‹ Les Tourelles: Histoire des châteaux de France, volume IChapitre 5 sur 10 · IV

IV

Malgré le silence que s'imposa madame de Montmartel, touchant la conduite de son fils, à la folie duquel elle refusa toujours de croire, on commença de nouveau à s'occuper du marquis, sur le bruit qui avait couru du deuil extravagant de Brunoy. On sut enfin qu'il ne s'était ni tué, ni embarqué pour les Indes, ni relégué à la Trappe, versions diverses adoptées dans le temps par les oisifs de la capitale. On l'avait retrouvé; on apprit que le possesseur d'une fortune de plus de trente millions vivait dans un bourg de six cents habitans, traités par lui sur le pied d'une intime familiarité. Ses dispositions funéraires en faveur de sa mère se répandirent au courant des petits propos, où put difficilement s'introduire l'exagération, car elle était impossible à l'encontre du personnage.

De son côté, le marquis fut instruit de la place qu'il avait dans l'opinion, cette opinion qui lui avait été si cruelle un jour, si impitoyable, et si brûlante à l'endroit le plus à nu de l'ame humaine, de la vanité. Son héroïsme étrange avait tenu sa vengeance muette, étouffée et petite, comme un moineau dans la main; sa colère dut se réjouir quand elle put se dire: J'ai enfin attiré sur moi les regards louches de la noblesse, ma soeur, et la vue commune mais bonne du peuple, mon frère. La scène se passera en famille.

Du reste, on continua à considérer le marquis de Brunoy comme un original. Original est le premier nom que reçoit dans le monde un homme de génie ou un fou.

Vous avez souillé la noblesse française, avait dit madame de Montmartel à son fils.

Et le marquis était en droit de demander ce qu'il restait à faire pour la souiller davantage après l'abbé de Voisenon, qui louait en pleine académie les charmes de madame Favart, la maîtresse du maréchal de Saxe; après M. le marquis de Sade, qui suçait le sang des jeunes filles, trouvant que de les embrasser c'était trop fade; après M. le président de Meslay, de la chambre des comptes, surpris tout nu à l'Opéra, dans une loge, avec une fille des choeurs; après le roi de France, qui vivait publiquement avec madame Dubarry.

Ce n'est pas déjà mal ainsi, mais on peut aller plus loin quand on a quarante millions, réfléchit le marquis de Brunoy; il reste à découvrir. L'abaissement est profond, mais il n'est pas encore à plat dans la boue; c'est à peine si le peuple, admis comme valet, pénètre au fond des boudoirs, où il soutient les flambeaux de cristal de la luxure, esclave cubiculaire de ses maîtres; c'est à peine s'il connaît leurs orgies, en présentant la cuvette de vermeil où retourne le premier souper pour faire place au second; c'est à peine s'il comprend leur langage, sous le néologisme libertin qui le farde; c'est à peine s'il les méprise, vivant du reste de leurs débauches, du reste de leurs habits, du reste de leurs soupers, du reste de leurs femmes. Il y a un autre peuple qui ne les connaît pas, car les nobles seigneurs ne vont pas à pied, et le roi, leur maître en tout, ne se montre que deux fois par an. Ils m'ont laissé la rue à salir; là je veux être roi et marquis de Brunoy, conseiller-secrétaire du roi, maison, couronne de France et de ses finances.

Un mot d'histoire en passant. Louis XVI n'était pas encore monté sur le trône.

Le comte de Provence, frère du roi Louis XVI, devenu Monsieur, et depuis Louis XVIII, qui possédait _Gros-Bois_, belle terre du voisinage, se passionna pour la propriété du marquis de Brunoy, la trouvant selon ses goûts de solitude classique, alors moins exclusifs, torts d'un âge encore chaud, qu'on l'a soutenu plus tard à la gloire de cette exception des moeurs royales de l'époque. Il convoita Brunoy, le désira, le demanda, menaça pour l'avoir, faisant répandre par d'officieux courtisans qu'il était dans les intentions du marquis lui-même de se débarrasser d'un château ruineux pour tout autre qu'un prince royal.

Le marquis poussa l'originalité jusqu'à résister aux avances de Monsieur, et à se ruiner de plus belle comme s'il eût été prince. On convint que la fermeté ne manquait pas à cet extravagant.

De jour en jour plus affermi dans ses projets de vivre au milieu de la société qu'il s'était créée en haine de celle dont il avait fui l'outrageuse hiérarchie, il fallait ou qu'il l'élevât jusqu'à lui ou qu'il s'effaçât jusqu'au point de se trouver de niveau avec elle. Rien au monde, dans l'histoire des petits combats du coeur humain, n'est intéressant comme le principe de la lutte qu'il eut à soutenir en lui-même. Tantôt le marquis dévore l'homme, tantôt l'homme dévore le marquis; il rappelle ces monstres qui apparaissent au commencement et à la fin d'une création. Tête de marquis et queue de peuple: à la fin la queue l'emporta.

Un jour il convie ses bons amis les vilains à un superbe repas qu'il donne dans une des plus belles salles du château. Selon l'usage, le menu fut formidable, la plaisanterie ruissela, avec le vin, des lèvres sur la nappe.--Mes amis, leur dit le marquis au moment suprême du dessert, quand les convives en belle humeur mouchaient déjà les bougies avec leurs doigts, et s'enroulaient à l'orientale des serviettes autour de la tête; mes amis, je réclame votre attention, si c'est possible, pour quelques minutes.

Des figures de terre cuite, peintes en rouge, s'efforcèrent de garder le sérieux nécessaire à la communication qui allait être faite par le marquis.

--Vous savez qu'on me reproche dans le monde d'être trop familier avec vous, de vous avoir laissé prendre trop de liberté, d'avoir oublié que vous étiez mes vassaux, de vous avoir admis à ma table, et beaucoup d'autres torts dont vous voyez que je me corrige, puisque je vous tutoie tous, puisque je bois dans le verre de mon voisin Venteclef à la santé de vous tous, puisque je vous invite tous pour demain à renouveler la réunion d'aujourd'hui.

Cependant, si je suis fier d'avoir effacé toute différence entre nous; si j'ai voulu que nous fussions tous égaux comme les six bouteilles d'un panier de Chambertin, il n'est pas moins vrai que vous n'êtes que des vignerons, des serruriers, des engraisseurs de volaille, des tonneliers, des gardes-chasses, etc., et que je suis marquis de Brunoy.

--Monsieur le marquis, nous n'avons jamais prétendu le contraire, s'écrièrent les vilains, qui craignaient que quelque velléité de suzeraineté ne se fût tout-à-coup éveillée dans l'âme du marquis.

Il les interrompit en frappant la table de son verre.

--Je le sais: aussi, pour en finir avec tous les reproches dont on m'assomme, après avoir été vilain avec vous, ce qui ne m'a pas réussi auprès de gens obstinés à m'appeler marquis, je prétends que vous soyez marquis comme moi; ce qui va avoir lieu sur-le-champ.

Et vous serez marquis avec marquisats, ce dont beaucoup ne sauraient se flatter en France. Vous aurez tous un quartier de terre pris dans mes possessions de Brunoy.

Silence donc! et que l'on aille prendre l'air au jardin, si l'on est incommodé;--n'éveillez pas ceux qui ronflent, ils s'éveilleront marquis.

Toi, mon vigneron, je te crée marquis de la Chopine; ta terre prendra le nom de la Chopine-Vieille; salut, marquis de la Chopine-Vieille! Tes armes seront d'azur au gobelet d'argent vomissant de gueule.

Toi, mon tonnelier, je te nomme marquis de la Futaille, et tu signeras Beaucerf de la Futaillière. Tu porteras de sinople au tonneau cerclé d'or, semé de bouchons à l'orle.

A ta santé, marquis de la Futaillière!

Toi, mon sommelier, tu seras désormais marquis de la Bouteille, ou Christophe de la Bouteillerie. Tu porteras de lie plein ton écusson.

Embrassons-nous, marquis de la Bouteillerie.

Toi, là-bas, je te fais marquis de la Chaudière.--Ton écusson: deux chaudières l'une sur l'autre, comme la maison de Lara en Espagne.

Ton voisin, marquis de la Cuve.

Messieurs les marquis, j'espère qu'à présent que nous voilà tous nobles, il n'en sera ni plus ni moins qu'auparavant pour nos plaisirs; l'opinion du monde est satisfaite, condescendons à ses préjugés de costume.

Le marquis sonna; six domestiques parurent.

Donnez des bas de soie brodés, des perruques blondes et des souliers à boucles à messieurs les marquis.

--A vos paysans?

--Aux marquis de la Chopine-Vieille, de la Futaillière et de la Bouteillerie; entendez-vous? valets!

Il sonna d'un autre côté.

--Donnez des chemises et des épées à messieurs les marquis...

--Mais, monsieur de Brunoy...

--Obéissez: les chemises sont dans mon armoire, les épées accrochées dans mon alcove.

Il sonna une troisième fois.

--Lavez le visage et les mains à messieurs les marquis.

Et les vassaux se laissaient faire, éprouvant la sensation glorieuse, mais bien moins prévue, dont jouit Sancho lorsque après des années de traverses il fut nommé au gouvernement de Barataria. Ils se laissaient faire, croyant qu'on n'en usait pas autrement pour créer des marquis.

--Maintenant, mes amis, leur dit le marquis de Brunoy, il nous reste encore à nous promener à travers le pays, afin qu'on sache désormais qui vous êtes.

Je veux qu'on vous respecte comme moi-même.

Traînées par six chevaux, huit voitures s'élancèrent dans Brunoy, tournant, montant, descendant dans des rues étroites où trois ânes de front qui vont au marché sont mal à l'aise. Les bourses poudrées des marquis, leurs perruques qui les faisaient ressembler à des caniches de la grande espèce, leurs beaux jabots se détachant en blanc sur leurs figures ponceau, leurs étoffes à ramages et leurs manchettes à point d'Angleterre, folâtraient aux portières.

Les femmes du pays n'en revenaient pas.

--Notre père qu'est marquis!

--Gros Louis qu'est aussi marquis!

Et les enfans, qui croyaient que c'étaient les voitures du roi, saluaient le serrurier, le charron, l'engraisseur de volailles, le maréchal ferrant, le tonnelier, leurs pères ou leurs oncles, en criant: Vive le roi!

Ainsi, en un seul jour, le marquis de Brunoy anoblit tout le bourg.

Le lendemain, chacun n'en reprit pas moins sa fonction accoutumée: le marquis étrilla les chevaux, le marquis battit en grange, le marquis engraissa la volaille.

Les menues aberrations de cette vie dévouée par calcul à une singularité de vengeance sont infinies dans leurs formes; elles sont semblables aux globules de mercure enfermés dans un tube de verre: réunies, elles marquent les degrés de ce caractère d'exception; mais, éparses, il est difficile de les fixer en corps de récit. Malheureusement, que nous sachions, le marquis de Brunoy, qui avait tant de choses, n'avait pas d'historiographe; ou, s'il en avait un, ce ne pouvait être que quelque palefrenier élevé à cet emploi. Non que les faits manquent à l'enchaînement de cette histoire; ils sont, au contraire, si nombreux, si pressés, qu'on ne sait comment les aligner pour les voir tous; c'est une immense vie démolie comme le château qui en a été témoin; on bâtirait Bicêtre, local et locataires, avec les débris.

Nous avons montré les paysans, les laquais, les cuisiniers, les gardes-chasses, disposant du château à leur gré, éventrant la garenne, saignant la cave, se donnant du marquis en se renvoyant des bouffées de vin au visage. C'était l'âge d'or de ceux qui n'avaient même jamais vu d'or.

Et qu'on n'imagine pas que cette confusion fût le résultat, chez le marquis de Brunoy, d'un renversement perpétuel d'idées. Il voulait que cela fût ainsi et non autrement. Sa législation domestique avait été méditée avant de recevoir une exécution inflexible dans son application. Jamais homme ne fut plus conséquent avec ses principes. On va le voir.

Le concierge d'un de ses châteaux et ses deux filles ayant refusé de s'asseoir à sa table, par respect, disaient-ils, pour M. le marquis, leur maître, celui-ci les chassa, prétendant, avec quelque raison, dans sa tyrannie, que l'aristocratie des concierges est intolérable quand celle des marquis n'existe plus. «Je bois avec mon suisse, mon concierge peut manger avec moi.»

L'air du matin ayant un jour aiguisé son appétit, il descendit dans la cour, où il ne trouva que son cocher, occupé à soigner les chevaux.--J'ai envie de crème, mon ami, lui dit-il; allez m'en chercher, je vous prie.--Aller chercher de la crème n'est pas dans mes fonctions, répliqua le cocher; une servante ira.--Quelle est donc votre fonction ici, mon ami?--De soigner vos chevaux, de les atteler et de les conduire.--Fort bien. Attelez donc six chevaux à ma voiture, faites-y monter une servante, et qu'elle me rapporte de la crème. Tous les matins, mon ami, sans sortir de vos fonctions, vous vous acquitterez du même devoir.

Depuis ce jour les servantes allèrent chercher de la crème pour M. le marquis de Brunoy dans une voiture à six chevaux.

Une autre fois, jouant aux quilles avec un domestique, il perdit la partie, et fut obligé, par convention réglée en présence de témoins, de lui baiser le pied en tenant un verre de vin à la main.

Il était d'une politesse raffinée pour ses amis les paysans. Il les visitait à chaque bonne fête; il déposait sa carte chez eux quand ils étaient malades. Le linceul, la layette, la corbeille de mariée, se faisaient aux frais du château. La femme d'un bourrelier étant morte, toute la maison du marquis prit le deuil. Il y eut catafalque, tenture de ras de Saint-Cyr dans la nef, de ras de Saint-Maur dans le choeur, épitaphe en cuivre, tombe, trente mille livres de dépense. Huit cloches sonnèrent pendant trois jours; les villages des environs répondirent à cette sonnerie lugubre. Le monde était veuf de la femme d'un bourrelier!

Colossal dans la douleur, il était monstrueux d'excès dans la joie de ses vassaux. Maréchal et Séné, l'un secrétaire du marquis et fils du bourrelier dont la femme avait été si pompeusement enterrée, l'autre paveur de son état, avaient toute la confiance de M. de Brunoy. Leurs soeurs s'étant mariées, on se régala pendant huit jours au château; quatre arpens de terrain furent couverts de tables; trente-cinq pièces de vin furent bues. Chaque mariée eut pour dot vingt mille livres et un trousseau du même prix. Le chemin par où elles passèrent pour se rendre à l'église fut orné de guirlandes et sablé de sable fin.

A la même époque, le marquis fonda, dans une salle particulière du château, sous la surveillance d'un médecin, une vaste infirmerie pour les pauvres gens de la campagne. Le bienfait était à peu près illusoire. Brunoy ni ses environs n'avaient de pauvres, par conséquent de malades. Une seule épidémie désolait le pays, l'indigestion.

Il ne doit plus rester aucun doute dans l'esprit du lecteur; le marquis de Brunoy était un fou volontaire, méditant ses plans d'extravagance comme un autre arrange des projets de sagesse; se faisant aimer du peuple de tout le mépris qu'il s'attirait de la noblesse, qui le regardait agir maintenant avec une effrayante curiosité. Sa renommée avait gagné du terrain petit à petit; il faisait les délices de l'impératrice Catherine, qu'on tenait soigneusement au courant des folies de Brunoy. L'Europe gentilhomme avait les yeux sur le marquis. Il en acquit une audace de résolution sans exemple.

Rebelle aux remontrances sévères de sa famille, il ne voulut jamais écouter avec quelque faveur que les conseils de son oncle, le marquis de Béthune, homme adroit, esprit sage, qui crut trouver dans l'extrême jeunesse de son neveu, à peine âgé de dix-neuf ans, la cause de ses déplorables déréglemens. Il imagina qu'en imposant au marquis des charges de famille, qu'en le liant par la responsabilité d'une compagne choisie parmi les plus nobles et les plus belles filles de la vieille noblesse, il le ramènerait à une vie d'ordre et d'honneur.

M. de Béthune proposa à son neveu de le marier. Celui-ci eut l'air d'accueillir avec condescendance le projet de son oncle; il consentit, article par article, à tous les sacrifices qu'on exigea de lui: à rompre avec les paysans, à congédier ses ridicules domestiques, à reparaître à la cour, à borner ses dépenses, à vivre à Paris. C'était un enchantement. Chaque concession obtenue arrachait des larmes de joie à madame de Montmartel, sa mère. Enfin, quand le marquis de Béthune crut avoir remporté la victoire la plus complète sur les répugnances de son neveu, il osa lui dire avec beaucoup de ménagement: Et vous vendrez aussi votre château de Brunoy; que feriez-vous de cette ruineuse propriété? N'avez-vous pas votre charmant pâté de Bercy? votre belle terre de Villers en Normandie? C'est convenu, n'est-ce pas, et je vais l'écrire à votre excellente mère; nous vendrons Brunoy.

--Et à qui le vendrons-nous, mon oncle? car il ne faut pas une fortune ordinaire pour l'acheter.

--Ne vous mettez pas en peine.

--Voyez-vous, je serais désolé, mon oncle, de voir passer mon marquisat à quelqu'un qui n'aurait pas pour mes paysans les mêmes soins que moi. Ce sont des enfans et des frères que j'abandonne.

--Encore une fois, n'ayez pas ce chagrin. Un mot vous rassurera. Le comte de Provence est celui qui acquerrera, à tel prix que vous exigerez, votre marquisat de Brunoy.

Le marquis regarda fixement son oncle.

--C'est dit! mon oncle. Je me marierai quand il vous plaira.

M. de Béthune sauta au cou de son neveu.

En partant, l'excellent oncle se répétait:--Je le tiens!

En le voyant partir, l'excellent neveu s'écria:--Je vous tiens! moi!

Et le soir, orgie au château, mais orgie finale. Adieu noyé de sanglots et de vin, on pleurait à pleins verres; on buvait à chaudes larmes.

--Non! je ne vous quitterai point sans vous laisser d'éternels témoignages de reconnaissance, dit le marquis à l'assemblée, partagée ainsi, la moitié autour de la table, l'autre moitié dessous.

Voici ce qu'il leur dit; et ceci est de la plus rigoureuse exactitude, tant pour les noms d'individus, quelques-uns encore existans, que pour les sommes d'argent léguées.

1º Huit cents livres de pension viagère au profit d'André Pressard, attaché à mon écurie.

2º Six cents livres à Christophe Beaucerf, un de mes gardes-chasses.

3º Même somme à Denis-François Tremblay, engraisseur de volaille.

4º _Idem_ à Pierre Pagès et sa femme, rôtisseurs.

5º _Idem_ à Jacques-Raoul Venteclef, portier et pêcheur.

6º _Idem_ à Jacques Villier, suisse de l'hôtel; à Pierre Guérin, mon pâtissier; à Léger, mon valet de chambre, perruquier; à Louis Blancart et sa femme, portiers du château de Brunoy; à Gaume, mon valet de chambre.

7º Douze mille livres a toi, Masset.

8º Six cents livres de pension viagère à Aubin Poinsard, mon palefrenier.

9º _Idem_ à Louis Paysan, sonneur de la paroisse de Brunoy.

10º Maisons et bâtimens à Filhol aîné.

11º Trois mille livres de rente au même.

12º Donation à Séné d'une somme de trente-un mille huit cent soixante livres; et à Maréchal, de la somme de trente-quatre mille cinq cent soixante livres, et de plus une rente viagère de deux mille huit cents livres.

13º Une de huit cents livres à Louis-Jacques Venteclef, mon cuisinier.

14º Une autre de douze cents livres à Jean-Claude Delage et sa femme, chef de cuisine.

15º Pareille rente à Pierre-Jean Millot, concierge du Pâté à Bercy.

16º Une rente de huit cents livres à Josep Schneider, mon troisième valet de chambre; une autre à Philippe Delafaye, mon chef d'office; une autre de pareille somme à Louis Lemasle, jardinier-fleuriste.

17º Rente viagère de six mille livres à Denis Lacroix, ancien cocher de mon père, etc., etc.

Puis, légataires et donateur ronflèrent jusqu'au jour l'un sur l'autre. On aurait transporté le village de Brunoy tout entier aux grandes Indes, que pas un habitant n'aurait senti la secousse, tant la douleur était profonde.