Scène V
PINGLET, MARCELLE, puis BASTIEN,
puis PAILLARDIN
Pinglet, un énorme cigare à la bouche, il porte le sac de Marcelle. — Dans un instant ! Il est à nous dans un instant !… Ah ! je crois que nous sommes tombés dans un hôtel bien tranquille !…
Marcelle, regardant alentour.— Mais il est horrible, votre hôtel !… Où avez-vous été le dénicher ?
Pinglet. — Évidemment, il n’a pas d’œil ! mais c’est juste ce qu’il nous faut. Dans un hôtel chic, nous risquions d’être reconnus ! tandis qu’ici ce serait bien la guigne si nous rencontrions quelqu’un de connaissance !…
Marcelle. — C’est juste !…
Paillardin, éternuant. — Atchoum !
Pinglet, en manière de plaisanterie. — Dieu vous bénisse !
Paillardin, se découvrant. — Merci !
Pinglet. — Pas de quoi ! (À Marcelle, très tendre.) Et puis, qu’importe l’hôtel… il me paraît beau, puisqu’il me réunit à vous !… (Changeant de ton.) Pristi ! que ça sent le plomb, ici !… Ah ! voilà le garçon.
Paillardin entre dans le cabinet du fond. Nuit.
Bastien. — Me voici aux ordres de monsieur !… (Très aimable.) Je vois ce qu’il faut à monsieur : un petit nid charmant où la jolie madame sera très bien !… Elle est bien mignonne, monsieur, bien mignonne !
Pinglet. — Garçon ! en voilà des familiarités ! D’abord, madame est ma femme !
Bastien, avec assurance. — Non !
Pinglet. — Si !
Bastien. — Non !
Pinglet. — Si !
Bastien. — Non ! C’est monsieur qui porte les paquets.
Pinglet, à part. — Comme il est physionomiste. (Haut.) Dites-moi, avez-vous quelque chose à cet étage-ci ?
Bastien, désignant à gauche. — Oui, monsieur ! Le 10… C’est dans cette chambre que la princesse héritière de Pologne est venue faire son voyage de noces avec son premier chambellan !
Pinglet. — Oh ! parfait !… (À Marcelle.) Vous voyez, c’est dans cette chambre que la princesse héritière de Pologne… Vous voyez qu’on reçoit des gens très bien.
Bastien, un bougeoir allumé à la main. — Voilà, monsieur ! vous serez on ne peut mieux. (Ils entrent à gauche.) La chambre et confortable !… Vous avez là un cabinet attenant à la pièce… ce qui est une chose très appréciable !
Pinglet. — C’est très bien !… Je prends cette chambre…
Bastien. — Bien, monsieur !…
Il allume les bougies des flambeaux.
Pinglet, oubliant la présence de Bastien. — Marcelle !
Marcelle, vivement et bas. — Chut ! le garçon !
Pinglet. — Oui !… (Embarras des trois personnages.) C’est bien, garçon, je prends la chambre !…
Bastien. — Voilà !… Bonsoir, monsieur, madame !…
Pinglet. — Bonsoir, garçon !
Bastien sort.
Pinglet, à Marcelle, voulant la prendre dans ses bras. — Marcelle !
Bastien, rentrant vivement. — Voici la clef, monsieur !… Tous mes souhaits, monsieur !…
Il passe sur le palier.
Bastien, à Paillardin. — Monsieur sort ?
Paillardin, donnant son bougeoir à Bastien. — Oui ! Il est encore trop tôt pour que je me couche !… Je vais jusqu’au café voisin boire un bock… Je reviendrai dans une demi-heure.
Il remonte.
Bastien. — Bien, monsieur. Monsieur retrouvera là son bougeoir !