‹ L’Hôtel du libre échangeChapitre 25 sur 59 · Scène V

Scène V

PINGLET, MARCELLE, puis BASTIEN,
puis PAILLARDIN

Pinglet, un énorme cigare à la bouche, il porte le sac de Marcelle. — Dans un instant ! Il est à nous dans un instant !… Ah ! je crois que nous sommes tombés dans un hôtel bien tranquille !…

Marcelle, regardant alentour.— Mais il est horrible, votre hôtel !… Où avez-vous été le dénicher ?

Pinglet. — Évidemment, il n’a pas d’œil ! mais c’est juste ce qu’il nous faut. Dans un hôtel chic, nous risquions d’être reconnus ! tandis qu’ici ce serait bien la guigne si nous rencontrions quelqu’un de connaissance !…

Marcelle. — C’est juste !…

Paillardin, éternuant. — Atchoum !

Pinglet, en manière de plaisanterie. — Dieu vous bénisse !

Paillardin, se découvrant. — Merci !

Pinglet. — Pas de quoi ! (À Marcelle, très tendre.) Et puis, qu’importe l’hôtel… il me paraît beau, puisqu’il me réunit à vous !… (Changeant de ton.) Pristi ! que ça sent le plomb, ici !… Ah ! voilà le garçon.

Paillardin entre dans le cabinet du fond. Nuit.

Bastien. — Me voici aux ordres de monsieur !… (Très aimable.) Je vois ce qu’il faut à monsieur : un petit nid charmant où la jolie madame sera très bien !… Elle est bien mignonne, monsieur, bien mignonne !

Pinglet. — Garçon ! en voilà des familiarités ! D’abord, madame est ma femme !

Bastien, avec assurance. — Non !

Pinglet. — Si !

Bastien. — Non !

Pinglet. — Si !

Bastien. — Non ! C’est monsieur qui porte les paquets.

Pinglet, à part. — Comme il est physionomiste. (Haut.) Dites-moi, avez-vous quelque chose à cet étage-ci ?

Bastien, désignant à gauche. — Oui, monsieur ! Le 10… C’est dans cette chambre que la princesse héritière de Pologne est venue faire son voyage de noces avec son premier chambellan !

Pinglet. — Oh ! parfait !… (À Marcelle.) Vous voyez, c’est dans cette chambre que la princesse héritière de Pologne… Vous voyez qu’on reçoit des gens très bien.

Bastien, un bougeoir allumé à la main. — Voilà, monsieur ! vous serez on ne peut mieux. (Ils entrent à gauche.) La chambre et confortable !… Vous avez là un cabinet attenant à la pièce… ce qui est une chose très appréciable !

Pinglet. — C’est très bien !… Je prends cette chambre…

Bastien. — Bien, monsieur !…

Il allume les bougies des flambeaux.

Pinglet, oubliant la présence de Bastien. — Marcelle !

Marcelle, vivement et bas. — Chut ! le garçon !

Pinglet. — Oui !… (Embarras des trois personnages.) C’est bien, garçon, je prends la chambre !…

Bastien. — Voilà !… Bonsoir, monsieur, madame !…

Pinglet. — Bonsoir, garçon !

Bastien sort.

Pinglet, à Marcelle, voulant la prendre dans ses bras. — Marcelle !

Bastien, rentrant vivement. — Voici la clef, monsieur !… Tous mes souhaits, monsieur !…

Il passe sur le palier.

Bastien, à Paillardin. — Monsieur sort ?

Paillardin, donnant son bougeoir à Bastien. — Oui ! Il est encore trop tôt pour que je me couche !… Je vais jusqu’au café voisin boire un bock… Je reviendrai dans une demi-heure.

Il remonte.

Bastien. — Bien, monsieur. Monsieur retrouvera là son bougeoir !

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