‹ L’HermaphroditeChapitre 15 sur 33 · tome 1 · 15

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Le silence répondit au coup frappé par Raymonde ; Maillouchet lui dit tout bas :

— Il y a un signal, Izaline n’aime pas qu’on la dérange mal à propos, je ne puis la trahir sans sa permission, éloigne-toi de quelques pas.

— Devant moi tu peux donner le signal.

— Elle ne m’a pas autorisé.

Elle pressa sur son bras, d’elle-même porta la main à sa culotte sur sa queue.

— Tu le peux, te dis-je, fais-le.

Il bandait ferme, et cette jeune virginité, qu’il sentait à sa portée, ravivait tous ses instincts de brute ; il se modérait à grand’peine par l’image des plaisirs qu’il espérait, si Izaline consentait à ce qu’il se joignît à la réunion avec sa petite amie. Oui, mais Izaline était autoritaire, et à certaines heures, rien ne la faisait plier dans ses idées. Si elle refusait le trio, il perdrait cette occasion unique de dépuceler une vierge qu’il jugeait un morceau de roi.

— Reviens à l’escalier, murmura-t-il.

Elle n’hésita pas et l’accompagna jusque près d’une fenêtre.

— Si nous nous placions comme eux là-bas, proposa-t-il, comme eux là-bas, veux-tu ?

Elle s’éloigna sur le champ et répondit :

— Tu es fou. Maintenant je veux Izaline, et plus tu me rappellerais le tableau de là-bas, et plus je le voudrais ; s’il ne te convient pas de céder pour le signal, je trouverai bien moyen qu’elle m’entende, et elle m’ouvrira.

— Encore une caresse dessous.

— Non, tu m’effraies trop en ce moment.

Elle courut vers la galerie, comprenant d’instinct le danger qui planait sur sa tête, il s’élança, mais la porte d’Izaline s’ouvrait, celle-ci apparaissait et demandait :

— Qu’y a-t-il ?

Raymonde était déjà dans ses bras.

— Izaline, Izaline, c’est moi.

— Toi, toi, ma petite Raymonde, toi, je te croyais hors du couvent, toi ici, par quel miracle, raconte vite.

Elle vit Maillouchet debout, tout penaud.

— Et toi, mon ami, pourquoi n’as-tu pas fait le signal, puisque tu me la menais ?

— Il allait le faire, intervint Raymonde, lorsque je lui ai demandé une explication.

— Entre, ma chérie, nous causerons du passé.

— Et nous le revivrons, murmura Raymonde.

Elles pénétrèrent dans la chambre, Izaline s’apprêtait à refermer la porte, lorsque ses yeux rencontrèrent les regards suppliants de Maillouchet. Elle lui fit signe de suivre et dit :

— Tu ne nous gêneras pas dans nos douces confidences, mon petit chien, viens donc.

Par une impulsion inconsciente, Raymonde qui tenait une de ses mains, la porta à ses lèvres et l’embrassa.

— Bon, dit Izaline, cela est ton consentement, seriez-vous d’accord, petits amours ?

— Je la connais de ce soir, Izaline, dit Maillouchet, et la sœur Suzanne en m’ordonnant de te la mener, m’a recommandé : respect sur tout le chemin. Cela a été dur en la circonstance.

Izaline le prit par le cou, l’embrassa et lui dit :

— Tu as un cœur d’or sous ta primitive nature, mon ami aimé, et voilà pourquoi, t’appréciant, je sais le mérite que tu as à avoir rempli ta mission. Lis pendant quelques instants ce livre que j’étudiais, nous avons une lacune de dix mois à combler avec ma petite Raymonde.

S’empressant d’accéder à ce désir, Maillouchet ainsi invité à la fête qui se préparait, s’assit sur le fauteuil qu’occupait Izaline devant sa table, et fixa ses regards sur le livre qu’elle lui désignait. Il contempla une gravure représentant une superbe femme nue, avec sur les épaules, largement déployé, un riche manteau de velours rouge, révélée par l’exergue au-dessous : La Cardinale Amazonienne Germaine, Règne de Régina. Il fut captivé par la lecture.

Izaline et Raymonde, debout, face à face, les mains dans les mains, se dévoraient des yeux, se souriant, aspirant leur souffle, la sœur murmura :

— Viens sur ce sopha me raconter ta vie, ma mignonne, ma mignotte.

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