‹ Les orages de la vieChapitre 3 sur 48 · Chapitre 3 Un rayon de soleil.

Chapitre 3 Un rayon de soleil.

La scène de Marcille avec sa mère avait démontré jusqu’à l’évidence qu’il n’osait pas s’ouvrir à elle. Sans la rumeur publique, il semble même qu’il eût ajourné indéfiniment l’aveu formel de sa passion. Il comprenait pourtant la convenance et la nécessité de cet aveu ; il paraissait content d’y avoir été forcé et de l’avoir fait. Mais n’était-on pas déjà autorisé à craindre qu’il n’eût pas une énergie proportionnée aux difficultés de son entreprise ?

Thérèse, à qui ces nuances n’échappèrent pas, parut le penser ainsi. Un jour, remarquant qu’il avait le visage radieux, elle lui en demanda la raison. Il répondit qu’il était débarrassé d’un poids pesant, que le hasard s’était chargé d’instruire sa mère, et qu’il venait d’avoir avec elle la scène qu’il redoutait le plus.

La jeune fille, en ce moment, arrosait les fleurs qui ornaient sa fenêtre. Elle ne se dérangea pas.

« Ne prenez pas en mauvaise part ce que je vous dirai, balbutia-t-elle sans le regarder. Vous ne doutez pas que je ne sois fière et heureuse de vos préférences. Je ne parviens que plus malaisément à me défendre de croire, sans vous faire injure, que vous voulez une chose au-dessus des forces d’un homme. Ma mère vous l’a dit souvent, ne vous fâchez pas si j’ose vous le répéter, peut-être serait-il sage de ne pas aller plus loin.

– Vous plaisez-vous à me désoler ? fit Marcille d’un ton de reproche. A vous entendre, vous et votre mère, on dirait vraiment que je songe à commettre une mauvaise action. En définitive, je ne veux rien que d’honnête, et je ne vois pas qu’aucune considération soit capable de m’ébranler… »

Thérèse, ayant fini d’arroser ses fleurs, en ôtait les feuilles mortes ou flétries. Elle hocha mélancoliquement la tête.

« Est-ce que déjà, fit-elle d’un air distrait, vous n’avez pas confié au hasard le soin d’avertir votre mère ?

– Eh bien ?

– Vous ne nierez pas que cette démarche, la plus naturelle de toutes et comparativement la moins pénible, vous effrayait.

– Où voulez-vous en venir ? » demanda Marcille en souriant.

La jeune fille quitta la fenêtre et vint s’asseoir à sa table de travail où elle se mit à coudre. Avec une simplicité exquise, elle continua :

« Je n’ai jamais eu d’ambition. La pauvreté ne m’a pas une seule fois causé du chagrin, et je puis dire que, dans mes plus beaux rêves, je n’ai pas même entrevu l’ombre de la fortune qui m’arrive. Cette fortune m’a plutôt effrayée tout d’abord, et vous devez vous rappeler que je ne l’ai acceptée que de guerre lasse….

– Je sens à vous écouter un charme inexprimable, interrompit Marcille avec une sorte d’ivresse. Mais, par grâce, que voulez-vous prouver ?

– Je ne veux rien prouver, répliqua Thérèse d’une voix pleine d’âme ; je songeais simplement à ce que nous vous avons dit tant de fois, qu’il serait mal de s’engager à la légère dans une pareille aventure. A cette heure, vous pouvez encore vous dédire sans humiliation pour vous et sans désespoir mortel pour moi. Plus tard, il en serait autrement. Je me serais accoutumée à l’idée de ce mariage et à l’espérance de vivre toujours avec vous. Si l’on devait, à force d’ennuis, abattre votre courage, nous serions inutilement bien malheureux l’un et l’autre. Vous souffririez autant que moi, j’en suis certaine, des douleurs qui troubleraient ma vie entière. »

Elle ajouta, en élevant sur Marcille des regards angéliques :

« Ne vous offensez donc pas si, pour vous et pour moi, je vous renouvelle la prière de réfléchir mûrement avant d’entreprendre une lutte qui ne peut manquer d’être longue et douloureuse.

– J’admire votre haute raison, ma Thérèse, repartit Marcille, et vous ne m’en êtes que plus chère. S’il m’arrivait jamais de fléchir, je serais d’autant plus coupable, que j’aurais été vingt fois prévenu. Soyez pleine de confiance. Je sais que j’aurai de bien mauvais jours à passer. Mais j’ai la certitude d’être heureux avec vous et malheureux sans vous. Douleurs pour douleurs, je préfère encore celles que viendra adoucir votre tendresse…. »

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