‹ L’HermaphroditeChapitre 17 sur 33 · tome 1 · 17

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Les pupilles de l’abbesse étaient installés dans un local du rez-de-chaussée, dépendant de la partie du couvent laissée à la disposition de cette haute autorité, de façon à lui servir sur le champ un service d’honneur pour certaines cérémonies.

Ils couchaient en dortoir sous la surveillance de Maillouchet, et à côté du dortoir se trouvait le réfectoire où ils prenaient leurs repas, y passant les trois quarts de leur temps à jouer aux cartes, à boire, avec faculté de se promener dans un enclos, séparant officiellement les bâtiments des sœurs de ceux des frères. On leur avait aussi aménagé dans cet enclos, un kiosque, où ils pouvaient continuer leurs parties et fumer. De demi-heure en demi-heure, une sœur venait constater ce qu’ils faisaient, d’une manière assez discrète, se montrant juste suffisamment pour déterminer, chez ceux que le besoin de la femme commençait à émoustiller, le désir de lui parler. Alors elle répondait soit seule, soit en appelant un renfort féminin, et sonnait une cloche prévenant les frères de se tenir prêts à envoyer du secours en cas de danger.

Lancés dans le couvent, comme ce soir, la luxure les apaisait vite, et ils étaient en général les premiers à se retirer et à se coucher, sauf quelques exceptions.

Traversant les galeries et les salles, Maillouchet ne remarqua rien de suspect ramassa quelques jupes de surah abandonnées par des femmes trop en rut, pour les déposer sur des meubles où, au matin, on les enlèverait, se remémora la scène de baisage en repassant dans la pièce qu’il parcourut avec Raymonde, et ce ne fut que peu avant d’arriver aux appartements de l’abbesse, qu’il entendit des voix fredonner des chansons dans un salon de conférences.

Les portes étaient ouvertes, les tentures soulevées, il eut le loisir d’apercevoir deux femmes nues et quatre pupilles, assis à une table au milieu, mangeant et buvant, chantant et batifolant.

Chacune des femmes, installée entre deux garçons, les cajolait, les excitait successivement, les bourrait de chatteries et les enivrait de lascivités.

Il reconnut les pupilles, pour être parmi les robustes, de ceux qui atteignaient les seize ans. Leur conversation lui fit oublier les informations sur l’abbesse qu’il comptait recueillir cette nuit même, et, caché derrière un rideau, il assista à une partie des débauches qui se vivaient dans ce coin du couvent.

Les deux femmes possédaient une splendeur d’épaules et de reins à attiser la flamme des plus récalcitrants. Hardies et folles bacchantes, elles jouissaient d’une haute réputation d’amoureuses intrépides. Les sœurs Georgette et Bianca, qui s’amusaient avec les pupilles, ne doutaient pas de leurs moyens de séduction, et pour s’être arrêtées à cette petite fête, il fallait qu’elles se fussent jetées quelque défi extravagant.

Quel défi, sinon celui d’esquinter ces jeunes audacieux, à qui y parviendrait le plus vite. Maillouchet le comprit et frissonna.

Georgette, celle qui lui tournait le dos, avait attrapé par le cou son voisin de gauche, l’entourant des blanches rondeurs de son bras dodu, l’attirait vers sa gorge, et la pointe de ses seins humectée de crème, les lui présentait à sucer, tout en lui patouillant la queue et murmurant :

— Elle gonfle encore ta quiquine, mon petit chéri, et c’est toi qui l’emportera sur le miché de Bianca ; il ne l’a chichitée que trois fois, tu monteras à quatre et je serai bien cochonne ; je te larderai les couilles avec ma languette et il poussera du jus, toujours du jus. Que veux-tu, mon chienchien, que veux-tu, toi ?

Elle se tourna vers son voisin de droite qui, profitant de ce qu’elle se penchait vers son voisin de gauche, apercevant la cambrure des fesses, s’approcha et y colla la bouche dessus. Elle continua :

— Tu veux t’inscrire sur le compte, petit cochon, mais tu n’as plus de queue, tu l’as essoufflée dès le premier coup, et tu n’aurais pas grand mérite, après t’être reposé, de disputer à Ribourdin. Tiens, tiens, il a tellement liché la crème sur mes nénés, qu’il bande et qu’il va me le foutre.

— Tu ne gagneras pas, cria Bianca se levant et soulevant dans ses bras son voisin de droite, plus petit qu’elle, mais d’une malice de singe, et qui, depuis un moment assis sur ses genoux, se faisait sucer le bout des doigts qu’il trempait dans un verre de vin, après s’en être touché le bout de la queue. Tu ne gagneras pas, Aldour bande davantage et va me piquer. Où veux-tu le mettre, cochon d’amour, dans le cul ou dans le con ?

Aldour, continuant à se faire sucer les doigts par la sœur, très séduisante, lui dit :

— Tu es une rude salope tout de même, mais tu sais faire bander et jouir, et tes trous savent ce qu’ils veulent ! Quel chameau tu ferais hors de ce couvent, tu me donnerais de l’argent et je serais ton maque ; ouvre ta boîte, mes doigts ne sentent pas assez tes bécots et tes dents ! Oui, oui, allons-y, je puis encore. Oh, cette gueule de Tappasse, il commence à concurrencer le père Noé.

Combat de poupées, où les deux pupilles, asticotés l’un dans les bras de Georgette, l’autre dans ceux de Bianca, les grimpèrent avec des cassements de reins, des efforts fébriles, pour ne pas se maintenir dans le con qui les narguait, pour ne pas éjaculer, mais pour être quand même proclamés arrivant ex-æquo dans la lutte à qui baiserait le plus.

Vautrée sous les cuisses de Ribourdin, Georgette tenant sa promesse, lardait la langue dans les couilles, les soulevait, revenait à la queue, arrachait de petits cris au garçonnet, à qui elle lécha ensuite toute l’arête de l’épine dorsale, le cul, lui secouant la queue de la main, la faisant se redurcir, elle murmura :

— Ça vient, ça vient encore, chéri, tu enfourneras une cinquième fois et tu auras la couronne des bons fouteurs. Je t’amènerai dans ma chambre, dans mon lit, pour que tu dormes dans mes bras, ton cigare dans ma blague.

— Tu te laisserais battre, petit Aldour ! s’écria Bianca, petit amour, tu n’inventes plus rien, je ne sais pas moi ! Eh, Tappasse, tu bandes, prends la suite.

— Ce n’est pas de jeu, répliqua Georgette, de nouveau à demi-enconnée par Ribourdin, il a lâché pied comme Hilaire, il ne peut plus concourir. Qu’il baise pour la gloire, c’est différent, mais pas pour la victoire.

— La victoire, la victoire, qui sait où elle est à cette heure-ci dans le couvent !

— Pour sûr, pas chez l’abbesse, puisqu’elle est partie.

— Qui te le dit ! Elle se cache derrière la petite Marthe pour juger comment marchera la gamine lorsqu’elle sera son Mossieu.

— Tu le crois, Bianca ; moi, on m’a ressassé une histoire.

— Raconte, Georgette.

— Pas de farce, ma belle, ce serait pour donner le temps à ton Aldour de reprendre haleine. Ce singe, malgré son nez dans ton cul, n’arrivera pas. Ribourdin sort pour la cinquième fois de ma frange.

— Je veux baiser, dit Aldour, quittant le cul de Bianca et entendant disputer la palme de baiseur à son camarade.

— Baise, répondit Bianca, patouille, si Ribourdin a le prix, la fête n’est pas finie et on continuera à rigoler. Qui boit à ma bouche !

— Moi ! cria Tappasse.

— Moi, à ton cul, dit Aldour, dans quelques secondes.

— Quand tu voudras, mon mignon, cette garce de Georgette, elle prend encore ses deux peloteurs sur ses genoux !

— Je les mènerai tous les deux dans mon lit, ils l’auront mérité.

— Je mènerai les miens.

— Ils dormiront mieux que l’abbesse.

— Qu’est-ce que tu sais sur l’abbesse ?

— On peut bien le conter. On m’a dit qu’il y avait eu une querelle terrible avec un frère, au sujet de Marthe, et que le frère a fichu une telle raclée à l’abbesse qu’elle en est malade.

— C’est abominable de raconter ces choses ! Si c’était vrai, on n’aurait pas accordé cette nuit, l’amour aux hommes.

— Ma belle, n’en parlons plus ; Antioche en sait long là-dessus… et un pupille qui m’a roulée, comme je courais chez les frères.

Une crise de désirs, plutôt nerveux, s’empara de nouveau des garçonnets, et sur le tapis les chairs se convulsèrent en contorsions érotiques, les deux femmes s’entendant à qui mieux mieux pour provoquer des élans de virilité chez leurs pauvres comparses.

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