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Yan passa tout le printemps et l’été dans les marécages peuplés de caribous et sur les collines qui longent les Barrens. Pendant tout ce temps, il fit seulement une brève apparition au poste pour se ravitailler.
Durant son absence, Élise avait souffert silencieusement. Elle ne se plaignait même pas à Iowaka de sa grande solitude. Malgré son profond chagrin, elle nourrissait dans son cœur un espoir tenace. Jusqu’à la dernière visite de Yan, deux mois auparavant, elle se complaisait dans des rêves d’avenir.
Le soir de son retour des marécages, Yan vint à la cabane. Sa barbe avait repoussé, ses cheveux longs retombaient en désordre sur ses épaules. La beauté expressive de ses grands yeux, naguère si tendres et si enjoués, s’était évanouie.
Cette fois, Élise comprit qu’elle devait abandonner tout espoir. Yan disparaissait pour toujours de sa vie, lui laissant, en souvenir de leur amitié, le vieux violon accroché au mur de la cabane.
Ce violon devint pour elle ce qu’il avait autrefois représenté au cœur du jeune homme. Dans son esseulement, elle jouait, lui confiait ses peines et ses angoisses, le serrant contre sa poitrine et lui parlant comme l’avait fait Yan des années auparavant…
— Si seulement tu pouvais tout me raconter, cher violon ! soupirait-elle un jour, à l’approche de l’automne. Si tu pouvais me parler de lui et me donner un conseil…
Yan, pourtant, revit Élise six mois plus tard, lors du festin du caribou. Il revenait au poste, chargé de fourrures. Il apprit qu’Élise avait reçu une lettre de Dixon lui annonçant qu’il regagnait Londres au lieu de venir au lac Bain.
Le lendemain de la fête des trappeurs, Yan retourna dans la région de l’Athabasca. On ne le revit pas au lac Bain au printemps suivant. Au début de l’été on était toujours sans nouvelles de lui. Au moment de la crue produite par la fonte des neiges, Jean de Gravois s’en alla par voie d’eau rejoindre l’Athabasca. Il trouva la cabane de Yan abandonnée. Les Indiens l’informèrent qu’ils n’avaient pas revu Thoreau depuis la débâcle des glaces sur le fleuve. Un métis rencontré à Fond-du-Lac dit à Jean qu’il avait découvert sur le lac Castor les ossements d’un Blanc ; à côté gisaient un fusil et un couteau à manche de corne.
Jean de Gravois revint au lac Bain, le cœur gros.
— Aucun doute, il est mort, dit Jean à Iowaka. Je ne crois pas que cette nouvelle affligera beaucoup Élise.
Dans les premiers jours de septembre, vers l’heure de midi, alors que tous étaient en train de déjeuner, un homme efflanqué parut au poste du lac Bain. Il portait un ballot et six chiens le suivaient.
C’était Yan Thoreau.
— Je suis allé jusqu’en pays civilisés, expliqua-t-il, et je reviens passer l’hiver au lac Bain.