Lettres · 3
L’Eſpoir certain, & parfaicte aſſeurance
De ton retour, plain de reſiouyſſance
Que nous donnas à ton partir d’icy,
Nous a tenu iuſques ore en ſoulcy
Aſſez facheulx, & treſgriefue ancolye,
Dont noz eſpritz taincts de merencolie
Par longue attente & vehement deſir,
Sont de leurs lieux eſquelz ſouloient geſir
Tant deſlochez & haultement rauiz
Que nous cuidons, & ſi nous eſt aduis,
Qu’heures ſont iours, & iours plaines années,
Et ſiecle entier ces neuf ou dix iournées :
Non pas qu’au vray nous croyons que les aſtres
Qui ſont reiglez permanans en leurs atres
Ayent deuoyé de leur vray mouuement,
Et que les iours telz ſoient aſſeurement
Que cil quant print Ioſué Gabaon,
Car vng tel iour depuis n’arriua on,
Ou que les nuyctz croyons eſtre ſemblables
A celle là que racontent les fables,
Quant Iupiter de la belle Alcmena
Fiſt Hercules, qui tant ſe pourmena,
Ce ne croyons, ny n’eſt auſſi de croire,
Et toutesfoiz quant nous vient à memoire
Que tu promis retourner dans ſept iours
Nous n’auons eu ioye, repos, ſeiours
Depuis que fut ce temps prefix paſſé
Que nous n’ayons les momens compaſſé,
Et calcullé les heures & mynutes.
En l’attendant quaſi à toutes meutes.
Mais quant auons ſi long temps attendu
Et que fruſtrez du deſir pretendu
Nous ſommes veuz, lors l’ennuy tedieux
Nous a renduz ſi tresfaſtidieux
En noz eſpritz, que vray nous apparoiſt
Ce que vray n’eſt & que noz ſens ne croyſt,
Ny plus ne moins qu’à ceulx qui ſont ſur l’eau
Paſſans d’vn lieu à l’autre par baſteau,
Il ſemble aduis à cauſe du riuage,
Et des grands floz, les arbres du ryuage
Se remuer, cheminer, & dancer,
Ce qu’on ne croyt & qu’on ne peult penſer.
De ce i’ay bien voulu ta ſeigneurie
Aſcauanter, qu’en ceſte reſuerie
Plus longuement ne nous vueillez laiſſer,
Mais quant pourras bonnement delaiſſer
Ta tant aymée & cultiuée eſtude,
Et differer ceſte ſolicitude
De litiger, & de patrociner,
Sans plus tarder & ſans plus cachiner,
Apreſte toy promptement, & procure
Les tallonniers de ton patron Mercure,
Et ſur les vents te metz alegre & gent
Car Eolus ne ſera negligent
De t’enuoyer le bon & doulx zephire,
Pour te porter où plus on te deſire
Qui eſt ceans, ie m’en puis bien vanter.
Ia (ce croy) n’eſt beſoing t’aſſauanter
De la faueur & parfaicte amitié
Que trouueras, car preſque la moitié
Tu en congneuz quant vins dernierement
Donc peuz la reſte aſſez entierement
Coniecturer, comme ſubſecutoire.
Vng cas y a, dont te plaira me croire,
Que quant viendras tu verras les ſeigneurs
Mettre en oubly leurs eſtatz & honneurs
Pour te cherir, & bien entretenir,
Car ie les oy teſter & maintenir
Appertement quant eſcheoit le propos
Qu’en Poictou n’a, ny en France ſuppos
A qui pluſgrant familiarité
Veullent auoir, ny plus grant charité.
Car tes eſcriptz, tant doulx & meliflues
Leur font au temps & heures ſuperflues
A leur affaire vng ioyeulx paſſetemps.
Dont deſchaſſer les ennuytz & contemps
Peuuent des cueurs, enſemble prouffiter
En bonnes meurs pour honneur meriter.
Car quant ie liz tes euures il me ſemble
Que i’apperçoy ces deux poincts tous enſemble
Eſquelz le pris eſt donné en doctrine,
C’est aſſauoir doulceur & diſcipline.
Parquoy te prie & ſemons de rechief,
Que ne te ſoit de les venir veoir grief.
Si eſchapper tu puis en bonne forte,
Riens ne m’eſcrips, mais toy meſmes apporte
Ceſte faconde & eloquente bouche
Par où Palas sa fontaine deſbouche
Et ſes liqueurs caſtallides diſtille.
Ou ſi te plaiſt excercer ton doulx ſtyle
A quelque traict de lettre me reſcrire
En ce faiſant feras ce que deſire.
Et toutesfois aye en premier eſgard
A t’appriuer ſans eſtre plus eſguard,
Et venir veoir icy la compaignie
Qui de par moy de bon cueur t’en ſupplie.
A Ligugé ce matin de ſeptembre
Sixieſme iour, en ma petite chambre,
Que de mon lict ie me renouuellais
Ton ſeruiteur & amy Rabellays.
ΦΡΑΓΚΗΣΚΟΥ ΤΟΥ ΡΑΒΕΛΑΙΣΟΥ.
Βίϐλον ἐν ὄιϰοισις τὴνδ’ ήλυσίοσιν ἰδόντες
Ἀμμιγα μὴν ἄνδρες θηλυτέραι τ’ἔφασαν
Οἷσι νόμοις ὄδ’ ἑοὺς Ανδρέας τήνγε διδάσϰει
Συζυγίην Γαλάτας, ἠδὲ γάμιοι ϰλέος,
Τοὺς ἐδίδαξε Πλάτων ἄν γ’ ἡμέας, εἰν ἀνθρώποις
Κεδνότερος τίς ϰ’ ἄν τοῦγε Πλάτωνος ἔῃ ;
P. AMICI AD F. RABELÆSVM
Quem, Rabelæſe, probas graio latioque polite
Eloquio, rerum qui monumenta tenes,
Doctum quis neget eſſe ? Probe mihi cognitus idem
Doctior hoc multo eſt, quod, Rabelæſe, probas.