bien choisi pour regarder le soleil en face ! Comment ferez-vous pour viser à présent ? Il n’y a qu’un moyen de réparer la faute : fermez les yeux, mettez votre main par-dessus, et ne les rouvrez plus jusqu’à l’arrivée.

Chourof suivit ce conseil. Pendant une minute encore, il vit dans ses yeux fermés tous les rayons de lumière qu’il y avait pour ainsi dire emmagasinés. Le feu d’artifice diminua ensuite peu à peu, non sans quelques subites recrudescences ; puis enfin l’obscurité complète se fit.

En se voyant ainsi plongé dans la nuit noire, après les éblouissements de la minute précédente, le prince éprouva une étrange impression. Il lui sembla qu’un voile de mélancolie ensevelissait à plis épais son âme brusquement désenchantée. La vie lui apparut comme un désert aride et sombre, où l’on ne rencontre pas un seul cœur aimant, pas une main amie.

— À quoi bon vivre ?… se dit-il amèrement. J’ai légué mes biens à Vassilissa… autant vaut que ce soit elle qui en profite avec un autre plus heureux. Après tout, l’ai-je aimée seulement ? J’ai demandé sa main parce qu’il me semblait qu’elle ferait une bonne femme, et que, pauvre comme elle était, j’avais moins de chance d’être refusé par elle… Voilà un beau calcul, qui m’a bien réussi !… Eh bien, mon testament sera ma vengeance ! Peut-être alors pleurera-t-elle un peu en pensant à moi… Mais si le Tchoudessof me tue ? c’est lui qui sera son mari… Non : Lissa millionnaire sera laissée libre. – Et puis, franchement, si elle ne sait pas résister, elle ne sera qu’une sotte et n’aura que ce qu’elle mérite… Plaise au ciel que le Tchoudessof soit bon tireur : il me délivrera d’un lourd fardeau.

C’est au milieu de ces pensées qu’il arriva au lieu du rendez-vous.

— Nous y voilà, s’écria Zakharief, et les premiers, encore ! Cela m’aurait vexé de les trouver ici avant nous. Ah ! il n’était que temps ; les voici qui arrivent de l’autre côté. Ils ont pris par le Kamennoï Ostrof.

Le prince, en apercevant la figure de son adversaire, sentit fortement diminuer l’envie qu’il avait eue de mourir.

— Être tué par ce sacristain ? pensa-t-il, ce serait trop ridicule.

Il est vrai que les choses ridicules arrivent quand c’est leur tour, et d’ailleurs la mort n’est jamais ridicule pour personne.

— Messieurs, dit Zakharief aux trois arrivants, nous n’avons que deux cents pas à faire. Veuillez nous suivre par ici.

Ils entrèrent dans les taillis de Krestovsky, aujourd’hui peuplés d’élégantes villas et parsemés de jardins d’agrément.

La neige, dans cet endroit presque désert et exposé à tous les vents, s’était tant soit peu tassée sous l’action du dégel à son début, mais formait encore une couche de six à huit pouces d’épaisseur. La légère surface de givre qui la recouvrait cédait en craquant sous les pieds des six promeneurs.

Au bout de dix minutes de marche, la clairière s’étala devant eux, presque circulaire, large d’environ cinquante pas. Zakharief, voyant le terrible Voïnof tirer une boîte à pistolets de dessous sa pelisse, fit le même mouvement.

— Messieurs, dit-il, j’ai aussi apporté des armes. Nous vous donnons notre parole d’honneur que le prince ne les connaît pas. M. Tchoudessof, sans aucun doute, n’a jamais essayé les vôtres ?

— Jamais ! dit Tchoudessof avec empressement.

— Nous allons donc tirer au sort…

— À quoi bon ? dit Voïnof, qui avait l’air de réciter une leçon apprise par cœur. Que le prince daigne choisir… Sa loyauté nous est connue…

Zakharief, mécontent, interrogea Chourof du regard. Celui-ci répondit par un haussement d’épaules qui voulait dire : Que m’importe ? je ne dois pas me mêler de ces détails.

— Le prince n’y tient pas. Choisissez vous-mêmes, messieurs. Nous avons autant de confiance dans votre loyauté que vous en avez dans la nôtre ! répliqua Zakharief, qui n’était pas fâché de montrer « à ces gens-là » qu’on ne voulait rien leur devoir.

Voïnof, sans répondre, saisit une des armes qu’il avait apportées, et se mit en devoir de la charger. Zakharief voulut prendre l’autre pistolet de la même paire.

— Oh ! monsieur, dit Voïnof d’un air chevaleresque, confiance pour confiance ! ce serait nous blesser ! Donnez au prince un de vos pistolets, nous vous en prions.

Tchoudessof regardait ce manège d’un air qui voulait être distrait ; mais une satisfaction mal dissimulée rayonnait sur sa figure. En vérité, il y avait de quoi. Il connaissait l’arme dont il allait se servir, comme un bon écuyer connaît son cheval, et, si son adresse n’allait pas jusqu’à tuer des hirondelles au vol, du moins avait-il le droit de se dire excellent tireur. En outre, il ignorait parfaitement que le prince fût d’une force quelconque à cet exercice.

— Je tirerai le premier, se disait-il in petto. À trente pas, je suis sûr de mon coup.

— Désirez-vous compter les pas ? dit Zakharief.

Voïnof se mit en marche sans répondre. Il n’avait pas fait trois pas, que Zakharief s’arrêta.

— Pardon, lui dit-il, vous tournez tout juste le dos au soleil.

— Eh bien, qu’est-ce que ça peut faire ?

— Cela fait qu’un de ces messieurs aura le soleil en face et ne pourra viser. Voulez-vous permettre ?

Voïnof s’inclina avec la même raideur que s’il eût été un vieux militaire blanchi sous le harnais.

Zakharief, rasant le bord de la clairière, chercha un point de départ commode ; puis il se mit en marche, sans faire de trop grandes enjambées, et ses pieds laissèrent trente fois leur trace bien visible dans la neige, que le poids de son corps faisait légèrement céder. Rien ne fut plus facile que de diviser cet espace en trois parties égales, pour marquer la limite que les deux adversaires ne devaient pas dépasser en marchant l’un sur l’autre.

Les distances bien mesurées et les adversaires placés après avoir mis bas leurs pelisses, les témoins s’écartèrent à droite et à gauche.

Un court silence suivit.

— Allez ! dit une voix.

Les deux adversaires restèrent parfaitement immobiles. Chacun d’eux semblait viser soigneusement. Au bout d’une seconde, qui parut terriblement longue aux témoins, un coup retentit.

C’était Tchoudessof qui jouait son va-tout.

Les regards se tournèrent tous instinctivement du côté d’où le coup était parti, puis volèrent comme un éclair vers le point opposé.

Le prince était debout, mais un peu pâle, et sa main droite, qui tout à l’heure soutenait l’arme à la hauteur de l’œil, pendait maintenant à son côté. Ses doigts se détendirent, le pistolet glissa doucement sur le verglas, dans une touffe d’herbe sèche qui émergeait au-dessus de la couche glacée.

Le prince baissa la tête et mit un genou en terre.

À trente pas de là, Tchoudessof savourait ce spectacle avec une farouche avidité. La joie de n’avoir pas à essuyer le feu, le plaisir de la vengeance, la perspective de son prochain mariage, désormais sans obstacle… tout cela bouillonnait en lui dans un délicieux pêle-mêle…

Tout à coup la figure jaune de Tchoudessof devint verdâtre. Le prince n’achevait pas de tomber : il saisissait son pistolet de la main gauche, se relevait et, d’une allure ferme, faisait dix pas en avant.

Son bras droit pendait toujours à son côté.

— Malheur ! se dit Tchoudessof, c’est le bras droit qui a paré le coup !

Et il resta immobile comme une statue, n’ayant pas l’air de comprendre l’invitation pressante qui se lisait pourtant bien clairement dans le regard fixe du prince.

— Avancez donc ! dit la voix indignée de Zakharief.

En entendant cette voix, Tchoudessof tressaillit. Les regards méprisants qu’il sentait peser sur lui étaient aussi terribles et l’atteignaient aussi sûrement qu’une balle de pistolet.

Il le mit donc en marche, pas trop vite d’abord, s’effaçant toujours et se faisant tellement mince, qu’il pouvait réellement se croire à l’abri derrière son pistolet comme derrière un bouclier.

Si Dmitri avait été là, quelle grotesque silhouette il eût trouvé à copier !

Puis, voyant que le prince ne prenait pas la peine de le viser d’avance, Tchoudessof parcourut franchement les quatre ou cinq pas qui lui restaient à faire, et s’effaça plus que jamais.

— Imbécile ! murmura le prince Chourof en le regardant avec des yeux furieux.

Le prince visa soigneusement, longtemps, trop longtemps même au gré de Zakharief, car dans ces moments-là une demi-seconde est une durée interminable.

— Il lui en veut donc bien ? pensa Zakharief.

Mais il n’avait pas eu le temps d’énoncer mentalement sa pensée, que le coup partit.

Tchoudessof ouvrit des yeux effarés, tourna à demi sur lui-même, et tomba comme une masse inerte.

— Ah ! mon Dieu !… l’aurais-je tué ? s’écria Chourof. J’avais pourtant bien visé !

Tout le monde se précipita vers le blessé. Quelques gouttes de sang rougissaient la neige : elles sortaient de son épaule gauche. Un petit trou dans la manche prouvait à tout le monde que la blessure ne pouvait être aucunement grave. Il y avait eu plus de peur que de mal.

— Ah ! je respire ! dit Chourof tout bas à ses témoins. Cet imbécile s’effaçait si bien, que j’ai eu toutes les peines du monde à voir un petit bout de son bras gauche !

— Mais vous-même, vous êtes blessé ! Montrez-nous ça.

Vérification faite, pendant que le Tchoudessof reprenait ses sens, il fut constaté que le prince avait reçu la balle au coude, au moment où il était déjà en position pour viser.

Le projectile avait enlevé un morceau de la manche, éraflé la peau et froissé vivement quelques nerfs contre l’os, ce qui avait causé une douleur vive et passagère, en amenant un engourdissement momentané de l’avant-bras ; ceux qui ont eu l’occasion de se heurter le coude contre un objet dur connaissent, en petit, ce phénomène-là ; puis la balle avait continué sa route en égratignant une côte, mais sans pénétrer le moins du monde. Le prince en serait quitte pour une nuit de repos et quelques petites bandes de sparadrap.

Quant à Tchoudessof, il était blessé tout près de l’articulation de l’épaule ; mais, par un bonheur qu’il ne méritait guère, l’humérus n’était pas cassé. On lui fit un premier bandage expéditif.

Il rouvrit enfin les yeux.

— Monsieur, lui dit le prince, je suis heureux de voir que votre blessure n’est pas grave. J’y avais mis tous mes soins. La prochaine fois, ce serait plus sérieux, d’autant plus que vous tirez fort bien. Je vous en fais mon compliment sincère. Est-il absolument nécessaire que nous recommencions ?

— Prince, dit Tchoudessof avec dignité, j’ai tenu à vous prouver que l’on n’obtient rien de moi par la menace. Maintenant que nous avons fait tous les deux notre devoir…

— Hum ! tous les deux… murmura le neveu de Zakharief.

— Je peux vous affirmer, continua le blessé, que mon intention, avant notre première entrevue, était déjà d’écrire à madame la comtesse pour lui déclarer que je ne voulais point forcer l’inclination de…

— Parfaitement ! interrompit le prince. Votre intention n’est pas changé ?

— Non, prince.

— Vous écrirez aujourd’hui même dans ce sens ?

— Non, prince, c’est déjà fait. La lettre est sur mon bureau. Je n’ai pas voulu que ma résolution put avoir l’air d’être dictée par le résultat, quel qu’il fût, de cette rencontre.

— Veuillez être persuadée que je vous félicite sincèrement de cette bonne résolution… dit le prince.

On se salua et les deux groupes se séparèrent.

— Je ne l’aurais pas cru capable… Après tout, c’est peut-être un mensonge, et la lettre n’est pas encore écrite ! dit Zakharief.

Il se trompait. La lettre était écrite. Mais Tchoudessof s’était promis de la jeter au feu si le duel tournait à son avantage. Il est toujours bon de se donner le beau rôle.

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