Scène IV
BASTIEN, BOULOT, PAILLARDIN
Bastien, très aimable. — Voilà, monsieur !… Monsieur attend quelqu’un ?… Je vois ce qu’il faut à monsieur ! Un petit nid charmant où la jolie madame sera très bien !
Paillardin, un sac à la main. — Non, merci ! Je n’attends personne ! Je suis monsieur Paillardin, l’expert désigné par le Tribunal de Commerce !
Bastien. — Ah ! parfaitement, monsieur !… pour la chambre hantée !… Ah ! Monsieur, c’est un véritable ensorcellement !… (Coup de sonnette.) Tenez !… Boulot, on sonne là-haut ! Allez donc voir !… Oui, monsieur, toutes les nuits, c’est un vacarme épouvantable ! les murs craquent ! les meubles sautent !…
Paillardin. — Oui ! oui ! C’est bon ! Puisque je viens ici pour constater, je n’ai pas besoin que vous m’expliquiez. Je constaterai bien par moi-même. Voyons, où est-elle, cette chambre ?
Bastien, indiquant la droite. — C’est celle-ci, monsieur. Si monsieur veut me permettre d’allumer un bougeoir !.
Il en allume un.
Paillardin. — Eh ! bien, voyons cette chambre ensorcelée.
Ils rentrent tous les deux à droite.
Bastien. — Voilà, monsieur. J’aime mieux que ce soit vous que moi qui y passiez la nuit !
Paillardin, riant. — Ah ! bien, si je ne cours jamais de plus grands dangers que ça, je ne risque pas grand’chose ! (Tournant autour de la petite table ronde.) Eh ! bien, elle a l’air très calme pour une chambre où les esprits viennent faire leurs cabrioles !
Bastien. — Elle est calme, à cette heure-ci !
Paillardin. — Ah ! oui, c’est l’heure où les esprits sont sortis !
Bastien. — Mais à minuit, aussitôt que tout est éteint, ils font un potin !…
Paillardin, railleur. — Oui ! c’est ce que nous appellerons des esprits chahuteurs !
Bastien. — Monsieur l’expert plaisante ! Mais monsieur l’expert verra bien !
On chante au-dessus.
Paillardin. — Mais, dites donc, on a l’air de faire du bruit là-haut !… Est-ce que ce serait déjà les esprits ?
Bastien. — Oh ! non, monsieur… c’est des commis du « Printemps » qui sont là avec leurs commises ! Ils ne sont pas toujours raisonnables ! C’est jeune ! Je vais aller les faire taire.
Paillardin, posant son sac. — Allez ! allez ! (Ouvrant son sac.) Voyons !… mes cigares ! mes brosses !
Il tire ses affaires de son sac.
Bastien, au fond, criant. — Dites donc ! vous n’avez pas bientôt fini, là-haut ?
Voix. — Zut !
Bastien. — Zut ! ?… Attendez un peu !… Je vais monter !…
Pinglet, paraissant. — Pardon, garçon !
Bastien. — Dans un instant, monsieur ! Je suis à vous dans un instant !
Il disparaît.