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Chapitre 33 La chambre de la tourelle

— Est-ce toi, Rosine ? demanda Michel quand il entendit une main qui cherchait à ouvrir la porte.

— Non, ce n’est pas Rosine, monsieur Michel ; c’est moi.

Michel reconnut la voix de Mary mais il n’en pouvait croire ses oreilles.

La voix continua :

— Oui, moi… moi qui suis furieuse contre vous !

Mais, comme l’accent jurait avec la voix, Michel ne fut pas trop effrayé de cette fureur.

— Mademoiselle Mary ! s’écria-t-il, mademoiselle Mary ! mon Dieu !

Et il s’appuya contre la muraille pour ne pas tomber.

Pendant ce temps, la jeune fille ouvrait la porte.

— Vous ! s’écria Michel, vous, mademoiselle Mary ! Oh ! que je suis heureux !

— Oh ! pas tant que vous le dites.

— Comment cela ?

— Puisque vous avouez, au milieu de votre bonheur, que vous mourez de faim.

— Ah ! mademoiselle, qui vous a dit cela ? balbutia Michel en rougissant jusqu’au blanc des yeux.

— Rosine… Voyons, arrive, Rosine ! continua Mary. Bien ! commence par poser ta lanterne sur cet établi, et ouvre vite ton panier. Ne vois-tu pas que monsieur Michel le dévore du regard ?

Sur l’invitation de Mary, il reprit son canapé d’avoine, et trouva fort agréable de manger les morceaux que lui découpait la main blanche de la jeune fille.

— Oh ! que vous êtes donc enfant ! lui disait Mary. Pourquoi n’avoir pas dit à mon père : « Monsieur, il me serait impossible de rentrer chez ma mère ce soir ; veuillez me garder jusqu’à demain matin » ?

— Oh ! je n’eusse jamais osé ! s’écria Michel.

— Pourquoi cela ?

— Parce qu’il m’impose énormément, monsieur votre père !

— Mon père ! mais c’est le meilleur homme du monde. Et puis, n’êtes-vous pas notre ami, à nous ?

— Oh ! que vous êtes donc bonne, mademoiselle, de me donner ce titre !

Puis, se hasardant à faire un pas en avant :

— Mais est-il bien vrai, demanda le jeune baron, que je l’aie déjà gagné ?

Mary rougit légèrement.

— Saviez-vous que Me Loriot est ici ?

— Me Loriot, de Machecoul ?… s’exclama le jeune homme.

— Me Loriot, de Machecoul, répéta Mary, il venait vous chercher.

— Mais, mademoiselle, fit Michel effrayé, je ne veux pas retourner à la Logerie, moi ; ma mère veut m’emmener à Paris. Est-ce que vous lui avez dit que j’étais ici, à ce notaire ?

— Je m’en suis bien gardée !

— Oh ! mademoiselle, que je vous remercie !

— Il ne faut pas m’en savoir gré ; je ne le savais pas.

— Mais maintenant que vous le savez…

Michel hésita.

— Eh bien ?

— Il ne faut pas le lui dire, mademoiselle, répliqua Michel, honteux de sa propre faiblesse.

— Ah ! ma foi, monsieur Michel, dit Mary, je vous avouerai une chose…

— Avouez, mademoiselle, avouez !

— Eh bien, c’est qu’il me semble que, si j’étais homme, dans aucune circonstance, Me Loriot ne pourrait m’embarrasser beaucoup.

Michel parut rassembler toutes ses forces pour prendre une résolution.

— Au fait, vous avez raison, dit-il, je vais lui déclarer que je ne rentrerai jamais à la Logerie.

En ce moment, les deux enfants tressaillirent.

La cuisinière appelait Rosine à grands cris.

— Oh ! mon Dieu ! firent-ils en même temps, presque aussi tremblants l’un que l’autre.

— Entendez-vous, mademoiselle ? dit Rosine.

— Oui.

— On m’appelle.

— Mon Dieu ! fit Mary se relevant et toute prête à fuir, se douterait-on que nous sommes ici ?

— Eh bien, quand on s’en douterait, quand on le saurait même, répondit Rosine, il n’y aurait pas grand mal à cela. Je vous laisse.

Mary n’osa pas la retenir davantage.

Rosine partit donc et laissa les deux jeunes gens seuls.

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