Scène PREMIÈRE.
BETZI, AZOR.
BETZI.
EH bien, Azor, que dit-on de Mirza & de Zamor ? On les fait chercher par-tout.
AZOR.
On parle de les faire mourir ſur le rocher de l’habitation ; je crois même qu’on fait les préparatifs de leur ſupplice. Je tremble qu’on ne les trouve.
BETZI.
Mais, Monſieur le Gouverneur peut leur faire grace. Il en eſt le maître.
AZOR.
Il faut que cela ſoit impoſſible ; car il aime Zamor, & il dit qu’il n’a jamais eu à ſe plaindre de lui. Toute la Colonie demande leur mort, & il ne peut la refuſer ſans ſe compromettre.
BETZI.
Notre Gouverneur n’étoit point fait pour être un tyran.
AZOR.
Comme il eſt bon avec nous ! Tous les François ſont de même ; mais les Naturels du pays ſont bien plus cruels.
BETZI.
L’on m’a aſſuré que dans les premiers tems nous n’étions pas eſclaves.
AZOR.
Tout nous porte à le croire. Il y a encore des climats où les Nègres ſont libres.
BETZI.
Qu’ils ſont heureux !
AZOR.
Ah ! nous ſommes bien à plaindre.
BETZI.
Et perſonne ne prend notre défenſe ! On nous défend même de prier pour nos ſemblables.
AZOR.
Hélas ! le père & la mère de la malheureuſe Mirza ſeront témoins du ſupplice de leur fille.
BETZI.
Quelle férocité !
AZOR.
Voilà comme on nous traite.
BETZI.
Mais, dis-moi, Azor, pourquoi Zamor a-t-il tué l’Intendant ?
AZOR.
On m’a aſſuré que c’étoit par jalouſie. Tu ſais bien que Zamor étoit l’amant de Mirza.
BETZI.
Oui, c’eſt toi qui me l’as appris.
AZOR.
Le Commandeur l’aimoit auſſi.
BETZI.
Mais il ne devoit point le tuer pour cela.
AZOR.
Il eſt vrai.
BETZI.
Il y avoit d’autre raiſons.
AZOR.
Cela ſe peut bien, mais je les ignore.
BETZI.
Si on pouvoit les faire échapper, je ſuis sûre que Monſieur & Madame de St-Frémont n’en ſeroient pas fâchés.
AZOR.
Je le crois bien, mais ceux qui les ſerviroient s’expoſeroient beaucoup.
BETZI.
Sans doute ; mais il n’y auroit pas punition de mort.
AZOR.
Peut-être, je ſais bien toujours que je ne m’y expoſerois pas.
BETZI.
Il faudroit du moins parler à leurs amis ; ils pourroient gagner les autres eſclaves. Ils aiment tous Zamor & Mirza.
AZOR.
On parle de faire mettre le régiment ſous les armes.
BETZI.
Il n’y a plus d’eſpoir.
AZOR.
Nous devons au contraire, pour le bien de nos camarades, les exhorter à l’obéiſſance.
BETZI.
Tu as raiſon : fais-le ſi tu peux, car je n’en aurois jamais la force.