‹ L’Histoire de don Quichotte de la MancheChapitre 56 sur 127 · Seconde partie · III

Seconde partie · III

on Quichotte demeura extrêmement pensif en attendant le bachelier Carrasco, de qui il espéroit apprendre des nouvelles de lui-même couchées dans un livre, ainsi que le lui avoit dit Sancho. Et il ne se pouvoit persuader qu’il y eût une telle histoire, puisque sur la lame de son épée le sang des ennemis qu’il avoit mis à mort n’étoit pas encore séché, et l’on vouloit déjà imprimer ses hauts faits de chevalerie. Néanmoins il s’imagina que quelque sage, son ami ou son ennemi, par art d’enchantement les avoit fait imprimer. Que s’il l’avoit fait comme ami, c’étoit pour les grandir et les élever au-dessus des plus signalées prouesses de tous les chevaliers errans ; et si comme ennemi, pour les ravaler et les mettre au-dessous des plus viles actions qui se fussent écrites du plus chétif écuyer qui fut jamais au monde, étant reconnu, comme il disoit en lui-même, que jamais on n’écrivit les exploits d’un écuyer ; et quand il seroit véritable qu’il y eût une telle histoire, puisque c’étoit celle d’un chevalier errant, il falloit absolument qu’elle fût pompeuse, haute, insigne, magnifique et véritable. C’est ce qui lui donna quelque consolation, quoiqu’il fût fort fâché que son auteur fût Maure, selon que le nom de Cid l’apprenoit, et il ne faut point attendre des Maures aucune vérité, parce que tous les Maures sont de grands bailleurs de billevesées, des trompeurs et des faussaires. Il craignoit que cet auteur n’eût traité ses amours avec une indécence qui tournât au mépris et au grand préjudice de l’honnêteté de sa dame Dulcinée du Toboso. Il désiroit qu’il eût déclaré la fidélité et le respect qu’il lui avoit toujours gardés, méprisant les reines, les impératrices et les damoiselles de toute qualité, tenant en bride les aiguillons de sa chair. Comme il étoit au milieu de ces pensées et de beaucoup d’autres imaginations, voici arriver Sancho et Carrasco que don Quichotte reçut fort courtoisement. Ce bachelier, quoiqu’il se nommât Samson, n’étoit pas de trop grande stature, mais un grand matois et un dessalé ; au reste il avoit un teint hâve et néanmoins un fort bon entendement. Son âge pouvoit être de quelque vingt-quatre ans. Sa face étoit ronde, son nez plat et sa bouche grande, tous signes d’un naturel malicieux et ami de cassades, ainsi qu’il le fit bien paroître quand il vit don Quichotte ; se mettant à genoux devant lui, il lui tint ce langage : « Seigneur don Quichotte de la Manche, que votre Grandeur me donne les mains : car, par l’habit de saint Pierre que je porte, et encore que je n’aie que les quatre premiers ordres, votre Seigneurie est l’un des plus fameux chevaliers errans que l’on ait jamais vus, ni que l’on verra par tout le globe de la terre. Dieu garde de mal Cid Hamet ben Engeli, qui a laissé par écrit l’histoire de vos hauts faits, et Dieu conserve pareillement le curieux qui a pris le soin de les faire traduire de l’arabe en notre castillan, pour l’entretien universel des peuples. »

Don Quichotte le fit lever et lui dit : « Il est donc véritable que l’on a composé mon histoire, et que l’auteur étoit Maure et un savant homme ? — Cela est si véritable, repartit Samson, que je tiens pour tout assuré que dès aujourd’hui même il y a plus de douze mille exemplaires imprimés de cette histoire. J’en prends à témoin le Portugal, Barcelone et Valence, où on l’a imprimée ; bien plus, le bruit court qu’on l’imprime à Anvers ; et pour moi je crois fermement qu’il n’y a nation ni langue qui ne le traduise. — Un des plus grands contentemens, répliqua à ce moment don Quichotte, que puisse recevoir un homme vertueux et éminent, c’est de se voir, de son vivant, en bonne réputation et loué par les langues des hommes, et, lorsqu’il est imprimé, ses actions représentées par la gravure. J’ai dit avec bonne réputation, parce que, s’il en étoit autrement, il n’y a mort qui puisse égaler son déplaisir. — Si l’on doit avoir égard à la bonne renommée et à la réputation, dit alors le bachelier, il n’est que votre Grandeur pour enlever la palme à tous les chevaliers errans. Car le Maure a été curieux de nous dépeindre au vif en sa langue, et le chrétien en la sienne, la gaillardise de votre Grâce, le grand cœur que vous faites paroître à braver les dangers, la patience que vous témoignez aux adversités, et le courage aussi bien aux infortunes qu’aux blessures, l’honnêteté et la continence en vos amours platoniques à vous et à la señora Dulcinée du Toboso. — Jamais, dit là-dessus Sancho Pança, je n’ouïs appeler de ce titre de don la señora Dulcinée, mais seulement la señora Dulcinée du Toboso, et certes l’histoire se trompe en ce point.

— Cette objection, répondit Carrasco, n’est pas de grande importance. — Non certes, dit don Quichotte ; mais que votre Grâce me dise, je vous prie, Monsieur le bachelier, quelles sont celles de mes prouesses que l’on prise le plus en cette histoire ! — En cela, répondit le bachelier, comme les goûts sont différens, les opinions sont pareillement diverses. Les uns s’arrêtent à l’aventure des moulins à vent que votre Grâce prit pour des Briarées et des géans ; d’autres, à celle des marteaux à foulons ; celui-ci prise la description des deux armées qu’on reconnut après pour deux troupeaux de brebis ; celui-là, l’aventure du mort que l’on alloit enterrer à la ville de Ségovie. L’un dit que la plus belle aventure est celle où vous donnâtes la liberté aux prisonniers que l’on menoit aux galères ; un autre assure que rien n’égale celle des deux géans de l’ordre de Saint-Benoît, avec l’affaire du valeureux Biscaïen. — Mais dites-moi, Monsieur le bachelier, dit alors Sancho, n’y a-t-on point fait entrer l’aventure des Yangois, lorsque notre bon Rossinante s’avisa de s’aller frotter à l’impossible ? — Le savant homme, répondit Samson, n’a rien oublié dans l’écritoire. Il dit tout sans y rien laisser, et même les cabrioles que le bon Sancho fit dans la couverture. — Ce ne fut pas dans la couverture, repartit Sancho, que je fis les cabrioles, mais bien en l’air, et plus que je n’eusse voulu. — À ce que je crois, dit don Quichotte, il n’y a histoire au monde qui n’ait ses hauts et ses bas, et surtout celles qui traitent de chevalerie, lesquelles ne peuvent être toujours remplies de prospérités.

— Avec tout cela, dit le bachelier, quelques-uns qui ont lu l’histoire disent qu’ils eussent été fort aises si les auteurs qui l’ont écrite eussent omis d’y insérer les innombrables coups de bâton qu’en diverses rencontres on donna au seigneur don Quichotte. — C’est là suivre la vérité de l’histoire, dit Sancho. — Toutefois par équité on les pouvoit taire, dit don Quichotte, puisque l’on n’est pas forcé d’écrire les actions qui ne changent ni n’altèrent la vérité de l’histoire ; principalement on les doit passer sous silence quand elles doivent contribuer au mépris de celui qui en est le sujet. Et je vous jure qu’Énée ne fut pas aussi pieux que Virgile nous le dépeint, ni Ulysse aussi prudent que nous le fait Homère. — Il est vrai, répliqua Samson ; mais c’est tout autre chose d’écrire en historien et tout autre en poète. Le poète peut conter ou chanter les choses, non comme elles ont été, mais comme elles devoient être, au lieu que l’historien les doit écrire, non comme elles devoient être, mais comme elles ont été, sans ajouter ni ôter à la vérité quoi que ce soit. — Puis donc, dit Sancho, que ce seigneur maure se met en route pour dire la vérité, sans le moindre doute, il fait fort bien, si parmi les coups de bâton que reçut mon maître se trouvent les miens : car jamais on ne prit à sa Grâce la mesure de ses épaules que l’on ne me prît à moi celle de tout le corps. Toutefois je ne m’en dois pas étonner, puisque, comme dit mon seigneur lui-même, les membres se doivent ressentir de la douleur de la tête. — Vous êtes un finaud, Sancho, répondit don Quichotte, je vois bien que vous ne manquez pas de mémoire quand vous en voulez avoir. — Quand je ne voudrois point me ressouvenir, repartit Sancho, des bastonnades que l’on m’a données, les cicatrices qui sont encore toutes fraîches sur mes côtes ne le permettroient pas. — Taisez-vous, Sancho, dit don Quichotte, et n’interrompez point monsieur le bachelier, que je supplie de passer outre au récit de ce qu’on dit de moi en l’histoire ci-dessus mentionnée. — Et de moi, répliqua Sancho, puisque l’on dit aussi que j’en suis l’un des principaux parsonnages. — Des personnages, ami Sancho ! dit Samson ; je n’entends point ces parsonnages. — Encore un autre éplucheur de syllabes ! dit Sancho. Mais arrêtons-nous à cela, et nous n’aurons achevé de toute notre vie. — Dieu me punisse, Sancho, repartit le bachelier, si vous n’êtes la seconde personne de l’histoire, et s’il n’y a tel qui aime mieux vous y ouïr discourir que le mieux habillé de tout cet ouvrage, en admettant qu’il y en a pareillement qui disent que vous fûtes outrageusement crédule de croire qu’il pouvoit y avoir de la vérité dans le gouvernement de cette île que le seigneur don Quichotte qui est ici présent vous offrit. — Il y a encore du soleil sur le toit, dit don Quichotte, et, lorsque le bon Sancho sera plus avancé en âge, avec l’expérience que donnent les années, il sera pour être gouverneur plus propre et plus capable qu’il n’est maintenant.

— Pardieu, Seigneur, dit alors Sancho, l’île que je ne gouvernerois point avec les ans que j’ai, je la gouvernerai encore moins avec les ans de Mathusalem. Le pis est que cette même île se cache je ne sais où, et non pas à me sentir incapable de la gouverner. — Recommande-la à Dieu, Sancho, dit don Quichotte, et tout ira bien, et peut-être mieux que tu ne penses, car la feuille ne se meut point en l’arbre sans la volonté de Dieu. — Cela est vrai, dit Samson, que, si Dieu veut, Sancho ne manquera pas de mille îles pour en avoir le gouvernement, et à plus forte raison d’une seule. — J’ai vu par ici des gouverneurs, dit Sancho, qui, à mon avis, n’arrivent point à la semelle de mon soulier, et malgré cela on leur donne de la seigneurie, et on les sert en vaisselle d’argent. — Ce ne sont point des gouverneurs d’îles, répliqua Samson, mais d’autres gouvernemens plus maniables : au moins ceux qui gouvernent les îles doivent-ils savoir la grammaire (grammatique). — Je m’accorderois fort bien avec la Gramma, dit Sancho, mais quant à la Tique, je ne m’en paye nullement, parce que je ne l’entends pas. Toutefois, remettant cette affaire de gouvernement entre les mains de Dieu, qui m’établira là où il se voudra le mieux servir de moi, je vous dis, Seigneur bachelier Samson Carrasco, que je suis infiniment aise que l’auteur de l’histoire a parlé de telle sorte que les choses qu’on raconte de moi ne dégoûtent point. Et sur ma foi de bon écuyer, s’il avoit dit de moi des choses qui ne fussent point convenables à un vieux chrétien tel que je suis, j’eusse crié si haut que les sourds nous eussent entendus. — Ce seroit là faire des miracles, repartit Samson. — Miracles ou non miracles, dit Sancho, que chacun regarde comme il parle ou comme il écrit des personnes, et qu’il ne mette point à tort et travers tout ce qui lui passe en l’imagination.

— L’un des défauts de cette histoire, dit le bachelier, c’est que son auteur y a mis une nouvelle intitulée : le Curieux impertinent. Ce n’est point qu’elle soit mauvaise ni mal faite, mais parce qu’elle n’est pas de ce lieu, et n’a que voir avec l’histoire du seigneur don Quichotte. — Je gagerai, repartit Sancho, que ce fils de chien y a encore entremêlé les berces et les cistes. — Je dis maintenant, reprit don Quichotte, que l’auteur de mon histoire ne s’est pas montré savant homme, mais un discoureur ignorant qui s’est mis à l’écrire à tâtons et vienne que vienne, sans jugement aucun. Il a fait comme faisoit Orbaneja, peintre d’Ubeda, lequel, quand on lui demandoit ce qu’il peignoit : « Je peins, répondoit-il, ce qui se montrera. » Ainsi il peignoit quelquefois un coq de telle sorte et si mal représenté qu’il étoit nécessaire qu’auprès de cette peinture il mît un écriteau en lettres gothiques : Ceci est un coq. Ainsi doit-il en être de mon histoire, elle aura besoin de commentaire pour être entendue. — Rien de moins, repartit Samson, elle est si claire qu’on n’y trouve rien de difficile. Les jeunes enfans l’ânonnent, les garçons la lisent, les hommes l’entendent, et les vieillards la vantent. Finalement toutes sortes de gens la feuillettent, et la savent de telle sorte qu’à peine voit-on un roussin efflanqué que l’on dit incontinent : « Voilà comment va Rossinante. » Mais ceux qui se sont le plus appliqués à la lecture de cette histoire, ce sont les pages. Il n’y a antichambre de seigneur où l’on ne trouve un Don Quichotte. Si quelques-uns le laissent, d’autres soudain le prennent ; les uns s’en saisissent, et les autres le demandent. Enfin une telle histoire, comme elle est la plus agréable du monde, est aussi de meilleur entretien qu’autre qu’on ait vue jusqu’à présent : car on n’y découvre jamais parole déshonnête, ni pensée qui ne sente son catholique. — Si l’on écrivoit autrement, dit don Quichotte, ce seroit écrire des mensonges, et non des vérités, et les historiens qui ne craignent pas de mentir devroient être brûlés aussi bien que ceux qui font de fausse monnoie. Mais je ne sais pas ce qui a poussé l’auteur à s’avantager de nouvelles et de contes étrangers, puisqu’il avoit tant de matière à écrire les miens. Sans doute il se devoit contenter, et prendre garde à ce que dit le proverbe : De paille et de foin le ventre devient plein. Aussi, à la vérité, quand il n’eût seulement publié que mes pensées, mes soupirs, mes larmes, mes bons désirs et mes entreprises, il eût pu en faire un volume beaucoup plus grand, ou pour le moins aussi grand que celui que peuvent faire toutes les œuvres du Tostado. En effet, je conclus de tout cela, Monsieur le bachelier, que, pour composer des histoires et des livres de quelque sorte qu’ils soient, il faut avoir un grand jugement et un mûr entendement : représenter les grâces et écrire les façons de faire, cela n’appartient qu’aux grands esprits.

« Le plus judicieux personnage de la comédie est celui du bouffon et du badin, et ce n’est pas à celui-là d’être simple et naïf qui veut jouer ce personnage. L’histoire est comme une chose sacrée, parce qu’elle doit être véritable ; or, là où est la vérité, Dieu y est pareillement, en tant qu’il est la vérité même. Néanmoins, il se trouve des hommes qui composent et publient des livres de même que si c’étoient des beignets. — Il n’y a livre si mauvais, dit le bachelier, qui n’ait quelque chose de bon. — Je n’en doute point, répliqua don Quichotte ; toutefois il arrive bien souvent que ceux qui avoient à juste titre gagné et acquis une grande renommée par leurs écrits l’ont perdue complètement ou amoindrie en quelque sorte en les faisant imprimer. — La cause de cela, dit Samson, est que, comme on considère attentivement et à loisir les œuvres imprimées, on voit aisément les fautes de l’auteur, et on les examine d’autant plus que la réputation de celui qui les a composées est plus grande. Les hommes renommés pour leur génie, les grands poètes et les historiens illustres, sont toujours, ou le plus souvent, enviés de ceux qui prennent plaisir et n’ont autre passetemps que de juger des écrits d’autrui, sans qu’eux-mêmes aient jamais rien mis en lumière. — Il ne s’en faut pas étonner, repartit don Quichotte, car il y a force théologiens qui ne sont nullement bons pour la chaire ; au lieu qu’ils sont extrêmement bons pour connoître les fautes ou les superfluités de ceux qui prêchent. — Seigneur don Quichotte, dit Carrasco, cela est vrai ; toutefois, je désirerois que de tels censeurs fussent plus miséricordieux et moins scrupuleux, sans s’arrêter aux atomes du soleil éblouissant en l’ouvrage dont ils murmurent, que si

… Aliquando bonus dormitat Homerus,

qu’ils considèrent le long temps qu’il a demeuré sans dormir pour exposer en lumière son ouvrage avec le moins d obscurité qu’il lui étoit possible. Et d’aventure pourroit-il être que ce qui semble mal à ces censeurs fût quelque tache qui parfois sert à accroître la beauté du visage qui la porte. Aussi dis-je que celui-là se met en un grand péril qui fait imprimer un livre : car il est du tout impossible qu’il le compose de manière qu’il puisse satisfaire et contenter tous ceux qui le lisent. — Le livre qui traite de mes actions, dit don Quichotte, aura contenté fort peu de gens. — C’est tout le contraire, dit le bachelier, parce que, comme Stultorum infinitus est numerus, il y a une infinité de personnes qui ont pris plaisir à une telle histoire. Mais quelques-uns accusent son auteur de peu de mémoire, ou bien de malice, en ce qu’il oublie de nous dire qui fut le larron qui déroba l’âne de Sancho, car ce n’est pas déclaré en cet endroit-là, et on l’infère seulement de ce qu’il se trouve par écrit qu’on le lui déroba, et que peu de temps après on le voit à cheval sur le même baudet, sans que le larron ait paru. On dit pareillement que le même auteur a oublié d’écrire ce que Sancho fit des cent écus qu’il trouva dans une mallette dans la Sierra Morena, dont il ne parle plus, et il y a bien des gens qui désirent savoir ce qu’il en fit et à quoi il les dépensa. C’est un des points essentiels qui manquent en cet ouvrage. » Sancho, oyant ce discours, fit cette réponse : « Seigneur Samson, je ne suis pas maintenant en humeur de m’occuper de contes ni de comptes. Il m’a pris une telle foiblesse d’estomac que, si je n’y remédie avec deux gorgées de l’an passé, cela me mettra sur l’épine de sainte Lucie. Je l’ai à la maison, où ma ménagère m’attend. Sitôt que j’aurai dîné, je reviendrai ici, et satisferai à ce que demande votre Grâce et à tout ce qu’on voudra me demander, tant sur la perte de l’âne comme sur la dépense que j’ai faite des cent écus. » Et, sans attendre réponse ni dire autre parole, il prit soudain le chemin de sa maison. Don Quichotte pria le bachelier de demeurer avec lui pour faire un peu pénitence. Le bachelier accepta l’invitation, demeura, et l’on ajouta à l’ordinaire une paire de pigeons ; durant le repas, on discourut de chevalerie. Carrasco s’accommoda à l’humeur de son hôte, le festin s’acheva, et ils se reposèrent, après avoir fait bonne chère ; cependant Sancho revint, et l’on reprit les devis passés.

1. Pour faire comprendre le jeu de mots de Sancho, il faudrait traduire gramatica par grammatique, au lieu de grammaire.

2. Le Tostado (le brûlé) est le nom qu’on donne généralement à don Alonso de Madrigal, évêque d’Avila, qui vécut sous le règne de don Juan II de Castille, et se fit remarquer par une grande fécondité littéraire.

3. La citation exacte est : Quandoque bonus dormitat Homerus (Horace, Art poétique).

Page 1