Lettres · 32
Veniſe, le 20 mars 1541.
Monſieur, ie penſe que aurés veu le libure d’vne bonne partie des oraiſons de Cicero que Meſſire Paulo Mannucio a corrigées fort diligemment, lequel, comme aurés peu voir par mes lettres & auſſi par icelluy libure en decoration & exaltation de Monſeigneur de Langey, lui a deſiré & enuoyé, ſur quoy le dict ſieur m’a faict reponſe l’en remerciant fort affectionnement & que bientoſt aurait de ſes nouuelles plus amplement, & auſſy qu’il enueyeroit au ſieur Aſilanus la charette & les iumens que luy auoit promiſes, auſquels ay faict entendre le tout & monſtré ſes lettres, dont depuis ſe ſont enquis de moy pluſieurs fois s’en auois rien entendeu autre choſe : ie n’ay ſeu que leur reſpondre, ſi non que ay exceuſé que l’indiſpoſition que a eue mon dict ſieur de Langey & grands affoires qu’il a ordinairement ont eſté cauſe que mon aduis n’a eu loiſir de le foire, mais que i’eſperois bien que ie ne pourrais guieres tarder que ne euſſions de ſes nouuelles quand a ceſt affoire : par quoy ie vous prie que, quand vous viendra a propos, afin qu’ils ne penſent plus que on les ayt mis en oubly ou autrement laiſſés en arriere, d’en recorder Monſieur de Langey & vous ſouuenir de m’enuoyer les plantes qu’il m’a donné eſperance que me debrés enuoyer auecque la charette du dict ſieur Aſilanus & de mon comte ie ne faudroy auſſy a vous enuoyer des nouueautés de deça quand il m’en viendra entre mains, comme dernierement ie fis de l’amouron & de l’origano heracleacico de Candia. Ie ſuis touiours apres a faire tranſcripre libures grecs, & continueray pendant que i’en trouueray qui en ſoient dignes, de ſorte que i’eſpere en foire vne auſſi bonne prouiſion que nul de mes predeceſſeurs quy ait eſté icy parlez deuant le Createur, lequel, apres m’eſtre recommandé a voſtre bonne grace, prieray vous donner en ſanté bonne & longue vie.
PELISSIER, Eueque de Maguelonne, ambaſſadeur de François I à Veniſe.