Lettres · 31
Veniſe, le 17 octobre 1540.
Pour n’auoir point receu lettres de vous depuis que vous ay eſcript, & auſſi a vous dire la verité, pour la preſſe & occupation que ie eue faiſant la derniere depeſche a Thurin, n’eus bonnement loiſir de vous eſcripre. Si eſt ce toutefois que ſi i’euſſe eu choſe digne de vous faire ſcauoir n’euſſe demeuré pour rien du monde a vous le faire entendre, & a preſent mandant le porteur de ceſtes mon maiſtres d’hoſtel iuſques au pays pour mes affaires, ne l’ay vouleu laiſſer paſſer ſans vous preſenter mes bonnes & affectueuſes recommandations & faire offre que n’eſpargnés aucunement tout ce que cognoiſtrés eſtres commode en ma maiſon tant pour monſieur de Langey que pour vous, car en donnant charge il a commiſſion de moy de l’accomplir, & pareillement de vous dire de ma part quelques propos touchant le gentilhomme M Antonio Terzo, duquel depuis la bonne eſperance qu’il vous pleut m’en donner laquelle luy fis entendre, m’a ſollicité grandement de luy en donner la totale reſolution, & de faict, ainſi que i’ay entendu d’autres que de luy, il a delaiſſé depuis de beaux partis auſquels n’a vouleu entendre iuſques a ce qu’il ayt eu reſponſe de monſeigneur de Langey & de vous : laquelle ie vous prie me faire ſcauoir le pluſtot qu’il vous ſera poſſible, & m’eſbahis bien que nous ſommes ſi longuement ſans auoir aucunes nouuelles de vous, dont ie ſuis entré en doubte que n’ayés quelque indiſpoſition que Dieu ne veuille. Derrechef ie vous recommande ceſt affaire, car ce me ſera, entre les autres obligations que i’ay a monſieur de Langey & a vous y l’vne des plus grandes, ainſi que vous dira led. porteur. Quand aux nouuelles de deca, il n’y a autre ſinon que Martin & moy auecques quatre autres collateurs ſommes tous les ſoirs apres a recouurer libures grecs & meſmement des œuures de Galien, les meilleures comme vous ferai entendre, mais que les ayans paracheués ſuiuant ce que monſieur de Thulles m’a derniſrement eſcript par commandement de Sa Maieſté, & pour ce faire a ordonné qu’il ſera baillé quelque prouiſion, ie ne ſcay quelle ſera, mais ſi eſt il que auecques la deſpence qu’il faut faire pour faire tranſcrire libures, ſe montent a peu pres autant que ma deſpenſe ordinoire. Si ne ſuis ie encores pour quitter le ieu, quelque auancement que ie y face, tant que ie trouueray moien par moy & mes amys que ie n’aye auancé plus : ie attands voſtre reſponſe & prie le Createur &c.
PELISSIER, Eueque de Maguelonne, ambaſſadeur de François I à Veniſe.