‹ Les Mohicans de Paris Tome IIIChapitre 44 sur 70 · Chapitre 128 La mission de Gibassier

Chapitre 128 La mission de Gibassier

— Que voulez-vous, mon bon monsieur Jackal ! continua Gibassier avec un soupir, je ne suis plus d’âge à me bercer des vagues illusions de la jeunesse.

— Bon ! quel âge avez-vous donc ?

— J’ai près de quarante ans, mon bon monsieur Jackal ; mais je saurais arranger mon visage de façon à en paraître, au besoin, cinquante ou soixante.

— Oui, je connais votre talent sous ce rapport : vous jouez agréablement les grimes… Ah ! vous êtes un grand acteur, Gibassier, je sais cela, et voilà pourquoi j’ai des vues sur vous.

— Auriez-vous un engagement à me proposer, mon bon monsieur Jackal ? hasarda Gibassier avec un sourire qui indiquait qu’à tort ou à raison il croyait avoir pénétré quelque chose des secrets de son interlocuteur.

— Nous parlerons de cela tout à l’heure, Gibassier. En attendant, reprenons la conversation où nous l’avons laissée, c’est-à-dire à votre âge.

— Eh bien, je disais donc que j’avais quarante ans bientôt. C’est l’âge de l’ambition chez les grandes âmes.

— Oui ; et vous êtes ambitieux ?

— Je l’avoue.

— Vous voudriez bien faire fortune ?

— Oh ! pas pour moi…

— Occuper une place dans l’État ?

— Servir mon pays fut toujours mon plus ardent désir.

— Vous avez fait votre droit, Gibassier ; cela conduit à tout.

— C’est impardonnable de la part d’un homme qui sait son Code comme vous, c’est-à-dire sur le bout du doigt.

— Non seulement notre Code, mon bon monsieur Jackal, mais le Code de tous les pays.

— Et quand avez-vous fait ces études ?

— Pendant les heures de loisir que m’accordait le gouvernement.

— Et le résultat de vos études ?…

— A été qu’il y avait beaucoup à réformer en France.

— Oui, la peine de mort, part exemple.

— Léopold de Toscane, un duc philosophe, l’a réformée dans ses États.

— C’est vrai, et, le lendemain, un fils a tué son père, crime qui n’était pas arrivé depuis un quart de siècle.

— Mais ce n’est pas la seule chose que j’aie étudiée.

— Oui, vous avez étudié les finances aussi.

— Spécialement. Eh bien, à mon retour, j’ai trouvé celles de la France dans un état déplorable. Avant deux ans, la dette s’élèvera à un chiffre exorbitant !

— Ah ! ne m’en parlez pas, cher monsieur Gibassier.

— Non, car mon cœur se brise rien qu’en y songeant, et, cependant…

— Quoi ?

— Si l’on me consultait, les caisses de l’État seraient pleines au lieu d’être vides.

— Je croyais, cher monsieur Gibassier, qu’un négociant, vous ayant confié sa caisse, l’avait trouvée, au contraire, vide au lieu de pleine.

— Mon bon monsieur Jackal, on peut être un très mauvais caissier et être un excellent spéculateur.

— Revenons aux caisses de l’État, mon cher monsieur Gibassier.

— Eh bien, je connais un remède au mal cuisant qui vide les nôtres. Je sais comment arracher ce ver rongeur des nations qu’on appelle le Budget ; je sais comment soutirer les haines amassées comme des nuages orageux au-dessus du gouvernement.

— Et ce moyen profond, Gibassier ?

— Je n’ose pas trop vous le dire.

— C’est de changer le ministère, n’est-ce pas ?

— Non ; c’est de changer le gouvernement.

— Oh ! fit M. Jackal, Sa Majesté serait bien heureuse si elle vous entendait parler ainsi !

— Oui, et, le lendemain du jour où j’aurais exprimé mon opinion avec la liberté d’un homme de conscience, on m’arrêterait nuitamment, on fouillerait ma correspondance, on plongerait dans les secrets de ma vie privée.

— Bah ! fit M. Jackal.

— On le ferait, et c’est pour cela que je ne m’associerai jamais à aucun complot… Cependant…

— À aucun complot, mon cher monsieur Gibassier ? dit M. Jackal en relevant ses lunettes et en regardant fixement le forçat.

— Non… et cependant, de fameuses propositions m’ont été faites, je puis m’en vanter !

— Vous êtes plein de réticences, Gibassier.

— C’est que je voudrais que nous nous comprissions.

— Sans nous compromettre l’un l’autre, n’est-ce pas ?

— Justement.

— Eh bien, mais causons ; nous avons le temps… Quand je dis : nous avons le temps…

— Ah ! vous êtes pressé ?

— Un peu.

— Ce n’est pas moi qui vous retiens, j’espère ?

— Au contraire, il n’y a que vous qui me reteniez. Ainsi donc, continuez.

— Où en étions-nous ?

— Vous en étiez à votre deuxième cependant.

— Cependant, disais-je, j’ai peur, une fois libre…

— Une fois libre ?…

— N’ayant pas une vieille habitude de liberté…

— Vous avez peur d’abuser de la vôtre ?

— Précisément… Ainsi, supposez que je me laisse entraîner – je suis un homme d’entraînement…

— Je le sais, Gibassier : tout au contraire de M. de Talleyrand, votre premier mouvement est le mauvais ; mais vous y cédez.

— Eh bien, supposez donc que j’entre dans quelqu’un de ces complots qui se trament autour du trône du vieux roi ; qu’arriverait-il alors ? Je serais entre deux écueils : garder le silence, et risquer ma tête, ou dénoncer mes complices, et risquer mon honneur !

M. Jackal semblait arracher avec ses yeux chaque parole de la bouche de Gibassier.

— De sorte, lui dit-il, mon cher Gibassier, que vous persistez à douter de l’avenir ?

— Ah ! mon bon monsieur Jackal, insista le forçat, qui paraissait craindre d’en avoir trop dit, et revint sur ses pas, si vous aviez pour moi un quart de l’amitié que j’ai pour vous, savez-vous ce que vous feriez ?

— Dites, Gibassier, et si cela est en mon pouvoir, je le ferai, aussi vrai que le soleil nous éclaire !

Peut-être M. Jackal employait-il cette expression par habitude ; mais le fait est que, pour le moment, le soleil éclairait les îles Sandwich.

Aussi Gibassier tourna-t-il les yeux vers la fenêtre, et son regard fut-il une éloquente ironie : le soleil était absent juste à l’instant où M. Jackal le requérait de lui servir de témoin ! Mais il fit semblant de ne pas s’en apercevoir, et eut l’air de tenir pour bonne l’invocation de l’inspecteur.

— Eh bien, dit Gibassier, si vous êtes disposé à faire quelque chose pour moi, faites-moi voyager, mon bon monsieur Jackal. Je ne serai dans mon assiette que quand je me sentirai hors de France.

— Et où voudriez-vous donc aller, cher monsieur Gibassier ?

— Partout, excepté dans le Midi…

— Ah ! vous détestez donc bien Toulon ?

— Ou dans l’Ouest.

— Oui, à cause de Brest et de Rochefort… Allons, fixez vous-même votre itinéraire.

— J’aimerais l’Allemagne… Croiriez-vous que je ne connais pas l’Allemagne ?

— Ce qui fait qu’on ne vous y connaît pas non plus. Je conçois l’avantage que vous trouveriez à voyager dans un pays vierge.

— Oui, on explore…

— Voilà.

— Je me fais une joie d’explorer, moi… la vieille Allemagne surtout.

— L’Allemagne des châteaux ?

— Oui, l’Allemagne des burgraves, l’Allemagne des sorciers, l’Allemagne de Charlemagne, Germania mater !

— Alors, vous seriez heureux d’avoir une mission sur les bords du Rhin ?

— Le jour où je l’obtiendrai, tous mes souhaits seront accomplis !

— Vous parlez à cœur ouvert ?

— Aussi vrai que le soleil ne nous éclaire pas, mon bon monsieur Jackal !

Cette fois, ce fut M. Jackal, à son tour, qui tourna la tête vers la fenêtre, et qui, remarquant l’absence de l’astre pris à témoin par son interlocuteur, put ajouter foi aux allégations de Gibassier.

— Ainsi, vous dites, mon cher Gibassier, que l’objet de tous vos désirs serait une mission sur les bords du Rhin ?

— Je l’ai dit et je ne m’en dédis pas.

— Eh bien, la chose n’est pas impossible.

— Ah ! mon bon monsieur Jackal !

— Seulement, je ne vous dis pas si la mission sera en deçà ou au-delà du Rhin.

— Du moment où je me trouverai sous votre protection immédiate… Et, cependant, je ne vous cache pas que j’aimerais mieux…

— De la défiance, Gibassier ?

— Eh bien, non ; car, enfin, vous n’avez aucune raison de me tromper…

— Aucune ; je vous connais.

— De perdre votre temps avec moi, si vous n’aviez rien à me dire.

— Je ne perds jamais mon temps, Gibassier, et, du moment où vous me voyez en costume de voyage et prêt à partir, si je ne pars pas, c’est que je fais ou que l’on fait pour moi, pendant ce retard, quelque chose d’utile.

— À mon intention ? demanda Gibassier avec une certaine inquiétude.

— Je ne saurais dire non. J’ai un si grand faible pour vous, mon cher Gibassier, que, depuis que je vous ai retrouvé, je ne m’occupe que d’une chose : c’est de ce que l’on peut faire pour vous.

— Monsieur Jackal, on peut en faire bien des choses.

— Je le sais ; mais tout homme a une vocation. Voyons, Gibassier, vous n’êtes pas de grande taille, mais vous êtes solidement bâti.

— J’ai gagné jusqu’à dix francs par jour comme modèle.

— Eh bien, voyez ! Vous êtes, en outre, d’un tempérament sanguin, d’un caractère énergique.

— Trop !

— Parce que vous vous étiez détourné de votre voie ; engagé dans une autre route, vous eussiez atteint le but.

— Je l’eusse dépassé, monsieur Jackal.

— Voyez-vous ! c’est mon avis. Permettez-moi donc de vous dire que vous êtes du bois dont on fait les grands capitaines, Gibassier, et, ce qui m’étonne depuis longtemps, c’est de ne pas vous voir suivre la carrière des armes.

— J’en suis encore plus étonné que vous, monsieur Jackal.

— Eh bien, que diriez-vous si je réparais vis-à-vis de vous les négligences de la fortune ?

— Je ne dirais rien, monsieur Jackal, tant que je ne saurais pas de quelle façon vous les réparez.

— Si je vous faisais général !

— Général ?

— Oui, général de brigade.

— Et quelle brigade aurais-je l’honneur de commander, monsieur Jackal ?

— Une brigade de sûreté, mon cher Gibassier.

— C’est-à-dire que vous me proposez tout simplement d’être mouchard ?

— Oui, tout simplement.

— De renoncer à mon individualité ?

— La patrie vous demande de lui faire ce sacrifice.

— Je ferai ce qu’exigera la patrie ; mais, de son côté, que fera-t-elle pour moi ?

— Formulez vos désirs.

— Vous me connaissez, mon cher monsieur Jackal…

— J’ai cet insigne honneur.

— Vous savez que j’ai de grands besoins.

— On y pourvoira.

— Des fantaisies démesurément coûteuses !

— On les satisfera.

— En un mot, je puis vous rendre de grands services.

— Rendez-les, mon cher Gibassier, et on les paiera.

— Maintenant, laissez-moi vous dire quelques mots qui vont vous prouver ce dont je suis capable.

— Oh ! je vous crois capable de tout, général !

— Et de bien d’autres choses encore ; vous allez voir.

— J’écoute.

— De quoi dépend la grandeur et le salut d’un État ?… De la police, n’est-ce pas ?

— C’est vrai, général.

— Un pays sans police est un grand navire sans boussole et sans gouvernail.

— C’est à la fois juste et poétique, Gibassier.

— On peut donc regarder la mission de l’homme de police comme la plus sainte, la plus délicate et la plus utile à la fois de toutes les missions.

— Ce n’est pas moi qui vous dirai le contraire.

— D’où vient donc, alors, que, pour occuper cette fonction importante, pour remplir cette mission conservatrice, on choisit d’ordinaire des idiots de la plus laide espèce ? d’où vient cela ? Je vais vous le dire : c’est que la police, au lieu de s’occuper des grandes questions gouvernementales, entre dans les détails les plus infimes et se laisse aller à des préoccupations tout à fait indignes d’elle.

— Continuez, Gibassier.

— Vous dépensez plusieurs millions à rechercher les complots politiques, n’est-ce pas ? Eh bien, combien en avez-vous découvert depuis 1815 ?

— Depuis 1815, dit M. Jackal, nous en avons découvert…

— Pas un seul, interrompit Gibassier, car c’est vous qui les avez faits tous.

— C’est vrai, répondit M. Jackal, et, maintenant que vous êtes des nôtres, je n’essayerai pas de vous rien cacher.

— Conspiration Didier, affaire de police ; – conspiration Tolleron, Pleignies et Carbonneau, affaire de police ; – conspiration des quatre sergents de la Rochelle, affaire de police ! Comment en êtes-vous réduits là ? Parce que vous n’osez aborder franchement les quatre ou cinq grands chefs de complot que vous coudoyez tous les jours dans les rues de Paris. Vous élaguez l’arbre, et vous n’osez porter la cognée sur le tronc ; et pourquoi cela ?

Parce que les malheureux agents que vous employez ont des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre ; parce que vous avez rendu leur mission déshonorante et impopulaire ; parce que vous avez ravalé le mot police en consacrant des intelligences d’élite, non pas à veiller à la sûreté de l’État, mais à arrêter des voleurs.

— Il y a du vrai dans ce que vous dites, Gibassier, fit M. Jackal en prenant une prise de tabac.

— Mais que vous ont-ils faits, ces malheureux voleurs ? Ne pouvez-vous donc pas les laisser travailler en paix ? Est-ce qu’ils vous tourmentent ? est-ce qu’ils se plaignent de la loi contre la presse ? est-ce qu’ils font des satires contre vous ? est-ce qu’ils crient au jésuite ?… Non ! ils vous laissent faire tranquillement votre petite politique ultra. En avez-vous jamais trouvé un seul dans un complot ? Au lieu de leur accorder aide et protection comme à des gens paisibles et inoffensifs, au lieu de fermer paternellement les yeux sur leurs petites frasques, vous vous acharnez à leurs trousses comme à une proie ; et vous appelez cela faire de la police ? Fi ! monsieur Jackal, c’est de la petite taquinerie mesquine et basse ; c’est l’enfance de l’art, c’est la police comme elle était faite au paradis terrestre, du temps qu’on arrêtait Adam et Ève pour une malheureuse pomme, au lieu d’appréhender au corps le serpent qui conspirait. Tenez, monsieur Jackal, pas plus tard qu’avant-hier, on a arrêté… qui ? je vous le demande : l’ange Gabriel !

— Votre ami ?… Oh !

— Cela vous indigne… ?

— On l’a donc reconnu ?

— Non pas même ; il avait faim, l’honnête garçon, et il était entré, pauvre innocent, pour demander un pain, chez un boulanger. Le boulanger était de mauvaise humeur parce qu’il venait d’être pris en flagrant délit de vente à faux poids et qu’il allait en avoir pour douze francs d’amende en police correctionnelle. Il refusa brutalement le pain que le pauvre affamé lui demandait. Alors, lui, prit le pain, mordit dedans, et, malgré les cris du boulanger, il l’avait dévoré avant que vos agents arrivassent : les agents arrivèrent, et, au lieu d’arrêter le boulanger, ils arrêtèrent Gabriel.

— Oui, dit M. Jackal, je sais bien qu’il y a des vices dans notre législation ; mais, avec vos avis, on les combattra, honnête Gibassier.

— Or, pendant que vos agents se livraient à ce méchant exercice, savez-vous ce qui se passait au-dessous d’eux, à cent pieds environ ?

— On conspirait, n’est-ce pas ?

— Et savez-vous quel était le cri de ralliement de la conspiration ?

— Vive l’empereur ! Allons, je vois bien que le Puits-qui-Parle a parlé pour vous comme pour moi, Gibassier… Et quelles conséquences avez-vous tiré de ce cri ?

— Qu’avant un mois, trois semaines, quinze jours peut-être, nous jouirions d’une autre forme de gouvernement.

— Eh bien, cet aveu fait, je crois qu’il me reste peu de choses à vous dire.

— Mais, moi, il me reste à attendre vos ordres, mon maréchal, dit Gibassier en faisant le geste d’un officier qui porte la main à son chapeau devant un supérieur.

— Quand pourrez-vous tenir sur vos jambes ?

— Quand il le faudra, dit Gibassier.

— Je vous donne vingt-quatre heures.

— C’est plus qu’il ne me faut.

— Demain matin, vous partirez pour Kehl. Longue-Avoine vous remettra vos passeports. À Kehl, vous vous arrêterez à l’auberge de la Poste. Un homme venant de Vienne passera dans une voiture de poste : quarante-huit ans, yeux noirs, moustaches grisonnantes, cheveux coupés en brosse, taille de cinq pieds sept pouces. Il voyagera sous un nom quelconque ; son vrai nom est Sarranti. Du moment où il se sera offert à vos yeux, vous ne le perdrez plus de vue. Les moyens, c’est votre affaire. À mon retour ici, je désire savoir où il loge, ce qu’il fait, ce qu’il fera. Voilà un bon de mille écus payable rue de Jérusalem. Il y a douze mille francs pour vous si vous accomplissez ponctuellement mes instructions.

— Ah ! dit Gibassier, je savais bien, moi, que le mérite était récompensé un jour ou l’autre.

— Ce que vous dites là est d’autant plus vrai, Gibassier, que si je connaissais un mérite plus grand que le vôtre, c’est à lui que je confierais la mission que je vous confie, à vous. Et maintenant, mon cher Gibassier, recevez tous mes souhaits de bonne santé et d’heureuse réussite.

— Ah ! quant à ceux de bonne santé, je suis guéri. Le désir d’être utile à Sa Majesté a fait cette cure miraculeuse. Quant à ce qui est de réussir, rapportez-vous-en à moi.

En ce moment, Longue-Avoine entra et parla bas à M. Jackal.

— Vous connaissez le mot du roi Dagobert, mon cher Gibassier, reprit M. Jackal : « Il n’y a si bonne compagnie qu’il ne faille quitter » ; mais le devoir avant le plaisir, la vertu avant l’amitié. Adieu et bonne chance !

Et M. Jackal quitta rapidement Gibassier. Arrivé sur le parvis Notre-Dame, il y trouva une berline de voyage attelée de quatre chevaux montés par deux postillons.

— Es-tu là, Carmagnole ? dit M. Jackal en entrouvrant la portière de la voiture.

— Oui, monsieur Jackal.

— Alors, restes-y.

— Vous m’emmenez donc à Vienne ?

— Non, je te laisse en route.

Puis, se retournant vers Longue-Avoine :

— On a arrêté avant-hier, rue Saint-Jacques, un malheureux qui avait volé un pain ; qu’on me le mette à part : j’ai à lui parler à mon retour ; il répond au nom de l’ange Gabriel.

S’élançant alors dans la voiture, et s’établissant carrément au fond, tandis que Carmagnole se tenait modestement sur le devant :

— Route de Belgique ! dit-il au postillon qui refermait la portière, et six francs de guides !

— Eh ! entends-tu, Jolibois ? cria le postillon à son camarade ; six francs de guides !

— Mais on marchera vivement, dit M. Jackal en passant sa tête par la portière.

— On brûlera les pavés, mon prince, dit le postillon en se mettant en selle. Hourra !

Et la voiture disparut au moment où le jour paraissait.

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