‹ Les Mémoires de M. GoronChapitre 5 sur 48 · Partie 1 · M. Taylor, le service de Sûreté et la Presse

Partie 1 · M. Taylor, le service de Sûreté et la Presse

Quelques jours avant mon entrée à la Sûreté, le Gaulois publiait un article qui eut un assez vif succès, et que j’ai conservé car il était amusant, et résumait d’une façon pittoresque tout ce qui se disait alors dans les autres journaux et ce qu’on chantait dans les revues :

UN NOUVEAU DRAME

« Hier, dans l’après-midi, M. Taylor, chef de la Sûreté, s’est présenté chez M. Bessac, directeur du Château-d’Eau.

Après avoir décliné ses noms et qualité, l’habile policier s’est exprimé en ces termes :

— Monsieur le Directeur, mes fonctions me laissant de nombreux loisirs, j’ai cru bon de les consacrer à la composition d’un drame qui fera, sans nul doute, la fortune de votre théâtre.

— Je ne demande pas mieux, répondit poliment M. Bessac.

— Naturellement, j’ai choisi un sujet que, mieux que personne, j’étais à même de traiter avec toute l’exactitude qu’exige le théâtre moderne.

— Vous avez bien fait.

— Mon drame a pour titre : l’Histoire d’un Crime.

— Parfait.

— Je crois inutile de vous le lire et il me suffira, je pense, de vous indiquer le nom des tableaux pour que vous le receviez avec enthousiasme.

— À quelle époque se passe votre action ?

— De nos jours, sous M. Gragnon.

— Tant mieux, les costumes ne coûteront pas cher.

— Je vous dis que c’est du bon naturalisme. Écoutez plutôt…

Et M. Taylor, dépliant un manuscrit, se mit à lire :

Premier acte. — Le crime se commet.

Deuxième acte. — La police recherche l’assassin.

Troisième acte. — L’assassin reste introuvable.

Quatrième acte. — La police cherche toujours.

Cinquième acte. — L’assassin échappe définitivement.

M. Taylor replia son rouleau et ajouta avec un sourire de triomphe :

— Hein, est-ce assez vécu ? »

Eh bien, cette légende était injuste comme presque toutes les légendes. M. Taylor n’était peut-être pas le chef de la Sûreté idéal ; il eût été sans doute un meilleur juge d’instruction, car il lui manquait cette activité physique, sans laquelle la chasse aux malfaiteurs est impossible, et aussi ce goût du pittoresque, cet instinct artistique, passez-moi le mot, qui fait qu’un homme de police ne vit plus avant d’avoir découvert la solution du problème qu’il doit résoudre. Mais c’était un esprit précis, ayant une foule de connaissances très utiles, et s’il n’y mettait pas d’emballement, il dirigeait avec sagacité les recherches de ses agents.

La vérité, c’est qu’il avait la guigne.

Il lui était tombé à la fois un si grand nombre de crimes dans le même mois qu’il lui était impossible de les instruire tous avec la même ardeur, et qu’il n’avait pas sous la main des agents capables assez nombreux pour suivre toutes les pistes.

Il y a des périodes de guigne et de veine. M. Macé avait eu à la Sûreté un règne très brillant ; M. Kuhn, qui lui succéda, était le plus actif, le plus résolu des policiers, et ses hommes disaient : « Il lui manque un bras, mais il n’est pas manchot ». — Il n’avait pas été moins heureux.

La période de male chance était venue avec M. Taylor qui avait un grand défaut, celui d’être un sceptique, et de ne croire à rien, ni aux dénonciations, ni aux lettres anonymes, ni au hasard. Sans doute, il faut avoir pour les lettres anonymes et pour leurs auteurs le mépris qui leur est dû, et je n’ai jamais reçu une délation de ce genre sans être dégoûté de sa lâcheté ; mais un policier doit avoir pour principe que tout est possible en matière criminelle ; il ne doit rien négliger. Je me souviens qu’un jour M. Taylor avait reçu une lettre anonyme ainsi conçue : « Monsieur, si vous voulez trouver une bande de voleurs, rendez-vous rue Boutebrie, à l’hôtel X… : vous y trouverez, dans les chambres des sieurs Un Tel et Un Tel, deux valises remplies d’argenterie et de bijoux. »

— Si nous y allions, demandai-je ?

— À quoi bon ? fit M. Taylor, haussant les épaules. Une simple fumisterie pour faire courir la police. Envoyons simplement un agent. Ce sera très suffisant.

Néanmoins, j’insistai vivement, mû par cette sorte de pressentiment, d’instinct, de flair, si vous voulez, qui avertit le policier qu’il est sur une piste. M. Taylor, qui était très courtois, pour me faire plaisir consentit à prendre une voiture et à venir avec moi. Non seulement nous trouvâmes les deux valises, mais toute une bande, dite la bande de Niort, dont 18 ou 20 affiliés furent condamnés au bagne.

Enfin, comment dirai-je cela ? M. Taylor était trop rigoriste, trop puritain, pour un métier dont l’unique objectif est l’arrestation des criminels, et dans lequel les audaces sont indispensables. Et puis, il n’avait pas eu cette chance qui m’arriva plus tard, quand je ne pouvais mettre la main sur un assassin, la chance de le voir venir tranquillement se constituer prisonnier aux bureaux de la Sûreté !

Je dois aussi très sincèrement déclarer qu’il y avait encore une autre raison pour que les « fours » de M. Taylor, comme on disait alors, acquissent une importance extrême. Très entier dans ses idées, estimant que les renseignements donnés aux journaux peuvent être nuisibles aux affaires criminelles, il refusait systématiquement de recevoir les journalistes. Ceux-ci n’avaient pas tardé à tirer de lui une vengeance dont la portée était indiscutable.

M. Taylor, qui avait eu comme commissaire de police de très réels succès, dus à sa patience, à l’étude minutieuse qu’il faisait des affaires, avait accepté, on peut dire par dévouement, la place de chef de la Sûreté. M. Gragnon, qui était alors fort embarrassé pour remplacer Kuhn, avait vivement insisté, et M. Taylor avait cédé.

Mais il était entré au bureau du quai des Orfèvres avec des idées toutes spéciales et notamment avec une hostilité préconçue contre les journalistes.

Hélas ! ceux-ci la lui ont bien rendue !

M. Taylor ne voulait pas raconter aux journalistes ses « ratages ». S’il l’eût fait, sans doute on eût dit que ce n’était pas sa faute, mais celle des assassins ! Du reste, M. Taylor était un silencieux.

Au moment de l’affaire Pranzini, rencontrant dans l’escalier de Marie Régnault un journaliste, il se laissa aller par hasard à raconter que nous venions de trouver un chandelier renversé dans le couloir.

— Ne pensez-vous pas que j’en aie trop dit ? me demanda-t-il en riant, quand le reporter fut parti.

Il était de ceux qui estiment que les affaires de justice et de police n’appartiennent pas à la presse avant le jugement.

Dès mon entrée à la Sûreté, j’eus une compréhension toute différente de la situation faite à ce service. Je compris tout de suite que, nuisible ou utile, il fallait, avant tout, s’arranger pour vivre avec la presse. Il faut être de son temps, et je crois qu’un chef de la Sûreté a tout à perdre à ne donner aucun renseignement aux reporters.

Mon successeur, M. Cochefert, prouve qu’il est de mon avis.

Je ne parle pas du petit ennui qu’on éprouve à se voir chaque matin traiter de ganache dans un nombre varié de feuilles publiques. Il y a d’autres inconvénients plus graves. Si vous ne dites rien aux journalistes, ils chercheront, et comme ils sont maintenant aussi nombreux que les agents que le chef de la Sûreté peut mettre sur une affaire, qu’ils ont une intelligence supérieure presque toujours à celle desdits agents, et beaucoup plus d’argent à leur disposition, ils arriveront avant nous ; et, comme ils n’arrêteront pas l’assassin, ils l’avertiront ainsi que le moment est venu de se mettre à l’abri.

Tandis que si vous dites aux journalistes tout ce qui peut intéresser le public, sans nuire aux recherches, ils s’en contentent, enchantés d’éviter les longues courses…

En réalité, la presse, comme la plupart des choses de ce temps, a son bon et son mauvais côté ; elle fait du mal et elle fait du bien. Lorsque j’arrivai à Saint-Quentin pour arrêter Géomay, il me dit : « Si j’avais lu le Petit Journal un quart d’heure plus tôt, vous ne m’auriez pas trouvé. » En revanche, c’est en lisant la Lanterne, annonçant la découverte d’un cadavre à Millery, que je me suis demandé s’il ne serait pas celui de l’huissier Gouffé.

Si je n’avais pas lu cet article, il est probable que la succession de Gouffé ne serait point encore ouverte. Car il ne faut point oublier que l’organisation de la police est encore rudimentaire. Il n’y a, pour toute la France, aucune centralisation de renseignements. Le parquet de Lyon ne s’intéressait nullement à l’affaire Gouffé, qui avait eu lieu à Paris, et n’aurait jamais eu la pensée de nous communiquer le moindre renseignement.

Il est facile de se rendre compte qu’en réalité les services rendus par la presse sont plus grands que les ennuis qu’elle cause. Pour un chef de la Sûreté, s’il sait s’en servir, c’est un puissant auxiliaire, embêtant parfois sans doute, et qu’il aurait bien envie d’envoyer au diable, mais, en réalité, un auxiliaire utile.

Quelles commissions rogatoires vaudront l’insertion d’une note dans des journaux qui tirent à un million d’exemplaires ?

J’ai vu des magistrats connus pour être les plus revêches, pour afficher l’horreur la plus grande de la presse, venir me dire « Mon cher Goron, vous seriez bien aimable de faire passer cette petite note dans les journaux. »

Qu’on n’aille pas m’accuser de partialité à l’égard de la presse, parce que j’ai été quelque peu journaliste depuis que j’ai quitté la Préfecture de police. Je dois dire avec sincérité ce que j’ai vu, et je ne connais pas de spectacle plus amusant que celui des petits moyens détournés qu’emploient pour se servir des journaux ceux-là mêmes qui, en public, affichent leur souverain mépris pour eux.

Donc, un chef de la Sûreté doit donner des renseignements à la presse, avec discernement sans doute, mais il faut qu’il en donne. J’ajouterai que le silence ne lui servirait à rien, car s’il se taisait, d’autres parleraient à sa place. Il n’y a plus de secret professionnel du haut en bas de l’échelle administrative. J’ai vu de très hauts personnages ordonner, avec beaucoup de sérieux, des enquêtes sur des indiscrétions qu’eux-mêmes avaient commises, et des journalistes, sortant du Parquet, sont venus parfois m’annoncer au moment où je m’y attendais le moins que j’allais recevoir un mandat d’arrestation à exécuter… Après tout, dans ces conditions, les journalistes ne sont pas tout à fait dans leur tort lorsqu’ils en veulent à un chef de la Sûreté d’être plus discret que les magistrats.

On m’a souvent reproché de donner trop de renseignements à la presse, et, à ce sujet, je veux raconter deux anecdotes assez amusantes. Un beau matin, je fus très violemment pris à parti, je ne sais plus à propos de quelle confrontation — je crois bien que c’était celle d’Eyraud et de Gabrielle Bompard — dont on avait retrouvé le récit dans des journaux. Un ministre, dont la bonhomie méridionale est célèbre, me fit appeler, et, tout en me témoignant une grande affabilité, me gourmanda au sujet des indiscrétions de la Préfecture.

— Mon Dieu, monsieur le ministre, répondis-je, je suis tout à fait de votre avis. Il est très regrettable d’être ainsi à la merci d’une information plus ou moins exacte. Aussi, si vous le permettez, dès demain dirai-je aux journalistes : « Messieurs, inutile de revenir ici. Sur l’ordre exprès que m’a transmis M. le préfet de police, de la part de M. le ministre de l’intérieur, il m’est formellement défendu de vous donner aucun renseignement. »

Le ministre se mit à rire et me reconduisit jusqu’à la porte en me disant : « Nous reparlerons de cela une autre fois. »

Un des préfets de police les plus aimables sous les ordres desquels j’aie servi, un homme qui a tenu une grande place dans la politique de ce temps, puisqu’il a été président du conseil, me fit venir, lui aussi, et me dit : « Goron, je trouve qu’il est mauvais qu’on donne des renseignements à la Sûreté, et j’estime que tout doit être centralisé à mon cabinet. » Je remerciai le préfet qui m’épargnait une corvée, et le soir même, je prévins les journalistes. Le lendemain, tous les journaux empoignaient le préfet. Le surlendemain, j’étais appelé à son cabinet. « Mon cher Goron, me dit mon chef, j’ai réfléchi : il vaut mieux que les choses restent en l’état. Continuez à donner des renseignements. »

Et puis, à quoi servirait-il d’être renfrogné, d’afficher de la mauvaise humeur, et de refuser des renseignements aux journalistes ? Nous sommes dans le siècle des progrès ; la presse en a fait de très grands, et j’ai vu parfois, les reporters tirer les vers du nez de mes hommes avec une habileté que j’aurais bien voulu toujours trouver chez ces derniers.

C’est bien simple : l’agent de la Sûreté est, en général, un très honnête homme, incapable de céder à une tentation, et qui refuserait une somme importante pour manquer à son devoir ; mais j’en ai connu beaucoup, incapables également de résister au verre qu’un reporter offrira sur le zinc d’un marchand de vins, et surtout au plaisir de voir leur nom dans le journal que lira leur femme.

Dès que l’indiscrétion d’un agent a mis un journaliste sur la trace de la « grosse affaire », l’émotion est grande au café du Barreau et à celui des Lauriers-Roses, où se réunit le syndicat des reporters. Alors, ils se partagent les rôles ; les uns épient le départ du chef de la Sûreté, et stationnent quai des Orfèvres ou quai de l’Horloge ; les autres montent la garde devant le Palais de Justice, attendant le juge d’instruction…

Si la police pouvait surveiller ainsi tous les assassins, pas un ne lui glisserait entre les doigts.

Il n’y a pas à dire, je défie au plus malin des chefs de la Sûreté d’échapper aux reporters. Pour les fuir, j’en arrivai, un beau jour, à passer par les souterrains du Palais de Justice. Je retrouvai mes persécuteurs à la porte du boulevard du Palais. Dès que le chef de la Sûreté est dépisté, tous les fiacres du quartier sont mobilisés ; et quand la voiture du magistrat s’ébranle, on voit derrière elle s’allonger une longue file… quelque chose comme une noce ou un enterrement… plutôt une noce, car les reporters sont gais d’ordinaire : il n’y a que le chef de la Sûreté qui fait parfois une figure d’enterrement.

Sans compter aussi que maintenant tous les camelots, les oisifs, les concierges, savent qu’il y a une pièce de cent sous à gagner en portant à un journal la nouvelle d’un crime important. Combien de fois, en arrivant dans la maison où un assassinat venait d’être commis, n’ai-je pas trouvé, à côté du cadavre, des reporters, le carnet à la main !

Un chef de la Sûreté a vraiment assez à faire pour n’avoir pas la constante préoccupation de lutter contre les journalistes.

Quand un crime était commis et que j’avais des présomptions suffisantes contre un individu, je cherchais à taire son nom, de façon à empêcher les journaux de lui donner l’idée de s’enfuir. Mais des reporters arrivaient et me le nommaient. Alors je comprenais immédiatement qu’il fallait changer de tactique ; je brûlais mes vaisseaux, et je demandais aux reporters de publier des renseignements assez complets pour que, partout où il irait, on fît arrêter l’assassin présumé.

J’ai rarement eu à me plaindre de la presse pendant les huit années que je suis resté à la Sûreté, et souvent elle m’a rendu les plus grands services.

La Presse, d’abord, a cet avantage immense qu’elle crée un état d’esprit particulier du public et qu’elle parvient à passionner le monde entier pour un simple fait-divers : la recherche d’Eyraud, par exemple.

C’était la presse de tous les pays qui, en donnant chaque matin une sorte de feuilleton à la Ponson du Terrail, intéressait au sort d’un huissier de la rue Montmartre toutes les petites femmes de la Havane et d’Honolulu ! C’est grâce à la presse seule qu’on parvient maintenant à arrêter un assassin au fond de l’Amérique ou de l’Australie.

La presse, enfin, a un autre avantage qu’il faut bien se garder d’oublier. C’est le stimulant qui réveille les énergies endormies. Grâce à elle, il semble toujours au chef de la Sûreté qu’il entend derrière lui un écho railleur répétant : « L’attrapera, L’attrapera, l’attrapera pas. »

C’est la Presse qui met en jeu l’amour-propre du policier et le force à marcher même quand il est las.

Certes, on serait bien plus tranquille si la Presse n’existait pas ; on mènerait toutes les affaires de la façon qui paraîtrait la plus commode, et l’on n’aurait pas cette préoccupation obsédante : « Si un de mes agents fait une gaffe, demain tous les journaux me tomberont dessus. »

Mais la presse existe, son pouvoir va toujours croissant, et il serait bien difficile de le diminuer. Il faut donc s’arranger pour vivre avec ce pouvoir en assez bonne intelligence, faire vite et bien.

Je m’y efforçai dès mon arrivée comme sous-chef de la Sûreté, et j’eus bientôt l’occasion d’avoir avec la presse des rapports intéressants ; avec l’autorisation de M. Taylor, mon chef, bien entendu.

J’eus mon premier assassinat. Jusque-là, comme secrétaire ou commissaire de police, j’avais eu à instruire des affaires de toute espèce, mais jamais un assassin à rechercher.

Il n’y avait pas un mois que j’étais installé à la Sûreté, quand un matin, on vint m’avertir que, rue Gay-Lussac, on avait trouvé, assassinée, une femme tenant un café. J’arrivai avant M. Taylor et le juge d’instruction, et me débrouillai comme je pus dans le nouveau rôle que j’allais jouer, et jouer avec une passion que jusque-là je n’avais pas soupçonnée.

Qu’est-ce, en effet, que la recherche d’un escroc, d’un voleur de grand chemin, à côté de l’énigme troublante que pose tout assassinat dont l’auteur n’a pas laissé sa carte de visite ?

J’avoue pourtant que je ne pus m’empêcher de sourire en voyant les premiers fonctionnaires appelés se placer avec solennité devant le cadavre, ne permettant pas qu’on touchât un doigt de la victime avant l’arrivée du juge d’instruction. Ces minuties, qui sont la plupart du temps inutiles, font partie du vieux bagage des habitudes. J’ai vu certainement des assassins laisser leur carte de visite, sous une forme quelconque, à côté du cadavre ; j’en ai même vu laisser une fausse carte, comme Pranzini, qui laissa celle de Gessler. Mais je ne me suis jamais arrêté, pour la recherche d’un criminel, à tous ces détails stupides dont on parle dans les vieux romans policiers.

Cette fois, il n’était pas difficile de deviner l’assassin ; la victime avait été volée, et le garçon de café qui était resté auprès d’elle jusqu’à la fermeture de la maison avait disparu. Mais le diable était de retrouver ce garçon. On partit sur plusieurs pistes. Jaume s’en fut même jusqu’à Genève. Pendant ce temps-là, l’assassin se faisait arrêter à Constantine.

Ce n’était pas un grand exploit, puisque notre habileté n’était pour rien dans cette arrestation. Mais c’était la veine qui revenait. Enfin, on avait arrêté un assassin ! Déjà, peu de temps avant mon arrivée, les agents de M. Taylor avaient suivi, avec une précision merveilleuse, les traces d’un garçon coiffeur qui avait zébré de coups de rasoir le corps de sa maîtresse. Mais cette piste les avait conduits jusque sur les bords de la Seine, où ce fumiste était venu se jeter, jouant ainsi à la police un mauvais tour posthume !

Cette fois, Rossel, l’assassin de la rue Gay-Lussac, avait été plus gentil et s’était laissé prendre vivant.

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