‹ Les Œuvres de François RabelaisChapitre 333 sur 409 · Lettres · 30

Lettres · 30

Veniſe, le 23 iuillet 1540.

e ne vous eſcripuis point dernierement tant pour la preſſe que i’auois que auſſi pour ce que ne auois receu aucune lettre de vous ne ſcaurois argument meritant vous faire entendre. Ce neammoins, pour m’entretenir touiours que puiſſions auoir nouuelles l’vn de l’autre, n’ay point vouleu diſcontinuer de vous eſcrire, & pour n’auoir a preſant meilleure matiere vous ay bien vouleu aduertir de ce que nous auons icy touchant certaine conſultation qui me ſemble appartenir pour voſtre profeſſion & ſuffyence a vous. C’eſt que monſ. Philippus Saccus preſidant de Milan a mandé icy & a Boulogne a conſulter aux colleges des docteurs ſi vne fille que luy eſt née eſt ſienne, & eſt pour vuiure & ſi doibt eſtre tenue pour legitime : & ce d’autant que du 1539 le xx6 d’octobre a quatre heures de nuit auant la pleine lune ſe aſſembla la premiere fois auecque elle : or du 1540 le XIII d’auril ſa dicte femme luy a faict vna picta piche. Se diſputa ſi ceſt enfantement eſt de ſept mois & s’il eſt pour vuiure & eſt legitime. Tous les docteurs ſe trauaillent, mais en ſomme quaſi la plus grande partie ſi incline a l’opinion qu’elle ne ſoit point de ſept mois. Par quoy ne pourroit ſuruuiure, & aduenant d’auanture quelle ſurueſquit ne l’eſtimeroit point legitime ne de ſept mois ains de neuf a la barbe del ſignor preſidente à Boulogne. Sont encores ceux qui attendent la reſolution du dict college, ce neanmoins certains icy treuuent, tant pour la raiſon d’Hipocrates comme des anciens & de Pline, que ceſt enfantement peut arriuer au ſemeſtre & par conſequent eſtre vital & legitime, & tous leurs fondemens ſont que les anciens, non ſeulement Hebrieux mais Arabes & Caldeens, content leurs mois ſelon le cours & peregrination de la lune & ſelon icelle conſiderent le temps de l’enfant, de ſorte que toutes & quantesfois que a vng enfantement ſe trouuoient ſept lunes ils le tenaient pour ſepmeſtre, comme ſe peut voir par ce que Pline en eſcript en ſon libure ſeptieſme au chapitre 5, & en Hipocrates au libure de ſemeſtre parle nonobſtant que le dict libure ſoit corrompu en ce lieu la & par ainſi mal traduit par monſ. Labro de Vauena. Ie aurois bien a plaiſir que vous m’en mandiſſiés voſtre aduis, d’autant que la choſe de ſoy meſmes eſt digne d’eſtre examinée, & le ſieur mente bien que tous les ſeruiteurs du Roy luy diſent le proficiat tout ainſi qu’il a merité & eſt affectionné de ſa maieſté.

PELISSIER, Eueque de Maguelonne, Ambaſſadeur de François I à Veniſe.