‹ Les Œuvres de François RabelaisChapitre 332 sur 409 · Lettres · 29

Lettres · 29

A Monſ. le Bailliuf du Bailliuf des Bailliufs,

mons. m. antoine hvllet,

Seingneur de la Court Pompin, en Chreſtianté.
A Orleans.

e Pater Reuerendiſſime, quomodo bruſlis, quæ noua ! Pariſius non ſunt oua ! Ces paroles propoſees deuant vos Reuerences, tranſlatees de Patelinois en noſtre Vulgaire Orleanois valent autant à dire comme ſi ie diſois, Monſ. vous ſoiés de treſbien reuenu des Nopces, de la Feſte, de Paris. Si la Vertu de Dieu vous inſpiroit de tranſporter voſtre Paternité iuſques en ceſtui Hermitage, vous nous en raconteriés de belles. Auſſi vous donneroit le S. du lieu certaines eſpeces de poiſſons carpionnés leſquels ſe tirent par les cheueux. Or vous le ferés, non quand il vous plaira, mais quand le vouloir vous y apportera de cellui Grand Bon Piteux Dieu, lequel ne crea onques le Kareſme, oui bien les Salades, Harancs, Merlus, Carpes, Brochets, Dars, Vmbrines, Ablettes, Rippes, &c. Item les bons vins, ſingulierement cellui de ueteri iure enucleando, lequel on garde ici à voſtre venue, comme vn ſang greal, & vne ſeconde voire quinte eſſence. Ergo ueni, Domine, & noli tardare, i’entens, ſaluis ſaluandis, id eſt, hoc eſt, ſans vous incommoder ne diſtraire de vos affaires plus vrgens.

Monſieur, apres meſtre de tout mon cœur recommandé à voſtre bonne grace, ie prierai noſtre Seingneur vous conſeruer en parfaite ſanté. De ſaint Ay ce premier iour de Mars.

Voſtre humble Architriclin & Ami

Franc. Rabelais Medecin.

Monſ. leſleu Pailleron trouuera ici mes humbles recommandations à ſa bonne grace, auſſi à Madame leſleue & à Monſ. le bailliuf Daniel & à tous vos autres bons Amis & à vous. Ie prierai Monſ. Le Seeleur menuoier le Platon, lequel il mauoit preſté. Ie luy renuoierai bien toſt.

Magister amantiſſime,
Pater reuerendiſſime,
Quomodo brulis ? quæ noua ?
Pariſius non ſunt oua.

(Farce de Patelin, p. 61.)