‹ L’Honneur des grandes neigesChapitre 12 sur 30 · 12

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L’hiver parut long à Cummins et à Élise… et plus long encore à Yan. L’agent du lac Bain avait remis à celui-ci une lettre pour son collègue de Churchill et le jeune garçon fut logé au poste. Il partagea la chambre du commis de magasin, Mac Donald, un joyeux adolescent au visage rouge fraîchement débarqué d’Angleterre. Apprenant que son nouveau camarade était venu à pied des Barrens pour suivre les cours de l’école, il s’offrit à lui servir de répétiteur. Il le corrigea d’abord de son mauvais accent et, au bout d’une semaine de constants efforts, l’élève faisait déjà honneur à son précepteur bénévole.

L’école ouvrit en novembre et Yan se trouva parmi une vingtaine d’élèves venus de tous les coins du Wild. Il emmagasinait avec obstination les moindres notions nouvelles afin de les transmettre à Élise.

Ses pensées allaient vers le lac Bain et plusieurs fois durant l’hiver il retira du violon le petit rouleau de papier, dont il lut et relut les pages.

« Un jour j’irai là-bas, lorsque Élise sera plus grande et pourra m’accompagner », se promettait-il à lui-même.

La société du jeune garçon du lac Bain aidait Mac Donald à supporter son exil. L’Écossais souffrait de nostalgie et, à mesure que les mois s’écoulaient, il déversait dans l’oreille attentive de Yan les souvenirs de sa lointaine patrie…

Au printemps, Yan retourna au lac Bain sur le traîneau apportant au poste les provisions de la Compagnie. L’automne suivant, il fréquenta l’école de York Factory et, la troisième année, celle de Nelson House. À cette époque, l’instituteur de la Compagnie mourut et personne ne vint le remplacer.

Au milieu de l’hiver de cette troisième année, Yan regagna le lac Bain et, serrant étroitement Élise dans ses bras, il lui promit de ne plus jamais s’éloigner sans elle. Le prenant par le cou, la petite lui tendit sa bouche fraîche comme un bouton de rose. Il l’embrassa et scella ainsi son serment. Plus tard, poussé par une pensée qui l’obsédait depuis quelque temps, il demanda à Cummins :

— Lorsque Élise sera un peu plus âgée, ne serait-il pas sage que nous nous rendions avec elle dans le Sud ? Elle ne saurait vivre éternellement dans ce pays-ci !

Cummins parut ne pas comprendre. Enfin, quand il saisit le sens des paroles de Yan, son regard se durcit et sa voix, d’habitude très calme, vibra d’indignation :

— Sa mère reposera sous le vieux sapin jusqu’à la fin des temps, dit-il lentement, et nous ne la quitterons jamais, à moins qu’un jour Élise ne s’en aille toute seule.

Àdater de ce moment, Yan ne regarda plus dans la caisse de son instrument. Il lutta pour réprimer le désir qui avait grandi chez lui avec les années jusqu’à ce qu’il s’en crût débarrassé à tout jamais. Élise constituait tout son univers. Elle emplissait son cœur au point que, devant elle, toute autre vision s’effaçait.

Chaque jour ajoutait à sa joie. Il appelait Élise « ma petite sœur », elle lui rendait pleinement son affection et de sa douce voix le nommait « frère Yan ». Il remarqua chez la fillette le lent changement de nuance de sa chevelure qui passa de la couleur du lin à celle de l’or fondu, puis, plusieurs mois après, cet or prit des reflets mordorés. Elle ressemblerait à sa mère ! Yan était transporté de joie et, en silence, Cummins offrait au Ciel des actions de grâces.

Telle était la situation au poste du lac Bain au début de la neuvième année d’Élise, quand, du sud, monta une rumeur qui s’étendit comme un suaire sur les habitants des forêts. De l’est, du sud et de l’ouest, cette rumeur s’enfla et bientôt de partout arriva la nouvelle que la Terreur Rouge avançait à grands pas. Le frisson d’une épouvantable peur se répandit comme un vent glacé des dernières régions civilisées à la baie d’Hudson.

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