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15 septembre 1885.
LE PRINTEMPS
A M. PIERRE-GEO. ROY, DU «GLANEUR».
Le givre a disparu. L'oiseau dans la ramée Exhale vers le ciel ses chants mélodieux; L'aurore verse à flots sur la rose embaumée Comme des perles d'or, les charmes de ses yeux.
C'est le printemps vermeil; la brise parfumée Mêle au bruit du ruisseau son murmure joyeux; Dans les bosquets en fleurs, l'abeille, ranimée Bourdonne en butinant le miel délicieux.
O résurrection de la grande nature! Doux printemps, j'aime à voir ta riante verdure Dérouler sur le sol son tapis de velours!
Quand tu brilles, le front du malheureux se dresse; Les coeurs, jeunes ou vieux, tressaillent d'allégresse, Et d'une même voix célèbrent les beaux jours!
Mai 1891.
A L'AUTEUR
Oui, puisqu'il plût à Dieu de te faire poète, Courage donc, jeune homme, au front plein de fierté! Et, malgré les clameurs de la foule inquiète, Redis-nous plus souvent tes chants de piété.
Chante aussi nos forêts, notre rive coquette, La jeunesse, l'amour et les beaux soirs d'été; Exalte les grands noms que l'Histoire répète, Célèbre les aïeux, chante la liberté!
Chante avec les ruisseaux, les oiseaux et la brise. Rappelle-toi toujours que l'art nous civilise Et fait naître l'espoir dans tout coeur ulcéré.
Souviens-toi que chacun se doit à sa patrie, Et que l'homme oubliant son talent, son génie, Est indigne d'avoir au front ce feu sacré. W... Août 1877
RÉPONSE
Penser avant d'écrire est un principe exprès: Il est trop d'écrivains qui ne pensent qu'après...
Ayant ces deux beaux vers gravés dans la mémoire, Je devrais, n'est-ce pas? en faire mon profit; Mais le désir d'écrire, hélas! parfois me fit Oublier ce conseil d'un écrivain notoire!
Dis ton mea culpa, car tes vers m'ont fait croire Que j'étais un poète et même un érudit... Alors, ai-je besoin de me creuser l'esprit Avant d'écrire? oh! non--pour d'autres cette histoire...
Soudain je m'aperçois que ma vilaine lyre Ne rend que des sons creux... Allons, avant d'écrire, J'aurais dû, mon ami, penser et repenser!
Désormais je mettrai ce précepte en pratique, Ainsi je serai moins mordu par la critique Dont la terrible dent ne cherche qu'à blesser!
Août 1877.
A L'AMIRAL CAVELIER DE CUVERVILLE
Lu à l'amiral par une orpheline des Soeurs de la Charité.
Notre âme a tressailli de joie et d'allégresse, O pieux amiral, quand notre bon pasteur Nous a transmis ces mots, doux comme une caresse: «La France vous envoie un noble visiteur!»
Nous connaissions déjà les vertus, la tendresse De l'ange dont Veuillot parle en admirateur;[6] Vous avez hérité de sa grande sagesse, Puisque votre France est celle du Sacré-Coeur!
Ah! nous l'aimons aussi votre admirable France! Son nom est buriné dans le coeur de l'enfance Et brille en lettres d'or sur tous nos monuments.
Par elle nos aïeux se sont couverts de gloire; Or comment voulez-vous qu'en lisant leur histoire, Nous n'aimions pas la mère autant que les enfants...
19 août 1891.
[Note 6: Madame de Cuverville, mère de l'amiral.]
UN NOM GLORIEUX
A MES PETITS ENFANTS
Rosa mystica.
Il est un nom que tout chrétien vénère Et qu'il apprend à chérir au berceau, Un nom qui brille au ciel et sur la terre, Dans la cité, comme dans le hameau.
Un nom puissant qui calme l'onde amère Et mène au port le fragile vaisseau, Nom glorieux que des hommes de guerre, En lettres d'or, mettent sur leur drapeau!
Et ce grand nom, c'est le vôtre, ô Marie! Nom que redoute et respecte l'impie Et que, parfois, il invoque à genoux...
Que votre nom, ô mère virginale! Soit le dernier que notre bouche exhale Quand s'ouvrira l'éternité pour nous!
1er mars 1892.
HYMNES, ROMANCES ET CHANSONNETTES
LA CRÈCHE DE NOËL [7]
Musique de M. N. Crépault