‹ L’Hermite du mont Saint-ValentinChapitre 16 sur 36 · XVI

XVI

Lorsque le trouble et la tristesse régnaient ainsi au château de Parthenay, Gauthier y arriva au retour d’un voyage.

Son père l’instruisit en peu de mots des motifs de plaintes qu’il avait contre Roger. Gauthier éprouva beaucoup de joie de cette confidence. « Sans doute, dit-il à son père, le nom de votre ami ne doit point être porté par un autre que votre fils ; mais est-il indispensable que Roger plutôt que moi jouisse des avantages assurés par le sire de Vogué à l’un de vos enfans ? Je puis remplir les engagemens de mon frère, et je me trouverai heureux d’obtenir le bien qu’il dédaigne. »

Le sire de Parthenay avait toujours eu de la déférence pour les opinions de son fils aîné ; il examina sérieusement le parti qu’il proposait, et, après quelques objections, il consentit à l’adopter, mais sous la condition qu’Alise n’y répugnerait en aucune manière ; car ayant promis au sire de Vogué d’être pour sa fille un autre lui-même, il prétendait agir dans cette occasion importante comme son ami aurait agi, et ne point contrarier l’inclination de la jeune baronne dans le choix de son époux. En conséquence, Roger ne devait se regarder comme libre de disposer de sa main, que lorsque Alise aurait accepté celle de son frère.

Cette décision remplit Roger d’un espoir que sa mère ne partagea point. En comparant ses deux fils, il lui semblait bien difficile que l’aîné fût préféré au cadet ; et elle avait pour surcroît de craintes la connaissance des sentimens d’Alise !…

« Es-tu bien décidé, disait-elle à Roger, à résister ouvertement à ton père, si la demoiselle de Vogué, trompant ton espérance, persiste à te choisir pour son époux ?

— Je suis décidé à ne jamais trahir la foi que j’ai jurée ! l’exil me dérobera à l’odieuse tyrannie qu’on prétend exercer contre moi ; et sûrement Almaïde ne refusera pas de me suivre dans quelque désert inaccessible ?

— Eh malheureux ! dans quel désert inaccessible ne saurait-on être atteint par la malédiction de son père ?

— Mon père m’a maudit !

— Non, cette horrible parole n’a point été prononcée : mais attends-toi aux plus terribles marques de son courroux, s’il te voit sacrifier à ce qu’il nomme une honteuse faiblesse, tous tes devoirs, et l’amour de tous les tiens ! Ingrat ! ma tendresse, celle de ton père, ne peuvent donc balancer un seul instant dans ton cœur la passion insensée que t’inspire cette étrangère ?

— Madame, s’écria Roger, je vous aime plus qu’on n’aima jamais la meilleure des mères ! mais elle aussi m’aime ; et il s’appuya contre ce cœur qui renfermait tant d’indulgence et d’amour, et pleura.

« Malheureux enfant ! disait la dame de Parthenay, que ne puis-je, au prix de ma vie, assurer ta félicité ! »

La mère de Roger ne formait plus alors qu’un vœu, c’est qu’Alise acceptât promptement l’échange qu’elle avait résolu d’aller elle-même lui proposer, ne s’en rapportant à personne pour la réussite de cette commission délicate. Elle aussi sacrifiait beaucoup d’affections à une seule ! car elle savait mieux qu’une autre combien il en coûterait à sa jeune amie de renoncer à l’espoir entretenu si long-tems dans son âme.

Elle ne connaissait point au reste l’extrême éloignement que Gauthier inspirait à l’héritière de Vogué : « Pourquoi, imaginait la dame de Parthenay, ne dédaignerait-elle pas à son tour celui qui la dédaigne, pour s’attacher à celui dont elle est aimée ? » La dame de Parthenay, en raisonnant ainsi, prouvait qu’elle ignorait encore à quel point les impressions d’Alise étaient profondes et durables.

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