‹ Les Véritables Entretiens de SocrateChapitre 264 sur 376 · Livre II · ANTIPHON

Livre II · ANTIPHON

Jusqu’à ce que je te connaisse, Socrate, je croyais que ceux qui professent la philosophie devaient être les plus heureux des hommes. Ma raison n’était pas seule à le proclamer ; mon expérience et celle de quelques autres le proclamait aussi. Pour ne parler que de moi, je trouve dans la philosophie mille ressources de bonheur et j’enseigne à mes disciples à trouver dans la philosophie mille ressources de bonheur. Mais toi, la façon dont tu vis est telle qu’un esclave aussi mal nourri s’enfuirait de chez son maître au risque de tous les supplices. Tu manges les aliments les plus grossiers. Je t’ai vu accepter jusqu’au lupin amer. Le plus souvent ta boisson est l’eau insipide. Tu vas couvert d’un méchant manteau, le même pour toutes les saisons et ta peau ignore la caresse d’une souple et douce tunique. Tes pieds sont nus. L’argent, cher Socrate, est deux fois agréable ; il est agréable quand on le reçoit, il est agréable quand on l’utilise. Seul il paie les plaisirs et permet une vie décente. Or tu refuses l’argent même qu’on t’offre, de sorte que tu en manques pour les dépenses les plus nécessaires. Les autres maîtres s’appliquent à faire suivre leur exemple par ceux qui les écoutent. Si tu fais comme les autres maîtres, j’admire en toi, cher Socrate, le premier homme du monde pour enseigner l’art de se rendre malheureux.

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