‹ L’HermaphroditeChapitre 8 sur 33 · tome 1 · 08

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Dans le couvent des Bleuets, les sœurs converses coururent et proclamèrent la liberté pour les sœurs d’aller coucher chez les frères, et ce fut un bourdonnement de voix humaines qui se répandit de galerie à galerie, gagnant les salons ; ce fut un entrecroisement de femmes sortant de leurs cellules pour échanger leurs idées, leurs espérances.

Chose simple que cette visite entre sœurs et frères de la même communauté, mais qui entraînait toutes sortes de conséquences, telles que l’orgie assemblant les groupes mâles pour se repaître des groupes femelles, l’autorisation pour les amants d’élite de se consacrer une série de journées et de nuits, l’interdiction à l’abbesse et à ses conseils de sévir contre les retardataires réintégrant leur cellule.

Fête de cœur et fête des sens, elle répondait à tout, et les jolies sœurs se serraient les mains avec joie, se confiaient leurs desseins, accouraient dans des toilettes plus que sommaires dans les salles où des communications discrètes mettaient en contact avec les bâtiments des frères.

Une chemise, une jupe de surah rouge, ou verte, ou jaune, ou bleue, tombant à peine à mi-mollets, une petite cornette pointue sur la tête, des mules, composaient l’accoutrement de ces jeunes femmes, à puissant tempérament, destinées à la luxure, la recherchant dans toutes ses phases.

Plus d’une soixantaine se réunirent ainsi dans une superbe galerie-salon, précédant l’escalier par lequel on se rendait chez les frères, et y attendirent les explications complémentaires que la monitrice apporterait, et qui donneraient les raisons du changement de service pour la soirée, où l’on croyait assister à une cérémonie tout à fait intéressante, l’union de l’abbesse et de sa petite amie Marthe.

Tout en guettant l’arrivée de la monitrice, les rires, les interpellations, les plaisanteries, les jeux les excitaient, la sensualité commençait à se déchaîner par des attaques saphites, par des fièvres subites allumant les regards, fouettant le sang.

Rassemblées en divers groupes, peu distincts les uns des autres, se complimentant sur leur tenue débraillée, on entendit tout à coup une voix crier :

— Oh la la, ne pince pas si fort mes fesses, et si tu veux les voir, tiens, les voilà, fourres-y le museau.

Un remous s’opéra dans ce groupe, une femme se troussait, une autre s’accroupissait contre son cul et lui faisait feuilles de roses.

Il y en avait qui s’amusaient à se défier, et qui, courant par le salon, bousculant celle-ci, repoussant celle-là, leurs atours dressés, appelaient :

— Qui me veut, soit pour donner minettes, soit pour les recevoir !

Comme des bacchantes affamées de rut, on se précipitait à plusieurs pour saisir l’interpellatrice, et un tourbillonnement général en résultait, où des claques sur le cul retentissaient d’un côté, tandis que d’un autre, des baisers gloutons s’ouïssaient.

Puis, les exclamations se multiplièrent :

— À moi, Micheline !

— Non, je suis retenue, l’Anguillette me lisse les poils avec sa salive.

— Dis, Ambroisine, je parie que tu ne devines pas le plus gros cul de la bande.

— Ton tour de putain que si, Alida, c’est le cul de Georgette.

Troussant une belle brune qui causait devant elle avec une idéale et sentimentale blonde, Ambroisine étalait à plus de dix paires d’yeux deux magnifiques fesses bien plantées et plantureuses, sur lesquelles elle déposait une grosse caresse, et la foule féminine s’écriait :

— Elle a gagné, Ambroisine, tu n’iras pas en Luxarie la semaine prochaine.

— Avais-je accepté ?

— Tu as défié, cela suffit.

On en voyait qui, vautrées sur des sophas, les cuisses découvertes, se grattaient le bouton et chantaient :

« Viens, viens pas, la monitrice,
À qui la veut ma matrice. »

Sur ces cuisses s’aplatissait promptement un visage féminin, et les minettes le disputaient au branlage solitaire.

Soudain, une clameur jeta toutes les sœurs debout, en groupe compact dans le milieu de la galerie : une dizaine de jeunes garçons de quatorze à seize ans, vêtus d’une seule blouse, bondissaient, se ruaient sur les femmes qui riaient, essayaient une résistance plutôt platonique ; la troupe s’aplatissait à quatre pattes, se faufilait entre les jambes, attrapait les cuisses et les culs, et hurlait :

— Vive la noce, vive l’abbesse !

La sœur saisie s’écroulait sur le garçonnet, l’empoignait par la queue, le masturbait et disait :

— Petit salop, quand on s’attaque à une femme, on bande.

— Suce, pute, et je banderai. Ça ne te fait-il pas plaisir que je mange ta moniche ?

La sœur flanquait un coup de cul sur la tête du garçon, à l’écraser ; il lâchait la jambe par laquelle il la tenait, elle se relevait et s’échappait tandis qu’il en poursuivait une autre.

Àces jeux, ceux qui ne bandaient pas finirent par le faire, rapidement une croupe féminine s’offrait, les premiers coups de queue se donnèrent, les femmes crièrent :

— Vivat, les pupilles de l’abbesse.

Sur la porte, un seul de ces garçons, un peu plus âgé, marquant près de dix-huit ans, était resté méditatif, assistant impassible au spectacle.

Il était le chef de l’équipe, se nommait Maillouchet, il était le chef et le plus ancien, le plus robuste, chargé de les surveiller, de les conduire, de les arrêter s’ils dépassaient certaines bornes ; il s’occupait de sa fonction avec zèle, avec d’autant plus de dévouement que ce n’était pas chose toujours facile, vu l’origine du petit monde enrégimenté sous l’étiquette de pupilles de l’abbesse.

Une institution encore bizarre et telle que seule la ville de Paris, avec l’infinité des mystères qui s’y dérobent, peut en avoir.

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