‹ Les orages de la vieChapitre 17 sur 48 · Chapitre 17 Armistice.

Chapitre 17 Armistice.

Dans le principe, Marcille, de loin en loin, écrivit à son oncle des lettres étudiées, presque froides, où, par-ci, par-là, il glissait un petit paragraphe au sujet de Thérèse. « Il savait à quoi l’honneur l’engageait vis-à-vis d’elle, et il était bien résolu à ne pas l’oublier. A cet égard, il comptait sur le concours loyal et ferme du procureur général. » Son amour, par exemple, était une question qu’il n’agitait plus et à laquelle il semblait même avoir peur de toucher.

L’oubli ne plaisait que médiocrement au procureur général. Ce mariage, que déciderait uniquement le point d’honneur, blesserait donc cruellement toutes les susceptibilités de la famille, pour n’être, en réalité, qu’une association que troubleraient perpétuellement des luttes douloureuses. Il fallait au moins que l’alliance reposât sur un amour durable ; à moins que de cela, il ne donnerait certainement jamais son consentement.

Marcille, à qui le procureur général écrivit en ce sens, s’émut des observations et changea peu à peu de style. Soit que les expressions glaciales dont il encadrait le nom de Thérèse fussent affectées, soit qu’il eût simplement à cœur de lever tous les obstacles capables de gêner l’accomplissement de ce qu’il considérait comme un devoir rigoureux, soit résurrection effective de sa passion, toujours est-il que, graduellement, ses phrases furent de moins en moins travaillées, qu’elles coulèrent chaque jour plus naturellement de sa plume, avec une chaleur croissante, et que finalement elles se firent, remarquer par les incohérences et les incorrections d’un véritable lyrisme.

Le procureur général ne goûta pas davantage cette nouvelle prose. Il estimait, par comparaison, que l’enthousiasme est du genre de l’éclair, qu’il s’allume et s’éteint aussi vite, et qu’il ne saurait prouver une vraie et solide affection.

Marcille se modéra. Ses tâtonnements le montraient décidément résolu à dissiper tous les doutes de son oncle et jaloux de se concilier sa bienveillance.

« Sous l’influence de vos conseils et de la raison, lui écrivait-il peu après, j’ai fait litière de toute sensiblerie, de tout souvenir irritant, et j’ai voulu bravement éprouver jusqu’à quel point mon amour était de l’amour. Je me suis fait admettre en des cercles où brillent des femmes jeunes, charmantes et spirituelles, et j’ai tenté de combattre ma passion par une autre passion. Eh bien ? cher oncle, j’y perds mon temps et ma peine. Je vous le déclare, comme cela est, ces femmes, si jolies, si aimables qu’elles soient, ne peuvent pas même soutenir à mes yeux le parallèle avec Thérèse. Dans l’éloignement, je l’entrevois chaque jour plus belle, et l’absence me la rend mille fois plus chère. Je vous jure, qu’il ne fut jamais d’attachement ni plus sérieux, ni plus profondément enraciné dans un cœur d’homme. La crainte de vous fournir le prétexte d’oublier les clauses de notre contrat, en y manquant moi-même, m’empêche seul de rompre mon exil et de venir me jeter aux pieds de Thérèse. »

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