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CHAPITRE IX

LES BRIGANDS KHOUNKHOUZES

La police chinoise.--Vols et brigandages.--Exploits et audace des Khounkhouzes.--Leurs relations avec les sauvages.

Si quelqu'un demandait mon opinion sur la police chinoise en Mandchourie, je répondrais que je la divise en deux groupes: la bonne police et la mauvaise, et j'ajouterais que le second groupe est incomparablement plus important que le premier. Cette division semble un peu bien naïve, mais il faut la faire pourtant et, ce qui est particulièrement original, c'est d'indiquer par quel moyen on peut distinguer la bonne police de la mauvaise: c'est chose très simple, mais on ne saurait guère souhaiter à un voyageur de se voir dans le cas de faire une telle distinction. Lorsque, attaqué par les brigands si nombreux en Mandchourie, un voyageur appelle au secours, la bonne police chinoise se sauve épouvantée: la mauvaise, au contraire, accourt aussitôt, se joint aux brigands pour dévaliser l'infortunée victime et pour partager ensuite avec eux le butin conquis. Personne ne s'étonne d'entendre raconter pareille aventure; les Chinois en ont vu bien d'autres: ils le constatent d'ailleurs, avec un scepticisme étonnant.

«Je ne saurais approuver ces mœurs, me disait en effet un Chinois de Kharbine, mais on ne peut pourtant pas reprocher à des malhonnêtes gens d'être malhonnêtes, puisque c'est leur nature d'être ainsi: seuls, peut-être, leurs parents sont coupables, puisqu'ils les ont mis au monde. Et puis, pour qu'une police soit bonne, il faut qu'on la paie; l'État ne se montre jamais généreux avec elle: il faut bien qu'elle prenne son argent où elle le trouve!

--Même dans les poches des voyageurs?» demandai-je en riant.

Le Chinois se mit à rire silencieusement, puis levant les bras vers le ciel, il me dit:

«Vous m'accorderez bien qu'il est plus agréable pour un voyageur d'être dévalisé par des agents de police que par de vulgaires malfaiteurs? L'aventure est plus piquante et plus gaie. Et puis il a la consolation de se dire que si la police est souvent avec les voleurs, Dieu est toujours avec les voyageurs!»

Le Chinois jeta un regard plein de malice par-dessus ses grosses lunettes, afin de voir si j'étais interloqué par ses paradoxes, et il ajouta:

[Illustration: POLICE CHINOISE]

«Il est vrai que Dieu se dérange bien rarement: ce n'est vraiment qu'un allié de second ordre, et, faut-il vous l'avouer, je crois qu'il a peur des Khounkhouzes.»

Ces terribles Khounkhouzes dont me parlait mon interlocuteur sont des brigands célèbres dans l'Extrême-Orient: ils commettent chaque jour méfaits sur méfaits, arrêtent les voyageurs, épouvantent la police, exploitent les paysans, prélèvent à leur gré des impôts et des dîmes, s'emparent des bateaux marchands et s'attaquent aux soldats russes eux-mêmes.

Les journaux d'Europe font presque tous la même erreur grossière: ils les confondent avec les malheureux Toungouses, sauvages inoffensifs, qui ont été dépeints dans un précédent chapitre.

Depuis de longues années les Khounkhouzes terrorisent la Mandchourie, mais ils n'opèrent pas seulement sur la terre chinoise, ils pénètrent en Corée, et ont commis plus d'un crime sur le territoire russe même, et jusque dans les villes de Khabarovsk et de Vladivostok. Ils règnent par la terreur, et pour l'audace et l'habileté ils en remontreraient aux forçats russes eux-mêmes et aux vagabonds qui vivent si nombreux dans la Province Maritime. Ce n'est pas un mince éloge à faire aux Khounkhouzes que de constater leur supériorité sur les voleurs russes d'Extrême-Orient, car ces derniers sont aussi de premier ordre et leur habileté est reconnue par tous à Vladivostok. Lorsque j'étais, en effet, en 1899, dans cette dernière ville, un voleur russe sut enlever la montre du maire au moment même où celui-ci causait avec le maître de police. Les histoires de ce genre sont nombreuses, tragiques souvent, spirituelles quelquefois à ravir d'aise mon ami le Chinois de Kharbine dont je parlais tout à l'heure. La cuisine de l'amiral Vesselago fut dévalisée une nuit pendant un de mes séjours en Extrême-Orient, les voleurs ne laissèrent qu'un pot de confitures dont ils avaient apprécié le contenu à sa juste valeur, puisqu'ils y avaient laissé ces mots:

«Merci, madame l'Amirale, vos confitures étaient excellentes!»

A vrai dire, je crois qu'à Vladivostok on ne se contente pas d'être volé par les malfaiteurs, on leur prête encore de l'esprit, et les habitants de la ville ont ainsi de bonnes histoires à se raconter pendant les trop longues soirées de l'hiver.

On aurait tort d'en rire pourtant, car les brigands d'Extrême-Orient sont souvent d'une cruauté terrible. Les Khounkhouzes, répartis en bandes, savent se glisser partout; ils ont, en Mandchourie, en Corée, en Sibérie, surtout dans les villes et les villages, des espions qui guettent, épiant les mauvais coups faciles à faire, et qui sont pour les chefs de bandes de merveilleux agents de renseignements. Les bandes organisées s'arrogent les droits les plus exorbitants et, selon les besoins du moment, prélèvent des impôts sur les populations qui les entourent. Les dépêches nous ont appris les tentatives, heureuses parfois pour eux, qu'ils ont faites pour s'emparer des bateaux marchands de la Soungari et de la Nonni: ils ont d'ailleurs depuis de longues années déjà, établi des postes au confluent des rivières qui se jettent dans le fleuve Amour. Toute barque qui passe devant eux est arrêtée sous la menace de leurs armes, et le malheureux Chinois qui allait vendre à la ville russe la plus voisine un chargement de blé, d'avoine, de riz, de thé ou de légumes, est gardé à vue par les malfaiteurs, pendant qu'un des brigands se charge de le remplacer et de négocier l'affaire en pays russe: lorsque le vendeur est de retour au poste des Khounkhouzes, ceux-ci rendent la barque au propriétaire et s'attribuent sans plus de formalités trente ou quarante pour cent sur le prix de la vente. Le malheureux, bien que dépouillé, n'ose rien dire, et se félicite même tout bas de n'avoir pas été plus maltraité et de s'en tirer à si bon compte.

Un jour à Khabarovsk, le général Tchitchagov, qui commande en ce moment les gardes-frontière d'Extrême-Orient, rencontra dans une rue un jeune Chinois tout éploré. Le général lui demanda ce qu'il avait; le jeune homme poussait de grands cris et refusait de répondre; on eut la plus grande peine à le faire parler, tant il avait peur d'attirer sur lui ou sur les siens la vengeance des Khounkhouzes. Quelques-uns de ceux-ci étaient entrés, le matin même, chez son père, un des plus riches marchands de la ville, l'avaient menacé des pires fléaux et lui avaient donné l'ordre de les suivre s'il ne voulait pas voir ses fils torturés, ses filles violées, ses maisons incendiées. Ils avaient agi de la même façon chez deux ou trois autres notables marchands chinois, établis dans la ville, et ils avaient, sans qu'on osât leur résister, enlevé chacun d'eux, en plein jour, devant les familles muettes d'épouvante après avoir fixé à un très haut prix la rançon de leurs prisonniers. La terreur inspirée par les brigands était si grande que les fils, pour sauver leurs pères, s'étaient décidés à se taire et à payer, n'osant pas demander protection aux autorités russes dans la crainte des représailles terribles qu'avaient annoncées les Khounkhouzes. Le gouverneur général de Khabarovsk envoya aussitôt des soldats qui retrouvèrent les Chinois dans une île du fleuve Amour.

Le gouverneur de Vladivostok me disait quelques jours après cet événement qui, ainsi qu'on le peut supposer, fit grand bruit en Extrême-Orient:

«Les Khounkhouzes sont si puissants et surtout si redoutés qu'ils trouvent de l'argent partout où ils veulent et jusque dans la ville même où je réside: je suis persuadé, sans en pouvoir trouver la preuve exacte, que, épouvantés par eux, les commerçants établis en Extrême-Orient russe paient chaque année un tribut aux brigands, que personne n'ose trahir, qui ont partout des complices ou des affiliés, et dont la puissance est d'autant plus redoutable qu'elle est absolument occulte.»

Les Chinois sont nombreux dans les villes russes de la Sibérie Orientale: ils gagnent leur vie kopek par kopek et tous les trois ou quatre ans, quand leurs économies le leur permettent, ils retournent à leur village natal, où ils ont laissé leurs femmes et leurs enfants. Lorsque les Chinois reviennent ainsi, par terre, à la fin de l'été, il suffit de cinq ou six brigands pour arrêter et épouvanter une bande de cent hommes; les brigands se disent les représentants des Khounkhouzes de la région, ils fixent une rançon à chaque Chinois, qui, dans la crainte d'une vengeance, paie sans oser protester. La vengeance d'un refus serait terrible: et la famille de celui qui protesterait en connaîtrait toutes les conséquences: le viol, l'assassinat et surtout l'incendie sont les armes habituelles des Khounkhouzes; tout comme les Chinois, les Coréens et parfois même les Russes l'ont appris à leurs dépens.

[Illustration: LES KHOUNKHOUZES]

Les Khounkhouzes, on l'a vu déjà, ne craignent pas d'attaquer le soldat russe, mais les brigands, lorsqu'ils sont pris par les autorités russes, sont alors très durement punis et n'échappent que rarement à la mort. On sait qu'en Russie la peine de mort a plus d'adversaires que de partisans: seul, le tribunal militaire peut la prononcer, et, même pour des crimes commis par les forçats au bagne, dans l'île Sakhaline, il est extrêmement rare que le gouverneur général fasse juger le coupable par un tribunal militaire: un assassin, déjà condamné à perpétuité, qui commet un nouveau crime, passe devant le tribunal civil et se voit ajouter une perpétuité à celle qu'il avait déjà. On est plus sévère pour les crimes des Khounkhouzes et on tient même à ce que la punition soit sommaire et qu'elle serve d'exemple. Je fus un jour invité par le procureur de Vladivostok à voir pendre cinq Khounkhouzes qui avaient assassiné des soldats russes. Je répondis que voir pendre un brigand ne me tentait guère, et qu'il me serait plus désagréable encore d'en voir pendre plusieurs à la fois.

«Vous avez eu tort de ne pas venir, me dit le lendemain M. Skvortsov, le procureur; un seul a eu peur de la corde, il était inconscient et déjà presque mort d'effroi quand on l'a pendu. Les autres étaient bavards et bruyants et disaient force plaisanteries cyniques. Je l'ai constaté plusieurs fois déjà: le Chinois, qui dans tant de circonstances est lâche et poltron, se montre presque toujours d'une bravoure sans exemple devant la mort!»

Le procureur de Vladivostok disait la vérité: les Chinois, lorsqu'ils voient qu'ils ne peuvent échapper à la mort, en prennent philosophiquement leur parti, victimes résignées de la fatalité: mais que quelques voleurs audacieux viennent s'établir dans les environs des villes ou des villages, ils parviendront vite à en terroriser tous les habitants, qui, effrayés, s'enfermeront chaque soir hermétiquement, n'oseront plus sortir la nuit tombée, refuseront de secourir leurs voisins attaqués par les Khounkhouzes, et paieront à ceux-ci redevances sur redevances sans songer qu'ils pourraient facilement lutter et qu'ils sont deux ou trois cents braves gens contre quelques malfaiteurs seulement. Les Chinois racontent à ce sujet des histoires incroyables et qui pourtant sont vraies. Ils sont inépuisables quand ils parlent des Khounkhouzes, et comme dans tout pays on ne prête qu'aux riches, plus d'un Chinois qui n'a pas la conscience bien nette fait porter au compte des Khounkhouzes les méfaits que lui-même a commis. A ce point de vue on peut dire que les Khounkhouzes ont rendu service à tout le monde.

Chaque fois, en effet, que les troupes régulières chinoises jouent quelque mauvais tour aux Russes, la réponse aux revendications de ces derniers est toujours la même:

«Ce n'est pas nous, répond le gouverneur ou le général, les coupables ce sont les Khounkhouzes!»

En vérité, bien des faits commis ainsi par les soldats de l'armée chinoise ont été mis bien gratuitement sur le compte des Khounkhouzes, et il est certain que plus d'un fonctionnaire chinois a traité avec eux et les a chargés, avec la complicité de son gouvernement, d'exécuter ses propres vengeances. La réciproque n'en est pas moins vraie, et l'excuse semblant merveilleuse aux officiers et aux fonctionnaires russes, ces derniers ont aussi répondu aux autorités chinoises qui leur reprochaient quelques faits de caractère regrettable. «Ce n'est pas nous! Ce sont les Khounkhouzes.»

Les journaux japonais ont plus d'une fois déclaré que les Khounkhouzes étaient des personnages imaginaires, dont les méfaits étaient créés par l'imagination des Russes: ceux-ci trouvaient, disaient les Japonais, très utile pour leur politique de charger de crimes les brigands chinois et ils trouvaient dans ce fait une raison pour ne pas évacuer la Mandchourie, sous le prétexte que le chemin de fer de l'Est-Chinois serait alors détruit par les brigands. A vrai dire, la présence très réelle des Khounkhouzes sans cesse menaçants rendait cette raison très valable, et les Russes avaient tout intérêt à la mettre en avant: il est d'ailleurs très étonnant d'avoir à constater que les Khounkhouzes n'ont jamais tenté quelque grande entreprise contre la voie ferrée. Les Japonais savent d'ailleurs, et mieux que tous les autres, à quoi s'en tenir sur l'existence des Khounkhouzes, car leur service d'espionnage en Extrême-Orient a toujours été organisé de main de maître, et la preuve qu'ils ne doutent pas que les Khounkhouzes soient pour la Russie des ennemis dangereux, c'est qu'ils traiteraient aujourd'hui volontiers avec eux et qu'ils comptent sur leur concours pour détruire çà et là, partout où ils le pourront, quelques kilomètres de la ligne du Transmandchourien.

On a vu déjà que pendant la campagne l'activité des Khounkhouzes ne s'est pas ralentie, loin de là, mais j'ai peine à croire qu'il y ait eu jamais, comme l'ont dit les journaux russes, 7 000 hommes bien armés, réunis sous les ordres de Tou-li-san. Il n'en est pas moins vrai pourtant que ce chef s'avançait, à la tête de bandes qui ressemblaient à des armées, pillant tout, brûlant tout sur leur passage. La disette qui régnait alors en Chine méridionale avait provoqué un grand mouvement d'émigration vers la Mandchourie. Une partie des miséreux s'étaient joints aux Khounkhouzes, ils attaquaient les postes de soldats les plus éloignés, les harcelant, les fatiguant sans cesse, ne leur laissant aucun repos. On ne sait pas encore à quel mot d'ordre ils obéissaient, quel complot secret avait été ourdi, et par qui il avait été préparé. Ce furent de vraies batailles que, quelques jours à peine avant l'attaque japonaise, les Russes durent livrer aux brigands.

Pendant mon séjour en Mandchourie, les soldats russes étaient souvent attaqués par les Khounkhouzes, ils devaient toujours être sur leurs gardes; des postes éloignés furent maintes fois entourés et assiégés, mais il est vrai de dire que les Russes, bien qu'ils ne fussent le plus souvent qu'un contre huit ou dix brigands remportaient toujours la victoire: les morts ou les blessés étaient rares chez les premiers, on les comptait par unités, tandis qu'au contraire les Khounkhouzes, mal commandés, mal armés surtout, laissaient toujours sur le terrain par dizaines des morts et des blessés. Les bandes mal organisées et sans discipline prenaient peur tout d'un coup et perdaient plus d'hommes encore pendant leur retraite exécutée sans ordre que pendant leur attaque maladroitement dirigée.

Je me souviens qu'un jour lorsque je voyageais entre Moukden et Kharbine, des cavaliers cosaques firent des signaux et notre train s'arrêta. A quelques pas de la voie un soldat était étendu avec le poignard d'un Khounkhouze dans la poitrine: le malheureux avait été tué en plein jour à un kilomètre du poste auquel il appartenait et quelques minutes avant le passage du train que les assassins devaient voir s'avancer dans la steppe immense qui s'étendait devant eux.

Les Russes ne sauraient trop surveiller aujourd'hui ces brigands dont l'audace doit être décuplée à l'idée que les Japonais parviendront peut-être à chasser les Slaves de la Mandchourie. Les Khounkhouzes peuvent compter sur la complicité plus ou moins discrète des fonctionnaires auxquels pèse la domination russe et peut-être même de plus hauts personnages de la cour de Pékin. Les journaux d'Europe l'ont dit déjà, et en cela ils ont raison, mais par contre ils se trompent lorsqu'ils prétendent que les populations primitives établies dans le bassin du fleuve Amour seraient prêtes à se joindre à eux: celles-là sont incapables de réaliser et même de concevoir de semblables projets, elles ne demandent qu'à vivre en paix, loin du bruit et des coups de fusil; et, si elles ont peur des Russes, elles ont grand effroi des Khounkhouzes.

Je suis arrêté un jour, dans le nord de la Mandchourie, dans un campement où les Khounkhouzes passaient pour être très nombreux. Je fus reçu par un des sauvages du campement: c'était un jeune homme très petit, vêtu d'une veste de peau de poisson: ses yeux étaient bridés, son nez large et épaté, ses pommettes saillantes: il portait au nez et aux oreilles de grands anneaux de métal. Il me fit entrer dans sa cabane, très légèrement construite et assez spacieuse; une estrade peu élevée recouverte de feutres et de tapis râpés servait de lit à toute la famille; dans un coin de la maison, un vieillard s'abandonnait aux plaisirs de l'opium en roulant des yeux d'abruti; à côté de lui, des gamins se partageaient, en se querellant, un poisson presque cru.

Mon hôte, qui me prenait pour un Russe, m'annonça son intention de passer le fleuve Amour et d'aller s'établir en Sibérie. Tout le village avait l'intention d'émigrer sur la terre russe: les habitants s'échapperaient pendant la nuit, secrètement, à l'insu de leurs voisins les Khounkhouzes, qui constamment les traitaient en esclaves, les battaient, les forçaient à travailler pour rien et les laissaient mourir lentement de faim.

«Ils m'ont tout pris, me déclara le pauvre homme, mon traîneau, mes chiens, mes vêtements, ma femme!

--Comment, ta femme?

--Oui, seulement, elle, ils me la rendent de temps en temps: tu comprends, ils ne peuvent pas s'en servir tout le temps. Mais les chiens et le traîneau, ils ne les rendent jamais...»

Je me mis à rire malgré moi, quand l'indigène m'expliqua naïvement:

«Oh, tu sais, ça m'a bien ennuyé, quand pour la première fois un Khounkhouze m'a pris ma femme: je l'ai battue!

--Le Khounkhouze?

--Oh, non, il était beaucoup plus grand, beaucoup plus fort que moi. Non, j'ai battu ma femme; mais tout de même j'étais bien ennuyé.

--Et aujourd'hui tu te consoles?

--Oh, vois-tu, j'en ai pris l'habitude. Je ne peux pourtant pas la battre toutes les fois qu'un Khounkhouze la force à l'accompagner dans la forêt: et puis, ça arrive maintenant si souvent, que ça n'a plus aucune importance!»

Les sauvages, on le voit, sont parfois des sages!

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