‹ L’Hermite du mont Saint-ValentinChapitre 7 sur 36 · VII

VII

L’arrivée de la dame de Parthenay au château de Vogué fut, pour la fille du baron, un événement de la plus haute importance. Elle fut bien plus inquiète de l’impression qu’elle allait produire sur la mère de Roger, qu’elle ne l’avait été, quelque tems auparavant, de celle qu’elle pourrait produire sur Roger lui-même. C’est qu’alors son cœur indifférent ne faisait pas encore dépendre entièrement son bonheur des sentimens d’un autre… Elle éprouva d’abord, en présence de la dame de Parthenay, un embarras qu’elle n’avait jamais connu, et qu’elle trouvait pénible ; mais la dame de Parthenay, si belle et si bonne, eut bientôt rassuré sa timidité et obtenu son affection. En peu de tems, leur amitié devint celle d’une mère pour sa fille, et d’une fille pour sa mère ; elles se donnaient mutuellement ces noms, et la châtelaine ne laissait pas ignorer à sa jeune amie de quelle manière ces titres si doux seraient un jour ratifiés ; elle ne prévoyait nul obstacle à l’hymen projeté. Les sentimens d’Alise n’étaient pas équivoques, et la châtelaine les démêlait mieux qu’Alise elle-même ; quant à Roger, sa mère était bien loin de présumer qu’il pût y avoir quelque opposition de sa part. « Comment, se disait-elle, serait-il insensible à tant de jeunesse et de charmes ? Il l’aimera ; ils seront heureux par leur obéissance aux volontés de leurs parens. Il n’en arrive pas toujours ainsi… ; mais que le ciel soit mille fois béni pour avoir fait tomber ce sort sur mon Roger ! »

La dame de Parthenay habitait le château de Vogué depuis quelques semaines ; il était tems qu’elle regagnât le sien ; mais elle et Alise ressentaient un extrême chagrin de se séparer, et le sire de Vogué, vaincu par les sollicitations de toutes deux, permit à sa fille d’accompagner son amie au château de Parthenay, et d’y séjourner quelques tems. Ce n’était pas sans regrets que le vieux seigneur s’était décidé à ce sacrifice ; il sentait bien que peu d’instans lui restaient désormais pour être réuni sur cette terre aux objets de son affection : il était de plus en plus malade et affaibli ; mais son état, alarmant pour les gens qu’éclairait la science, l’était peu pour une enfant à laquelle tous ceux qui l’entouraient dérobaient soigneusement leurs alarmes. Alise ne craignait plus depuis long-tems pour la vie de son père, et nulle fâcheuse inquiétude n’empoisonna le moment de son départ. Ses entretiens avec la châtelaine avaient un charme que rien n’aurait pu remplacer. La mère de Roger ne se lassait pas de revenir sur les circonstances de l’enfance et de la jeunesse de son fils, et sa jeune amie, aussi avide de ces détails qu’elle était empressée de les lui donner, les faisait sans cesse répéter. Avec quel intérêt fut examiné ce manoir où Roger avait pris naissance ! ces lieux qu’il avait si souvent parcourus ! « Je l’ai nourri de mon lait, disait la châtelaine ; voilà la chambre où je venais l’endormir par mes chants : ce berceau fut le sien ; il servira à votre premier-né. » La dame de Parthenay souriait alors, et pressait tendrement sur son cœur la compagne de Roger, celle à laquelle devraient le jour les êtres chéris qui le retraceraient à sa tendresse.

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