‹ L’HermaphroditeChapitre 12 sur 33 · tome 1 · 12

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L’aumônier, l’abbé Hermal, menant par la main la jeune fille, s’écria dès son entrée :

— Quelle charade jouons-nous, mes sœurs, j’avais rendez-vous avec votre mère pour cette heure-ci, je pensais le mouvement concentré dans ses appartements, j’y rencontre la solitude, et on me dit sur ma route que la fête de ce soir est supprimée pour donner l’aumône d’amour à nos gloutons de moines, quelle raison existe-t-il de ce changement de programme ?

— Une cause fortuite a obligé l’abbesse à s’absenter et elle est représentée.

— C’est fort bien, mais ma mission n’est point contremandée, et je suis fort aise, sœur Suzanne, de me trouver en votre présence, j’avais justement l’intention de vous demander un entretien.

Suzanne s’inclina et répondit en souriant :

— Vous savez, mon père, que vos demandes sont toujours des mieux accueillies. Quelle est votre mission ?

— Bien simple. Depuis plusieurs mois, notre chère Josépha m’a constitué l’éducateur et le professeur de cette enfant, Raymonde de Socziane, retirée des classes en même temps que Marthe.

— Marthe aussi ! s’écria Raymonde.

— Vous apprendrez peu à peu, si l’abbesse le juge utile, mon enfant. Cette éducation est terminée. Raymonde a travaillé avec volonté, courage et persévérance, a consenti avec résignation à une réelle claustration, dans l’espoir que, la science acquise, on la rapprocherait de la sœur Izaline. La promesse a été faite ; l’abbesse devait la tenir ce soir. Que décide-t-on à l’égard de cette enfant, qui ne s’est pas départie une seconde de la sagesse qu’on lui recommanda ?

— Monitrice du couvent, je puis prononcer sur le cas, dit Suzanne. Maillouchet, tu es en excellents termes avec notre sœur Izaline, l’as-tu aperçue se rendant à la fête ?

— Non, ma sœur, je suis sûr qu’elle lit et médite. La sœur Izaline est en demi-retraite par ordre de l’abbesse qui l’a punie.

— En effet, et à cause de toi, je me souviens. Eh bien, mon ami, tu vas faire une bonne action en lui conduisant mademoiselle Raymonde de Socziane, tu t’en trouveras bien. Mais, respect sur tout ton chemin.

— Soyez sans crainte. Venez, Mademoiselle.

Raymonde regarda l’aumônier qui lui dit :

— Votre instruction est achevée, mon enfant ; suivant ce que vous ferez avec la sœur Izaline, vous déciderez vous-même de la voie que vous prendrez. Quoique bien jeune encore, vous êtes développée d’esprit et de corps, vous prononcerez en toute indépendance.

— Je vous remercie, mon père, de tous vos bons soins, je ne les oublierai jamais.

Elle salua les deux sœurs et partit avec Maillouchet.

Sitôt qu’il fut seul avec les sœurs, l’aumônier, dont les yeux pétillaient en contemplant Suzanne, s’en approcha, la prit par la taille sans qu’elle se défendît, et lui posa un gros baiser sur la bouche en disant :

— Vous avez l’air de deux conspiratrices avec la sœur Eulalie, quittez-le et accompagnez-moi, il y a mieux à faire, si j’en juge par la chaleur de ce gentil cul.

— Oui, oui, au diable les vilaines pensées, Eulalie, accompagnons-le, et ne songeons plus qu’au plaisir.

— Eulalie sérieuse, ça la changerait trop, reprit l’abbé, vite, ma fille, souris et montre tes cuissettes, qu’elles nous servent de piment.

— L’abbé, tiens, regarde-les et qu’elles t’inspirent ; étourdissons-nous dans la volupté.

— L’outil, ô mes charmantes, est-il digne de vos magnifiques appas, répliqua-t-il en exhibant sa queue.

— Mazette, elle roucoule, la chérie, aurait-elle besoin d’un acompte avant la fuite de chez notre abbesse ?

— Elle patientera jusqu’à notre retour dans mon paradis ; néanmoins un petit suçon, Suzanne, et de toi aussi, Eulalie, la disposera à la route.

Les deux sœurs, secouées de leurs inquiétudes sur l’abbesse, baisèrent l’une après l’autre la queue de l’aumônier, et le suivirent dans l’appartement qu’on lui réservait au couvent.

Marthe pouvait agir en maîtresse.

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