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Partie 3 · Le perroquet de Totor et l’oie de Gâtine

Les arrestations continuèrent pendant des mois ; tous les jours on trouvait une ramification nouvelle. On avait réellement mis la main sur une franc-maçonnerie de filous.

Il y avait surtout parmi eux un individu qui me donna un certain mal ; son vrai nom était Chambon, je l’appris plus tard, mais il était connu dans le monde de la pègre sous le pseudonyme de Victor Chevalier. On me l’avait signalé comme le véritable receleur de la bande Catusse, et je ne pouvais parvenir à retrouver ses traces.

Enfin, un jour, j’appris qu’il demeurait rue du Poteau avec une fille Marie B… Je parvins à avoir des détails très complets sur la façon dont vivait le couple, dans un petit pavillon isolé loin des regards indiscrets de la police.

Victor Chevalier était un ancien marchand de chevaux qui, pour avoir un métier apparent, possédait quelques vieilles carrioles et quelques haridelles qu’il louait à ses voisins, surtout aux bonneteurs fréquentant les courses.

Le ménage était très heureux dans cette retraite, possédant un petit jardin, des poules, des oiseaux et un perroquet, m’avait-on dit, « qui parlait comme un homme ».

Victor Chevalier avait la réputation d’être un receleur aimable qui, d’ordinaire, retenait à dîner ses camarades, les voleurs, et l’on faisait alors ripaille chez lui jusqu’au lendemain.

Le matin où j’arrivai rue du Poteau, je ne trouvai que la fille B…, qui me reçut avec un air narquois et refusa absolument de me donner le moindre renseignement sur son amant. Je crois même qu’une de ses réponses à mes questions fut le mot que Cambronne a rendu célèbre.

Je ne trouvai pas grand’chose dans la maison ; toutes les malles de Victor Chevalier qui m’avaient été signalées avaient disparu ; le perroquet lui-même, le fameux perroquet qui parlait si bien, n’était plus là.

Néanmoins, cette visite matinale et domiciliaire ne fut pas inutile.

J’étais en train d’interroger la fille B…, laquelle pour me répondre effeuillait devant moi toutes les roses de son répertoire des Faubourgs, quand tout à coup on frappa à la porte.

— Ah ! dit la femme, c’est mon blanchisseur ! Permettez-moi de lui parler.

Malgré toute ma galanterie, je ne crus pas devoir lui donner cette autorisation et je criai d’une voix forte :

— Entrez.

La porte s’ouvrit et je vis apparaître deux types étranges courbés sous le poids de sacs énormes : naturellement, en me voyant, ils firent un mouvement de recul.

— Entrez donc, messieurs, repris-je, je vous en prie ; c’est moi qui suis le nouveau locataire : « Ancienne maison Chevalier, Goron successeur. »

Les deux gaillards, dont l’un portait le surnom de Marque-Mal, et l’autre celui de l’Acrobate, auraient bien voulu reprendre le chemin par lequel ils étaient venus ; mais mes agents ne leur en avaient pas laissé le temps.

Il fallut vider les sacs qui contenaient toute la boutique d’un coiffeur que ces honorables clients de Victor Chevalier avaient dévalisée pendant la nuit.

La prise était bonne ; je les envoyai tous les deux au Dépôt, ainsi que la fille P…

Mais je n’avais toujours aucune trace de Victor Chevalier, dont l’instruction, faite par M. Poncet, révélait chaque jour le rôle important dans les affaires de la bande Catusse.

Encore une fois, le hasard vint à mon aide.

Un matin, au petit jour, j’étais allé perquisitionner dans une rue de la butte Montmartre dont le nom m’échappe, chez un individu pris en flagrant délit de vol à la tire. Comme nous entrions chez lui, j’aperçus, sur un perchoir, un magnifique perroquet vert-jaune et rouge, qui nous salua de ce cri :

« Totor ! Totor ! il est beau, Totor ! Riri ! Riri ! »

Je n’avais pas besoin d’un grand effort cérébral pour me rappeler que Victor Chevalier possédait un perroquet. Totor ! Totor ! mais ce devait être le petit nom familier du propriétaire de l’oiseau 1

Et comme la fille B…, que j’avais arrêtée, s’appelait Marie, Riri devait être de même le nom de sa maîtresse que l’oiseau avait retenu.

— Mon garçon, dis-je à l’individu que je venais d’arrêter, c’est le perroquet de Victor Chevalier, et sans doute ses malles et son mobilier que vous avez ici.

D’abord, l’homme protesta avec indignation ; puis, comme cela arrive la plupart du temps, il entra dans la voie des aveux et convint que c’était lui qui avait déménagé Victor Chevalier pour que la police ne trouvât rien de compromettant quand elle viendrait, rue du Poteau, faire la descente attendue.

Ce complice ne voulut pas en dire davantage : prières, menaces, rien n’y fit. Il me fut impossible d’obtenir de lui l’endroit où se cachait Victor Chevalier.

Seulement, dans son portefeuille, dont je m’étais immédiatement emparé, je trouvai une petite note laconique ainsi conçue :

A. B. C., bureau restant, Asnières.

Évidemment, cet homme recevait une correspondance clandestine que la justice avait intérêt à connaître ; je fis donc prendre à Asnières toutes les lettres qui arrivaient bureau restant aux initiales A. B. C.

La première lettre saisie fut une véritable révélation. C’était Victor Chevalier lui-même, qui écrivait à son compère X…, en bon camarade ; il lui livrait le fond de son cœur, sans se douter que la police mettrait la main sur une missive aussi édifiante.

Chevalier travaillait en province et racontait avec une ingénuité parfaite une dizaine de vols importants qu’il avait commis dans différentes villes. La lettre était datée de Bordeaux, où opérait en ce moment le collègue de Catusse et de Ménégant. Il donnait rendez-vous à son ami à Angers, lui disant :

« J’arriverai le premier jour de la grande foire, car c’est certainement un des endroits où l’on peut le mieux travailler ; ne manque pas d’y venir, il y a de la besogne pour deux. »

En post-scriptum, il ajoutait qu’il avait pris le pseudonyme de Félix Crouzet, et qu’il avait des papiers en règle, ce qui voulait dire que le véritable Félix Crouzet, avait été dévalisé.

Dans cette lettre, Chevalier avait pris soin de donner tous les renseignements que la police-pouvait utiliser ; il indiquait jusqu’à l’heure du train qui devait l’amener à Angers.

Rien n’était plus simple, allez-vous penser, que d’aller à Angers cueillir notre voleur au jour et à l’heure indiqués !

Eh non ! cela n’était pas aussi commode qu’on pourrait le croire. Je n’avais même pas une photographie de Chevalier et, sous la main, aucun agent qui le connût.

Alors je cherchai et j’appris, dans le cours de mon enquête, qu’un charbonnier, quelques années auparavant, avait eu sa sœur enlevée par un des principaux membres de la bande Catusse.

Ce brave homme, dont je ne donne pas le nom, on comprend facilement pourquoi, avait juré une haine à mort à tous ces misérables et surtout à celui qui avait déshonoré sa famille, — lequel se trouvait être, par surcroît de chance — Victor Chevalier, celui que je cherchais.

J’allai donc trouver mon charbonnier, qui s’écria :

— Fouchtra, si je reconnaîtrais le misérable ! Mais je le reconnaîtrais entre dix mille.

Seulement, quand je lui parlai de faire le voyage avec moi, il m’objecta les nécessités de son commerce et il me dit tout de suite que sa fortune ne lui permettait pas de faire à ses frais une excursion aussi coûteuse.

Je fis comprendre à l’Auvergnat que, dans ces conditions, nous pouvions nous entendre ; je lui offris un petit dédommagement pécuniaire qu’il accepta et nous prîmes rendez-vous pour le soir à la gare d’Orléans.

Un chef de la Sûreté, s’il doit réprimer les écarts des passions humaines, comme dirait M. Prud’homme, doit aussi savoir se servir desdites passions quand… elles sont utiles à la société. La jalousie et la vengeance sont les meilleurs auxiliaires de la police.

L’expédition était des plus délicates. Je voulus m’en charger moi-même et partis avec un agent en compagnie de mon vindicatif charbonnier.

Le voyage ne fut pas des plus gais. Le charbonnier portait d’énormes souliers ferrés dont il s’empressa de se débarrasser aussitôt installé dans le wagon de 1 classe que l’on m’avait réservé. Or, le cuir de ces diables de chaussures auvergnates avait une odeur si particulière qu’il me fut impossible de dormir de la nuit.

Quand nous arrivâmes à Angers, la police de la ville se mit à mon entière disposition avec le plus grand empressement, et le chef de gare voulut bien, par exception, ne laisser ouverte qu’une seule porte pour la sortie des voyageurs. Je plaçai mon charbonnier bien commodément dans un coin où, assis sur un chariot à bagages, il pouvait dévisager un à un tous les voyageurs descendant du train sans être vu d’aucun d’eux.

Enfin, le colonel du régiment de cuirassiers en garnison à Angers, qui avait, ce matin-là, un piquet à la gare, pour l’arrivée des recrues, voulut, lui aussi, me faciliter ma tâche et disposa ses hommes des deux côtés de la voie, de telle façon que s’il eût pris fantaisie à mon voleur de descendre à contre-voie, il eût été pincé.

Toutes mes précautions étant ainsi bien prises, le train fut signalé.

Je me tenais, avec l’agent qui m’avait accompagné, près du commissaire central d’Angers et de quelques-uns de ses hommes, dans le grand vestibule par lequel tous les voyageurs étaient forcés de passer. Juste derrière moi, était assis le charbonnier, mon Auvergnat, qui pouvait tout voir, et devait simplement me prévenir lorsqu’il reconnaîtrait le fameux Chevalier.

Le train venant de Bordeaux est comble toujours pour la foire d’Angers qui a une grande réputation dans l’Ouest. Des centaines et des centaines de voyageurs avaient défilé devant nous sans que mon Auvergnat fît le moindre geste. Àplusieurs reprises, je m’étais retourné vers lui.

— Rien, avait-il simplement répondu.

Enfin, assez éloigné des autres voyageurs, apparut un groupe de trois individus ayant l’allure de marchands de chevaux et portant des couvertures sur le bras. Ils regardaient de tous les côtés comme des gens qui cherchent quelqu’un.

— Eh bien ? demandai-je au Fouchtra.

Alors je vis ses yeux lancer des éclairs et, la voix lui manquant, tant était grande son émotion, il ne put que me faire de la tête un signe affirmatif.

J’étais venu pour arrêter un homme, j’en avais trois devant moi ! Mais tant pis, au petit bonheur, le bon Dieu reconnaîtrait les siens ! Je n’avais pas le temps de demander des explications plus précises.

Sur un signe de moi, les agents de police d’Angers se jetèrent sur les trois arrivants qui en un instant furent ficelés. Il y eut cependant une résistance désespérée de la part de deux d’entre eux, résistance qui me fit comprendre tout de suite que, pour ceux-là, du moins, la prise était bonne.

Je fus obligé de faire déshabiller ces deux récalcitrants afin d’essayer de trouver leurs bulletins de bagages ; mais tous deux l’avaient avalé.

Quant au troisième, qui s’était laissé arrêter avec placidité, c’était un homme de quarante-cinq ans environ, la figure rougeaude, l’aspect débonnaire ; il se gardait bien de protester, et il me dit tranquillement :

— Monsieur Goron, je vous connais de réputation ; je sais que vous tenez à protéger les honnêtes gens contre les malfaiteurs ; mais aujourd’hui, vous vous trompez et vous avez trop bon cœur pour ne pas regretter bientôt votre erreur. Je vous jure que je ne connais pas ces messieurs et que je les ai rencontrés dans le train pour la première fois de ma vie.

Mais je n’avais guère le temps de l’écouter.

Victor Chevalier, lui, lorsqu’il s’était vu pris, avait retrouvé soudain son sang-froid. Il s’était excusé d’avoir distribué des horions, sur sa surprise ; puis, sortant un portefeuille de sa poche, il m’avait dit :

— Tenez, monsieur, vous faites erreur ! En voici la preuve !

Et il m’avait tendu des papiers très en règle au nom de Félix Crouzet.

Cette fois, aucun doute n’était possible, l’identité était suffisamment reconnue.

— Mon pauvre garçon, lui dis-je, vous venez de vous faire prendre vous-même ; ces papiers ont été volés par vous à Félix Crouzet, et j’en ai une preuve certaine, écrite de votre main… Tenez… lisez plutôt.

Victor Chevalier baissa la tête, stupéfait, se demandant si son complice l’avait trahi.

Son compagnon qui avait tenté de s’enfuir en même temps que lui refusait de donner son identité, et niait connaître ses compagnons de voyage, mais il était certain que j’avais affaire à deux compères.

Malgré ses protestations, quelque chose me disait que le troisième voyageur si placide devait être de la même société. Il avait beau protester avec indignation qu’il n’avait aucune relation avec ces messieurs, qu’il les avait rencontrés dans le train, qu’il ne savait d’eux rien autre chose, il ne parvenait pas à me convaincre.

En même temps, plus je regardais attentivement cette bonne tête rougeaude, plus je me disais : « Voilà un gaillard que j’ai vu, jadis, ailleurs qu’à la messe. »

Cependant, malgré la faculté de mémoire toute particulière que je possédais alors, je ne parvenais pas à fixer mes souvenirs.

Quand les bagages de tous les autres voyageurs furent retirés, grâce à la complaisance du chef de gare, nous ouvrîmes trois valises que personne n’était venu chercher, ainsi qu’un carton à chapeau où il y avait un tube tout neuf, marqué aux initiales F. C. — Félix Crouzet, — le nouveau pseudonyme de Victor Chevalier. Dans chacune de ces valises on trouva un indicateur des chemins de fer, des papiers à différents noms, enfin un indicateur de toutes les foires de France.

Dans la valise du prétendu Crouzet, il y avait, en outre, un portefeuille et des papiers volés, la veille, à un marchand de grains d’une ville de Bretagne.

Celui-là était un collectionneur, et il s’arrangeait toujours pour avoir de nouveaux états civils sur la planche.

Pendant que j’en finissais avec Victor Chevalier, je regardais du coin de l’œil mon troisième prisonnier, tranquillement assis dans le bureau du commissaire de la gare, où se passait la scène.

Celui-là jetait sur Chevalier des regards d’un tel mépris, qu’un homme moins habitué que moi aux petites comédies humaines y eût été pris.

— Notez bien, m’avait-il dit quand je l’avais interrogé, je ne vous en veux pas le moins du monde de me conserver à votre disposition, je sais trop, hélas ! combien sont faciles les erreurs judiciaires. Du reste, il ne s’agit pour moi que d’un peu de patience ; vous verrez, monsieur Goron, que vous me ferez des excuses. Je m’appelle Gâtine, répétait-il avec un accent de sincérité tout à fait touchant. Je suis venu à Angers uniquement pour acheter une maison dont j’ai vu annoncer la vente dans les journaux.

Moi, pendant qu’il parlait, je continuais à le regarder avec une attention extrême, me disant toujours :

— Où diantre ai-je vu cette tête-là ?

J’étais certain de ne pas l’avoir arrêté et pourtant j’aurais juré l’avoir trouvé un jour quelconque dans une société peu catholique. Quand j’en eus fini avec Totor, l’homme au perroquet, mon homme revint encore me parler.

— Monsieur Goron, me dit-il avec une tristesse dans la voix, comme les circonstances sont graves, que vous me soupçonnez d’être le complice de gens que j’ai vus pour la première fois de ma vie dans le train de Bordeaux à Angers, que je sais que la police va rechercher mon passé, j’ai à vous faire un aveu qui me coûte.

— Ah ! ah ! fis-je, vous avez été condamné ?

— Oui, monsieur, hélas ! il y a bien longtemps, mais ce souvenir que j’avais oublié vient de me revenir et je me demande si ce péché de jeunesse ne va pas m’être reproché.

— Qu’avez-vous donc fait ?

— Je vais vous le dire. J’étais encore presque un enfant ; j’avais seize ans, j’habitais une villa que mon père possédait en Normandie, et je jouais dans les champs avec des camarades. Un jour, un troupeau d’oies vint à passer. Nous étions des gamins ; nous courûmes après ces volatiles et l’une d’entre elles me resta dans les mains. Je l’étranglai et nous trouvâmes très drôle de la manger le soir. Nous étions des enfants, quoi ! Je fus poursuivi pour ce fait et condamné à une forte amende que mon père paya.

— Enfin, dis-je, quelle ville habitez-vous et quelles références pouvez-vous donner ?

— J’habite Rennes, dit-il, et vous pouvez avoir des références très complètes auprès de madame Blanche D…, ma propriétaire.

Rennes… Blanche D… ! Ce fut pour moi un trait de lumière et je revis le bonhomme qui était là devant moi, dix-huit ans en arrière, un cor de chasse en bandoulière, une casquette de velours sur la tête, parcourant les rues de Rennes, ma bonne ville natale, dans un élégant tilbury, où se serrait près de lui une grosse femme blonde !

Et cette grosse femme blonde, toute la jeunesse de Rennes, dont j’étais alors, la connaissait, c’était Blanche D…, la directrice d’une maison hospitalière célèbre dans la capitale de la Bretagne !

Je partis d’un éclat de rire et remerciai l’homme à la figure rougeaude d’avoir ainsi tout à coup fixé mes souvenirs.

— Vous étiez, lui dis-je, et vous êtes sans doute encore, un souteneur ; de toute façon, vous êtes un homme peu recommandable, et je ne vous remettrai pas en liberté avant d’être fixé sur votre compte.

Gâtine baissa la tête et ne protesta plus contre son arrestation ; il partit pour Paris avec Victor Chevalier et le nommé D…, celui qui avait refusé de donner son identité.

Nous apprîmes que D… était réclamé par un parquet de province pour une série de méfaits ; quant à Gâtine, il avait plusieurs condamnations, dont une à dix années de réclusion, qu’il se trouvait dans l’obligation de purger. Ce fut à Cherbourg, je crois, qu’on dut le renvoyer. Je le revis avant sa sortie du Dépôt.

— Eh bien, lui dis-je, depuis votre départ de Normandie, l’oie a fait des petits ! vous avez quelques condamnations supplémentaires. Allons ! voyons ! comment avez-vous eu le toupet de vous payer ainsi ma téte à Angers ?

— Que voulez-vous, monsieur Goron, me répondit-il, on fait ce qu’on peut ; on espère toujours que ça pourra prendre. D’ailleurs, vous n’aviez rien contre moi à Angers et c’est bien par hasard que vous m’avez arrêté ! Ah ! vous êtes un veinard !

L’amant de Blanche D… avait raison ; la veine, le hasard, je suis encore cette fois obligé de l’avouer sont pour un policier les deux plus précieux auxiliaires.

Gâtine, D… et beaucoup d’autres n’étaient point les complices habituels de Victor Chevalier et de la bande Catusse ; tous trois s’étaient connus à Bordeaux et, se devinant voleurs, s’étaient associés pour venir opérer à Angers.

La bande Catusse, c’était pour cela qu’elle était si curieuse à étudier, n’était pas, à proprement parler, la classique bande de brigands avec un chef et des lieutenants qui se partagent la direction des soldats ; c’était la franc-maçonnerie même qui unit la pègre haute et basse.

Il y a là un des phénomènes les plus curieux, et un phénomène bien ancien, car il est signalé dans les plus vieilles histoires de police connues.

Tous les filous, tous les voleurs, dans toutes les agglomérations, trouvent des camarades qui les aident et des receleurs qui les débarrassent du produit de leurs vols.

Le procès de la bande Catusse, à ce point de vue, est un de ceux où l’organisation de la pègre moderne apparut de la façon la plus saisissante.

Les magistrats français y dénoncèrent notamment de la façon la plus nette et la plus précise les agences internationales pour la vente des titres volés dont le siège est à Londres.

C’est, en effet, une des questions de police les plus intéressantes et une de celles dont je me suis le plus occupé, cette impunité assurée à Londres aux receleurs des objets volés ailleurs qu’en Angleterre.

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