‹ L’Hôtel du libre échangeChapitre 24 sur 59 · Scène IV

Scène IV

BASTIEN, BOULOT, PAILLARDIN

Bastien, très aimable. — Voilà, monsieur !… Monsieur attend quelqu’un ?… Je vois ce qu’il faut à monsieur ! Un petit nid charmant où la jolie madame sera très bien !

Paillardin, un sac à la main. — Non, merci ! Je n’attends personne ! Je suis monsieur Paillardin, l’expert désigné par le Tribunal de Commerce !

Bastien. — Ah ! parfaitement, monsieur !… pour la chambre hantée !… Ah ! Monsieur, c’est un véritable ensorcellement !… (Coup de sonnette.) Tenez !… Boulot, on sonne là-haut ! Allez donc voir !… Oui, monsieur, toutes les nuits, c’est un vacarme épouvantable ! les murs craquent ! les meubles sautent !…

Paillardin. — Oui ! oui ! C’est bon ! Puisque je viens ici pour constater, je n’ai pas besoin que vous m’expliquiez. Je constaterai bien par moi-même. Voyons, où est-elle, cette chambre ?

Bastien, indiquant la droite. — C’est celle-ci, monsieur. Si monsieur veut me permettre d’allumer un bougeoir !.

Il en allume un.

Paillardin. — Eh ! bien, voyons cette chambre ensorcelée.

Ils rentrent tous les deux à droite.

Bastien. — Voilà, monsieur. J’aime mieux que ce soit vous que moi qui y passiez la nuit !

Paillardin, riant. — Ah ! bien, si je ne cours jamais de plus grands dangers que ça, je ne risque pas grand’chose ! (Tournant autour de la petite table ronde.) Eh ! bien, elle a l’air très calme pour une chambre où les esprits viennent faire leurs cabrioles !

Bastien. — Elle est calme, à cette heure-ci !

Paillardin. — Ah ! oui, c’est l’heure où les esprits sont sortis !

Bastien. — Mais à minuit, aussitôt que tout est éteint, ils font un potin !…

Paillardin, railleur. — Oui ! c’est ce que nous appellerons des esprits chahuteurs !

Bastien. — Monsieur l’expert plaisante ! Mais monsieur l’expert verra bien !

On chante au-dessus.

Paillardin. — Mais, dites donc, on a l’air de faire du bruit là-haut !… Est-ce que ce serait déjà les esprits ?

Bastien. — Oh ! non, monsieur… c’est des commis du « Printemps » qui sont là avec leurs commises ! Ils ne sont pas toujours raisonnables ! C’est jeune ! Je vais aller les faire taire.

Paillardin, posant son sac. — Allez ! allez ! (Ouvrant son sac.) Voyons !… mes cigares ! mes brosses !

Il tire ses affaires de son sac.

Bastien, au fond, criant. — Dites donc ! vous n’avez pas bientôt fini, là-haut ?

Voix. — Zut !

Bastien. — Zut ! ?… Attendez un peu !… Je vais monter !…

Pinglet, paraissant. — Pardon, garçon !

Bastien. — Dans un instant, monsieur ! Je suis à vous dans un instant !

Il disparaît.

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