‹ L’Hermite du mont Saint-ValentinChapitre 32 sur 36 · XXXII

XXXII

Roger, fatigué de recherches inutiles, et n’ayant point oublié le soupçon manifesté par son père au sujet de l’enlèvement d’Alise, revenait auprès d’Almaïde essayer d’éclaircir les doutes fâcheux qui l’obsédaient. Il se les reprocha vivement en lisant la lettre d’Alise. Et ce tort, qui lui parut impardonnable, servit encore à augmenter l’intérêt que la vue d’Almaïde faible et souffrante excitait dans son cœur. Il fut frappé du changement de ses traits ; et il est vrai que la santé de la dame de Martigues se trouvait fort altérée par la tristesse et le découragement qu’elle éprouvait. La beauté, le rang, les richesses, étaient son partage, et néanmoins le bonheur qu’elle n’avait jamais cherché dans la vertu fuyait loin d’elle ; et les adversités trouvaient son âme sans appui. En perdant la dernière illusion qui l’eût séduite, elle ne voyait plus rien qui pût désormais l’attacher à la vie : elle en était fatiguée, mais elle redoutait la mort ; et les sinistres pressentimens, qui depuis un tems assiégeaient son cœur, y portaient la terreur et le désespoir. La présence du chevalier eut bientôt, au reste, ranimé dans ce cœur passionné l’amour dont il avait brûlé.

Roger, de son côté, s’accusant des peines de la comtesse, fit un examen sévère de ses sentimens les plus secrets ; et, rougissant de sa faiblesse et de son peu de constance, il rappela le premier à la dame de Martigues leurs mutuels engagemens, et la pressa vivement de les remplir.

Almaïde se laissa facilement persuader la vérité d’un amour auquel tenait son existence entière. Le jour de l’hymen fut fixé, et les jeux, les tournois et les fêtes recommencèrent au château de Martigues. La comtesse espérait affermir plus sûrement son empire sur celui qu’elle aimait, en paraissant à ses yeux entourée de l’éclat qui l’avait autrefois séduit. Roger partageait l’admiration qu’excitait généralement son amie, et joignait ses hommages passionnés à ceux que rendaient à la belle châtelaine les chevaliers rassemblés en foule à sa cour. Almaïde retrouva donc quelques instans encore l’ivresse de ses premières amours, mais pour retomber ensuite dans un abîme de souffrances que son plus mortel ennemi aurait eu peine à contempler sans effroi !

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