‹ Les orages de la vieChapitre 8 sur 48 · Chapitre 8 Éclairs et tonnerre.

Chapitre 8 Éclairs et tonnerre.

Le commandant ne parut pas comprendre que plus qu’un autre il avait contribué à ce résultat. A la nouvelle de la visite des notaires, il fut saisi d’une fureur telle, qu’un moment on craignit qu’il ne tombât frappé d’un coup de sang. Il ne retrouva la parole que pour faire entendre les plus étranges propos. Il regrettait de n’être pas venu à temps pour jeter les hommes de loi dehors. Des notaires, il passa à celui qui les avait envoyés. Qu’un blanc-bec qu’il avait vu naître et grandir, qui était de son sang, dont il était le tuteur naturel, qui devait hériter de lui, narguât ainsi son autorité, cela n’entrait pas dans son entendement et suffisait à lui donner le vertige. Finalement, dans son espèce de démence, il ne voulait rien moins que provoquer en duel le misérable qui couvrait la famille de honte.

Insensible aux prières de sa sœur comme aux assurances du procureur général, qui affirmait que rien n’était perdu encore, pourvu toutefois qu’on s’en reposât sur lui et qu’on n’ajoutât point encore aux maladresses commises, quand il fut las de s’agiter à l’instar d’un démoniaque, il sortit la menace à la bouche, et, ab irato, expédia au réfractaire l’ordre de venir le trouver sur-le-champ.

Sa lettre, qui était en termes blessants, lui fut retournée courrier par courrier.

Le lendemain matin il entrait tout à coup chez Marcille à l’heure où celui-ci sortait du lit et s’habillait. Sans préambule :

« Ah ! çà, monsieur, dit-il brutalement, je compte que la comédie touche à son terme. »

Le jeune homme se tourna avec surprise vers son oncle.

« Vous parlez bien légèrement, monsieur, lui répliqua-t-il en le regardant froidement, de l’acte le plus sérieux de ma vie.

– Sérieux, en effet, repartit le commandant de l’accent du sarcasme, l’acte qui doit conduire votre mère au tombeau.

– Je n’en crois rien, dit Marcille. D’ailleurs, sans vous, monsieur, je n’eusse jamais songé à la contrainte.

– Tout ce que vous voudrez, dit le commandant d’un ton impérieux, mais je vous défends d’aller plus loin ! »

Marcille examina son oncle d’un air où éclatait le dédain le plus énergique.

Le commandant devint pourpre ; il sembla que le sang allait jaillir de tous ses pores, A l’ombre de ses sourcils froncés se croisaient les étincelles, comme font les éclairs sur des nuages noirs.

« Vous me braveriez ! s’écria-t-il, tandis qu’il paraissait malaisément maintenir en repos des poings gonflés de menace, savez-vous bien !… »

Le jeune homme pâlit, mais, vraisemblablement, non de peur.

« Monsieur, dit-il avec une gravité sous laquelle perçait une émotion profonde, je ne vous reconnais le droit ni de m’insulter, ni de me menacer. Vous vous repentirez certainement de cet oubli en y réfléchissant. Sachez une fois pour toutes que, fussiez-vous mon père, et vous êtes moins que cela, vous ne m’empêcheriez pas d’épouser la femme qui me plaît. »

Le commandant se heurtait vainement la tête contre une muraille ; plus exaspéré peut-être du sentiment de son impuissance que de tout le reste.

« Eh bien ! monsieur, dit-il d’une voix étouffée par la rage, vous ne m’êtes plus rien, je vous maudis et vous déshérite !… »

q