Chapitre 11 Mme Ferdinand arrêtée.
Cependant, une nouvelle, grosse de scandale, circulait tout à coup. Mme Ferdinand venait d’être arrêtée.
Ce fait, et celui du dernier acte respectueux notifié à Mme Marcille, quoique sans rapport apparent entre eux, s’étaient suivis de si près, qu’il semblait que l’un eût été déterminé par l’autre. La coïncidence, en effet, si le hasard en était cause, était bien aussi un peu l’ouvrage du procureur général.
A dater du jour où l’éveil lui avait été donné sur la couturière, il n’avait pas discontinué d’en fouiller la vie et d’en faire épier toutes les démarches. Or, il en est de certaines réputations comme des ballons gonflés qu’une piqûre d’épingle suffit à réduire au plus mince volume. Sur les assertions de Mme Lemajeur, une mère confessait son enfant et la retirait sur-le-champ de l’atelier. D’autres parents se crurent bientôt fondés à suivre cet exemple. L’opinion s’en émut. Il n’en était pas moins difficile, en dépit même d’une bonne volonté quelque peu partiale, de constituer, avec ces détails, un corps de délit suffisant pour motiver des poursuites.
C’est une chose regrettable, et à coup sûr regrettable surtout aux yeux du magistrat, quand le moindre écart de passion peut amener un malheureux sur les bancs de la cour d’assises, qu’il soit souvent impossible de traduire une créature incessamment perverse avec préméditation devant un simple tribunal de police correctionnelle.
La couturière, en attendant, qui se jouait, à travers les articles du Code, on pourrait dire comme une couleuvre à travers les tiges d’une oseraie, avait fini, comme cela arrive souvent aux gens trop adroits, par se prendre dans ses propres pièges.
Une toute jeune fille, en apprentissage et à demeure chez elle, y fut l’objet d’un attentat. Sous l’empire d’éblouissantes promesses, l’enfant consentit à se taire et même à sacrifier ses scrupules. La faute eut des suites qu’il devint chaque jour plus difficile de cacher, et Mme Ferdinand, en vue d’en prévenir les conséquences, ne trouva rien de mieux que de conseiller un crime à son apprentie. Celle-ci s’y refusa d’une manière absolue. Elle eut alors à subir de telles menaces et de telles brutalités, qu’elle prit le parti de se sauver dans sa famille et d’y conter sa mésaventure.
La pauvre fille n’avait rien à gagner au scandale : ses parents ne soufflèrent mot d’abord. Mais la couturière n’était pas dans le secret de leurs pacifiques intentions : par excès de prudence, elle s’empressa de publier partout qu’elle avait chassé son apprentie pour cause d’inconduite. A cette imposture, le père de la jeune fille comprit l’urgence de déposer une plainte.
Il en résulta que Mme Ferdinand, à l’heure même où ses relations avec Mme Marcille lui donnaient la confiance d’avoir une réputation mieux assise et un crédit plus assuré que jamais, fut mise, à la stupéfaction de bien des gens, en état d’arrestation.
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