‹ L’Esclavage des noirs ou l’Heureux NaufrageChapitre 11 sur 35 · Scène IX.

Scène IX.

LES PRÉCÉDENS, UN INDIEN, pluſieurs Eſclaves qui déſcendent du rocher en courant.

L’INDIEN, à Zamor.

SCÉLÉRAT ! enfin, je te trouve ; tu n’échapperas pas au ſupplice.

MIRZA.

Qu’on me faſſe mourir avant lui !

ZAMOR.

Ôma chère Mirza !

L’INDIEN.

Qu’on les enchaîne.

VALÈRE.

Monſieur, écoutez nos prières ! Qu’allez-vous faire de ces eſclaves ?

L’INDIEN.

Un exemple terrible.

SOPHIE.

Vous les emmenez pour les faire mourir ? Vous nous ôterez plutôt la vie, avant de les arracher de nos bras.

VALÈRE.

Que fais-tu ? ma chère Sophie ! Nous pouvons tout eſpérer de l’indulgence du Gouverneur.

L’INDIEN.

Ne vous en flattez pas. Monſieur le Gouverneur doit un exemple à la Colonie. Vous ne connoiſſez point cette maudite race ; ils nous égorgeroient ſans pitié ſi la voix de l’humanité nous parloit en leur faveur. Voilà ce qu’on doit toujours attendre même des Eſclaves qu’on inſtruit. Ils ſont nés pour être ſauvages, & domptés comme les animaux.

SOPHIE.

Quel affreux préjugé ! La Nature ne les a point faits Eſclaves ; ils ſont hommes comme vous.

L’INDIEN.

Quel langage tenez-vous là, Madame ?

SOPHIE.

Le même que je tiendrois à votre Gouverneur. C’eſt par reconnoiſſance que je m’intéreſſe à ces infortunés, qui connoiſſent mieux que vous les droits de la pitié, & celui dont vous tenez la place étoit ſans doute un homme atroce.

ZAMOR.

Ah ! Madame, ceſſez de le prier ; ſon ame eſt endurcie & ne connoît point l’humanité. Il eſt de ſon emploi de ſignaler tous les jours cette rigueur. Il croiroit manquer à ſon devoir, s’il ne la pouſſoit pas juſqu’à la cruauté.

L’INDIEN.

Malheureux !

ZAMOR.

Je ne te crains plus. Je connois mon ſort & je le ſubirai.

SOPHIE.

Que leur malheur les rend intéreſſans ! Que ne ferois-je point pour les ſauver !

VALÈRE, à l’Indien.

Emmenez-nous, Monſieur, avec eux. Vous nous obligerez de nous retirer d’ici. (À part.) J’eſpère fléchir le Gouverneur.

L’INDIEN.

J’y conſens avec plaiſir, d’autant plus que le danger pour ſortir de cette Iſle n’eſt pas le même que pour y arriver.

VALÈRE.

Mais, Monſieur, comment avez-vous pu y aborder ?

L’INDIEN.

J’ai tout riſqué pour le bien de la Colonie. Voyez s’il eſt poſſible de leur faire grace. Nous ne ſommes plus les Maîtres de nos Eſclaves. Les jours de notre Gouverneur ſont peut-être en danger, & ces deux miſérables ne ſeront pas plutôt punis, que le calme renaîtra dans les habitations. (Aux Nègres.) Nègres, qu’on tire le canon, & que le ſignal convenu annonce au Fort que les criminels ſont pris.

ZAMOR.

Allons, Mirza, allons mourir.

MIRZA.

Ah ! Dieu ! je ſuis cauſe de ta mort.

ZAMOR.

La bonne action que nous avons faite en ſauvant ces Étrangers jettera quelques charmes ſur nos derniers momens, & nous goûterons au moins la douceur de mourir enſemble.

On emmène Zamor & Mirza ; les autres perſonnages les ſuivent, & tous vont s’embarquer. Un inſtant après on voit paſſer le navire qui les porte.

Fin du premier Acte.

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