Chapitre 151 L’ange des consolations.
Laissons le vieux comte assis et la tête inclinée devant la tombe de son fils, et revenons à cette pauvre désespéré qu’on appelle Carmélite.
L’appartement qu’elle occupait rue de Tournon était composé de trois pièces, comme son appartement de la rue Saint-Jacques. Il avait été, ainsi que nous l’avons dit, décoré et meublé par les soins de ses trois jeunes amies : Régina, madame de Marande et Fragola ; mais celle qui avait surtout – plus avant peut-être que les autres dans la connaissance du caractère de Carmélite – donné le ton à l’ensemble, et particulièrement présidé à l’arrangement de la chambre à coucher, c’était Fragola.
Dans cette chambre à coucher, au reste, étaient entrés tous les objets meublant le pavillon de Colomban : notamment le piano où lui et Carmélite avaient chanté cette dernière symphonie, chant du cygne qui devait présager la mort des deux amants, et qui n’avait présagé que la mort d’un seul !
Les deux amis de Carmélite, Régina et madame de Marande, avaient voulu s’opposer à cette translation complète des meubles de Colomban dans la chambre de Carmélite ; mais Fragola avait compris leurs craintes et avait insisté.
— Oui, sans doute, mes sœurs, avait-elle dit, s’il s’agissait d’une autre que Carmélite, ce que je vous demande de faire et ce que je ferai, malgré vos observations, serait une imprudence, peut-être même une cruauté. Une femme qui aurait aimé Colomban d’un amour ordinaire eût d’abord trouvé une certaine consolation à vivre au milieu des souvenirs de cet amour ; mais, peu à peu, et au fur et à mesure que le temps se serait écoulé, que l’oubli aurait monté à la surface de sa douleur, ces objets, au lieu d’être pour elle un motif de consolation, fussent devenus un motif d’ennui, puis de fatigue, et, un jour enfin, lorsqu’elle aurait été complètement guérie de cet amour, un motif de reproche peut-être. Mais soyez tranquilles, mes sœurs, je connais Carmélite, et il n’en est point ainsi d’elle : sa douleur sera éternelle comme son amour, et cette chambre deviendra un tabernacle où vivra, comme dans une arche sainte, le souvenir de Colomban. Faisons donc comme je vous dis, et, dans dix ans, comme aujourd’hui, Carmélite vous remerciera.
On avait donc donné carte blanche à Fragola à l’endroit de la chambre à coucher, et la jeune fille, de son côté, avait laissé toute liberté à ses deux compagnes pour les autres pièces.
Alors, au lieu des rideaux, des tentures, des tapisseries bariolées de vives couleurs dont Camille avait couvert les murs de la petite maison de Meudon, Régina avait tout drapé avec une sévère simplicité ; c’était la maison aux nuances brunes et sombres d’une veuve, et non l’appartement joyeux et chantant d’une jeune fille. Aussi Carmélite, en entrant, s’était-elle sentie prise d’une indéfinissable impression de mélancolie qui avait mis son cœur aussi à l’aise que l’avait été, dans une sphère opposée, celui de Rose-de-Noël en quittant son chenil de la rue Triperet pour son paradis de la rue d’Ulm.
Au moment où commence ce chapitre, Carmélite, pâle toujours – elle devait garder cette pâleur jusqu’à la mort –, faible encore, était étendue sur une longue causeuse et regardait, avec des yeux où se peignait une indicible mélancolie, une jeune femme qui, assise près d’elle sur un carreau assez élevé, achevait de lui conter une sombre histoire.
Cette jeune fille, c’était Fragola.
On se rappelle que la charmante enfant avait demandé à Salvator la permission de n’avoir aucun secret pour Carmélite, et que, cette permission, Salvator la lui avait accordée.
Voici ce qu’elle s’était dit à elle-même, avec cette intelligence du cœur qui s’élève presque jusqu’au génie :
— Carmélite guérira peut-être du corps, mais elle ne guérira certainement pas de l’âme. On dit qu’il y a une science nouvelle qu’on appelle l’homœpathie ; cette science est l’art de guérir par les semblables. Eh bien, en racontant à Carmélite une histoire plus triste encore peut-être que la sienne, il est possible que Carmélite – ce cœur d’or, cette âme d’ange, apte à tout comprendre et à tout sentir – cesse de verser des larmes quand je lui dirai : « Ma sœur, c’est assez pleurer ; ma sœur, c’est assez souffrir. Si tu verses tous tes pleurs sur tes propres maux, que te restera-t-il pour les douleurs des autres ? Crois-tu donc, ma sœur, avoir été la seule désolée sur la terre ? Ignores-tu qu’il y a des misères si profondes, que ton œil se fermerait, en proie au vertige, avant que de les sonder ? Et moi qui te parle, j’ai connu des visages que les larmes ont creusés comme les torrents creusent les ravines. Mais je connais aussi des âmes vaillantes dans des corps faibles qui, au lieu de pleurer, ont séché les larmes des autres ; qui, au lieu de mourir, ont combattu ! »
Et alors, pauvre enfant si durement éprouvée à dix-huit ans, elle avait raconté à Carmélite sa propre vie, c’est-à-dire une vie de souffrances, sans repos ni trêve, qui, cependant, avait complètement changé, le jour où elle avait abordé à ce port charmant de la rue Mâcon, sous le souffle de l’amour de Salvator.
Peut-être raconterons-nous un jour cette vie ; mais quand ? Nous l’ignorons maintenant, engrené que nous sommes dans la série d’événements qui forme le nœud de notre livre.
Carmélite avait écouté, pleuré, frémi ; puis, sous le poids d’une profonde impression :
— Oh ! chère sœur, avait-elle dit, toi aussi, tu as été rudement éprouvée par la douleur. Embrasse-moi, et confondons les larmes de notre jeunesse comme nous avons confondu les joies de notre enfance.
Alors Fragola s’était élancée dans les bras de son amie, et, toutes deux, ainsi étroitement enlacées, les cheveux noirs de Carmélite mêlés aux cheveux blonds de Fragola, les lèvres pâles de l’une collées aux lèvres de pourpre de l’autre, elles avaient aspiré dans un long baiser leurs douleurs communes, et l’ange des consolations avait étendu ses ailes blanches au-dessus de leurs têtes.
Puis Carmélite, étant descendue en elle-même, reprit après un long silence :
— Tu as raison, chère et bonne Fragola, c’est le propre des âmes faibles de se laisser vaincre par la douleur. Par la douleur, au contraire, les cœurs comme le tien s’épurent et se régénèrent. Merci, ma sœur, de la salutaire leçon. À partir de cette heure, je suivrai ton exemple, et, comme tu as été sauvée de la mort par l’amour, je veux rentrer dans la vie, conduite par la main du travail. Un jour, il me disait que j’étais née pour être une grande artiste. Je ne veux pas qu’il se soit trompé : la bouche de mon Colomban ne pouvait mentir… Je deviendrai cette grande artiste, Fragola. On dit qu’il faut parfois une grande douleur pour faire un grand génie : la grande douleur ne m’a pas manqué. Merci à Dieu : que sa volonté soit faite ! Je demanderai à l’art ses mystérieuses et sublimes consolations. Ne t’inquiète donc plus de ma vie, chère sœur de mon âme. Je penserai à toi, et je serai forte ; je penserai à lui, et je serai grande.
— Bien, Carmélite ! dit Fragola, et sois sûre que Dieu t’accordera un jour la gloire, sinon le bonheur.
Au moment où Fragola achevait de prononcer ces paroles, un coup de sonnette retentit à la porte.
À ce bruit, qui n’avait cependant rien de bien alarmant, la pâleur de Carmélite augmenta tellement, que Fragola, croyant que son amie allait s’évanouir, poussa un cri d’effroi.
— Qu’as-tu donc ? demanda-t-elle.
— Je ne sais, dit Carmélite, mais je viens d’éprouver une étrange sensation.
— Où cela ?
— Au cœur.
— Carmélite…
— Écoute, ou je deviens folle, ou la personne qui vient de sonner m’apporte des nouvelles de Colomban.
La femme de chambre entra.
— Madame veut-elle recevoir un prêtre qui arrive de Bretagne ?
— L’abbé Dominique ! s’écria Carmélite.
— En effet, madame, c’est lui ; seulement, il m’avait défendu de dire son nom, de peur que ce nom ne fît une pénible impression sur madame.
Le front de Carmélite se couvrit d’une sueur froide. Elle serra convulsivement la main de Fragola.
— Eh bien, demanda-t-elle, que t’avais-je dit ?
— Remets-toi, Carmélite, dit la jeune fille en lui passant son mouchoir sur le front ; remets-toi, ma sœur. Est-ce ainsi que tu es régénérée ? Tu pâlis à la première lutte ; et, cependant, quelle épreuve plus douce pouvait donc te faire subir la Providence que de t’envoyer cet ami de ton passé ?
— Tu as raison, Fragola, dit Carmélite ; mais, tiens, regarde-moi maintenant, me voilà forte.
Puis, se tournant vers sa femme de chambre :
— Faites entrer M. Dominique, dit-elle.
L’abbé Dominique entra.
C’eût été un merveilleux tableau à faire, pour un peintre qui eût pu saisir l’expression de ces trois figures, que celui de ce prêtre sur le pas de la porte, étendant, en signe de bénédiction, sa main sur ces deux jeunes filles aux bras l’une de l’autre.
— Salut, mes sœurs ! dit le moine s’adressant aux deux jeunes filles, mais s’inclinant plus particulièrement devant Carmélite avec cette déférence que l’on a pour une veuve.
Les deux jeunes filles saluèrent à leur tour, Fragola en se levant, Carmélite en inclinant la tête, car son pauvre corps était si faible, qu’elle ne devait pas songer encore à se tenir debout avant quelques jours.
Fragola avança un fauteuil à l’abbé.
Lui, à son tour, remercia Fragola de la tête ; puis, se contentant d’appuyer une de ses mains au dossier, mais sans s’asseoir :
— Ma sœur, dit-il, j’arrive d’un long et douloureux pèlerinage : j’arrive du château de Penhoël.
— À ces mots, les joues de Carmélite se couvrirent d’une telle pâleur, que Fragola, qui était debout, tomba à genoux devant elle, et, lui serrant la main entre les siennes :
— Ma sœur, dit-elle, rappelle-toi ta promesse.
— Du château de Penhoël… murmura Carmélite. Alors, vous avez vu le comte ?
— Oui, ma sœur.
— Oh ! malheureux, malheureux père ! s’écria Carmélite comprenant qu’il avait dû exister pour un autre cœur une douleur aussi grande que la sienne, sinon plus grande encore.
Le prêtre devina tout ce qui se passait dans l’âme de la jeune fille et à quelles angoisses cette âme était en proie.
— Le comte de Penhoël, dit-il, est un digne et noble père. Il vous plaint, ma sœur, et je vous apporte sa bénédiction.
Carmélite jeta un cri ; elle eut assez de force pour se soulever, et, se laissant glisser sur ses genoux, elle se trouva aux pieds de l’abbé Dominique.
— Ah ! mon père ! mon père ! dit-elle en fondant en larmes, il ne m’a donc pas maudite…
Elle ne put en dire davantage : ses yeux se fermèrent, son visage devint blanc comme de l’albâtre, ses deux bras s’allongèrent sur les coussins du fauteuil, elle laissa aller sa tête sur ses bras, et, avec un soupir qui semblait être le dernier, la vie parut s’envoler de cette frêle enveloppe.
— Mon Dieu ! dit religieusement le moine, effrayé en voyant le visage inanimé de la jeune fille, allez-vous faire de votre serviteur un nouveau messager de la mort ?
Fragola avait sous la main tous les sels dont elle se servait en pareille circonstance ; car les évanouissements de Carmélite étaient fréquents. Elle lui fit respirer des sels ; puis, voyant que les sels étaient insuffisants, elle lui frotta les tempes avec du vinaigre.
L’évanouissement persistait, et rien n’indiquait que Carmélite dût revenir à elle.
Fragola alla vers la table ; elle prit un flacon dont elle se servait dans les cas désespérés. C’était de l’acide acétique, avec lequel elle avait l’habitude de frictionner la poitrine de son amie quand les évanouissements persistaient d’une façon inquiétante.
— Mon père, dit-elle au moine, seriez-vous assez bon pour passer dans la chambre voisine ?
— Je me retire, ma sœur, dit Dominique. Je suis moi-même attendu chez moi, et c’est pour accomplir un devoir que je regardais comme sacré que je suis d’abord venu ici. Tâchez qu’elle me pardonne de lui avoir, avec si peu de ménagement, apporté les paroles du père de mon ami.
Puis, lui mettant dans la main la relique qu’il avait reçue du comte de Penhoël, et dont, en quelques mots, il expliqua à Fragola toute la valeur, il sortit, laissant la jeune fille à ses soins pieux.
Quelques frictions suffirent pour faire rentrer la vie dans ce corps immobile et qui semblait inanimé. Carmélite revint à elle, ouvrit les yeux, et chercha tout d’abord l’abbé Dominique.
— Où est-il ? demanda-t-elle d’un air étonné ; ou plutôt, est-ce que je n’ai fait qu’un rêve ?
— Non, dit Fragola, il était là.
— Dominique, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Qu’est-il devenu ?
— Tu t’es évanouie et, par discrétion, il s’est retiré.
— Oh ! que je voudrais le revoir ! s’écria Carmélite.
— Tu le reverras, dit Fragola, mais demain, plus tard, quand tu auras la force de l’écouter et de lui répondre.
— Oh ! je suis forte, je suis forte ! s’écria Carmélite. Songe donc que j’avais mille détails à lui demander : c’est lui qui l’a quitté le dernier. Où est-il ? où repose-t-il ? Nous irons, n’est-ce pas, faire un pèlerinage au tombeau ?
— Oui, ma sœur, oui, sois tranquille.
— Ne m’avait-il pas parlé de son père ? ne m’avait-il pas dit que son père m’avait pardonné, que son père m’avait bénie ?
— Oui, tu es pardonnée ; oui, tu es bénie. Tu vois donc que Dieu est avec toi.
— Oh ! murmura Carmélite en retombant sur sa chaise longue, que n’est-ce moi qui suis avec lui !
Et, joignant les mains, elle pria tout bas, remuant les lèvres, mais sans qu’on entendît les paroles qu’elle prononçait.
— C’est cela, dit Fragola, prie, pauvre chère âme ! tout est dans la prière : le calme, la consolation, la force. Prie, ferme tes beaux yeux, et tâche de sommeiller.
— Eh ! le pourrais-je ? demanda Carmélite. Tiens, prends ma main.
— Elle brûle de fièvre.
— Sans la fièvre, Fragola, il me semble que je ne vivrais pas.
Fragola se mit à genoux devant son amie, et, reprenant ses deux mains entre les siennes :
— Ô ma sœur, dit-elle, où est donc cette force dont tu étais si fière tout à l’heure ? Le premier mot t’a courbée comme un roseau, brisée comme une fleur. Tu ne m’as pas trompée, mais tu te trompes toi-même : tu n’étais pas si forte que tu croyais.
— Je m’étais préparée à la douleur et non à la joie, Fragola. J’eusse été forte contre la douleur, j’ai été faible contre la joie.
— Pauvre amie !
Carmélite serra convulsivement les mains de Fragola.
— Il a dit qu’il reviendrait, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Quand ?
— Bientôt ; mais…
— Mais quoi ?
— Pour que tu attendisses plus patiemment son retour…
— Eh bien ?
— Il m’a laissé quelque chose pour toi.
Cette fois, Fragola, comme on voit, n’avançait que pas à pas. Elle avait peur d’une seconde crise, qui, dans l’état de faiblesse où était Carmélite, pouvait devenir plus grave que la première.
— Quelque chose pour moi ? s’écria Carmélite ! Oh ! donne vite, alors !
— Attends un peu, dit Fragola en passant son bras autour du cou de Carmélite, en l’attirant à elle, et en l’embrassant.
— Pourquoi attendre, Fragola ?
— Mais, dit la jeune fille, parce que…
Et elle hésita.
— Parce que ?… répéta Carmélite.
— Parce que c’est un bonheur, et que je veux t’y préparer.
— Mon Dieu ! tu me fais mourir.
— Pour mieux te faire revivre, chère sœur.
— Dis, dis vite, je le veux ! que t’a laissé pour moi ce bon Dominique ?
— Un présent.
— Un présent à moi ? demanda Carmélite étonnée.
— Un présent que te fait le comte de Penhoël, un don précieux… un trésor !
Et elle souriait de son sourire d’ange entre chaque parole.
— Fragola, je t’en supplie, dit vivement, presque impatiemment Carmélite, donne-moi ce que tu as à me remettre.
— Permets-moi de te traiter comme une enfant, Carmélite.
Carmélite laissa tomber sa tête sur sa poitrine.
— Fais comme tu voudras, dit-elle ; seulement, crains de me pousser au-delà de ma force.
— Te voilà abattue, tu es bien près d’être calme ; de là au sang-froid, il n’y a qu’un pas. Aie la volonté, et tu seras forte.
— Tiens, vois, dit Carmélite.
Et elle sourit à Fragola.
— Veux-tu mieux encore ? continua-t-elle ; car tu as raison, raison toujours !… Je vais, pendant le temps qu’il te plaira, poser ma tête sur ta poitrine, et, dans un quart d’heure seulement, tu me donneras ce présent du comte de Penhoël…
Elle fit un effort, et, en souriant :
— Du père de Colomban, ajouta-t-elle.
— Allons, dit Fragola en souriant à son tour, tu es une héroïne, et je ne te ferai pas attendre. Et elle se leva, et ce fut Carmélite qui la retint.
— Fragola, ma noble, ma sainte Fragola, dit-elle, qui donc t’a appris, mieux qu’aux plus célèbres médecins, cette science du cœur avec laquelle tu guéris mes blessures ? Ah ! la vie me paraîtra douce tant que je te tiendrai par la main.
— Allons, dit Fragola, il faut récompenser l’enfant de son obéissance.
Et, dégageant doucement sa main de celle de son amie, elle alla chercher derrière la causeuse, sur une petite chiffonnière en bois de rose où elle l’avait déposée, la relique du comte, et, présentant à Carmélite le papier tout ouvert :
— Sa mère, dit-elle en répétant les propres paroles du comte, les a coupés sur sa tête le jour même de sa naissance.
— Dieu de bonté ! s’écria Carmélite en sautant sur la boucle de cheveux avec la rage d’une lionne qui retrouverait son petit ; Dieu de bonté ! ce sont des cheveux de mon Colomban !
Et, pour la première fois, le cœur de la jeune fille, vide et froid comme un sépulcre depuis la mort de Colomban, fut inondé d’un indicible bonheur.
Elle prit la boucle de cheveux, la tourna en tous sens, la baisa mille fois, la couvrit de larmes ; puis, la levant jusqu’aux lèvres de Fragola :
— Tu l’aimais aussi comme un frère, dit-elle ; embrasse ses beaux cheveux, ô ma sœur !…
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