‹ Les KoumiassineChapitre 8 sur 59 · Chapitre 8 Zénaïde prend mal la nouvelle.

Chapitre 8 Zénaïde prend mal la nouvelle.

Zénaïde fut bientôt au courant de ce qui s’était passé. Elle avait remarqué la tristesse de sa cousine, et pendant la nuit, quand les deux institutrices, fatiguées d’avoir fait des malles, dormirent d’un sommeil profond, elle se fit raconter par Lissa l’événement de la soirée.

Son premier mouvement, après ce récit, aurait plongé la comtesse dans une indignation superbe, si elle en avait eu connaissance.

— Que c’est vilain ! s’écria-t-elle presque tout haut ; – c’est abominable ! ajouta-t-elle en baissant le ton ; – c’est malhonnête… dit-elle enfin, si bas, si bas, que Vassilissa le devina plutôt qu’elle ne l’entendit.

Un silence suivit, plein de pensées de part et d’autre.

— Ma mère aurait dû te prévenir, reprit enfin Zina. Je ne sais pas comment ces choses-là se passent, mais il me semble que, si on ne vous le dit pas, vous ne devinerez jamais qu’un monsieur veut vous épouser !

Lissa ne répondit rien. Zina reprit aussitôt :

— Ce pauvre prince Charmant ! Il t’avait préparé une belle chambre de blonde… Et moi qui lui en voulais de n’avoir fait jouer que tes valses ! C’était bien naturel, pourtant ! Eh bien, tu ne dis rien ? continua-t-elle avec impatience ; dis donc quelque chose !

— Que veux-tu que je te dise ? répondit tristement Lissa.

— Mais cela ne peut pas se passer comme ça ! Il faut lui écrire… je lui écrirai, si tu ne veux pas le faire ! Je lui dirai que…

— Que ta mère n’a pas agi franchement avec lui ? dit doucement Lissa.

Zina enfonça sa tête sous son drap et se mit à pleurer. Lissa descendit tout doucement de son lit, vint la trouver, et les deux jeunes filles pleurèrent ensemble pendant un bon moment.

Lorsque les deux petits cœurs trop pleins eurent laissé déborder leurs larmes, Zina, serrant sa cousine dans ses bras, lui dit à l’oreille :

— Ne crains rien, je ne permettrai pas qu’on te fasse du tort ! Nous avons été élevées ensemble. Tu étais avant moi dans la maison… Il ne fallait pas te prendre, si on voulait te rendre malheureuse ! Je m’adresserai à mon père. Je te protégerai.

Malgré son cœur froissé, Lissa trouva cette idée si réjouissante qu’elle se mit à rire, et Zina l’imita. Heureux âge !

— Chut ! il ne faut pas réveiller nos gouvernantes ! murmura Vassilissa, toujours raisonnable. Bonne nuit !

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