‹ Livre d’images sans imagesChapitre 15 sur 34 · QUATORZIÈME SOIRÉE.

QUATORZIÈME SOIRÉE.

La Lune me raconta ce qui suit : « Près du chemin, dans la forêt, il y a deux petites chaumières dont les portes sont basses et où les fenêtres se trouvent, soit tout près du toit, soit tout près du sol ; tout à l’entour poussent des aubépines blanches et des vinetiers. Le toit est couvert de mousse, de fleurs jaunes et de joubarbes. Des choux et des pommes de terre sont les seules productions du jardin, mais la haie est ornée d’un syringa en fleurs ; au-dessous de cet arbre était assise une petite fille qui tenait ses yeux bruns fixés sur un vieux chêne, placé entre les deux chaumières. Il ne restait de cet arbre qu’un vieux tronc presque mort, dont on avait coupé le sommet ; une cigogne y avait bâti son nid, elle s’y tenait debout en craquetant. Un petit garçon accourut et se mit à côté de la petite fille, sa sœur.

« Qu’est-ce que tu regardes ? lui demanda-t-il.

« — Je regarde la cigogne, répondit-elle. Notre voisine m’a dit que la cigogne va nous apporter aujourd’hui ou un petit frère ou une petite sœur ; fais attention maintenant pour voir quand elle arrivera.

« — La cigogne n’apportera rien ; rapporte-t’en à moi ; la voisine me l’a dit aussi ; mais elle riait en me parlant ; c’est pourquoi je lui ai demandé si elle pourrait l’assurer, en disant : par Dieu ! Mais elle n’a jamais osé le dire, et j’ai bien vu par là que cette histoire des cigognes n’est pas vraie et que ce n’est qu’aux petits enfants qu’on en fait accroire comme ça.

« — Mais d’où viendraient donc les petits enfants ? demanda la petite fille.

« — Le bon Dieu nous les apporte sous son manteau, et, puisque personne ne peut voir le bon Dieu, nous ne nous en apercevons pas, quand il nous en apporte. »

« Dans ce moment même, un bruit se fit entendre dans les branches du syringa ; les enfants joignirent les mains et se regardèrent ; c’était assurément le bon Dieu qui apportait un petit enfant. La petite fille saisit son frère par la main, la porte de la maison s’ouvrit et la voisine parut sur le seuil. « Entrez maintenant ! dit-elle, voyez ce que la cigogne vous a apporté ; c’est un petit frère. » Les enfants se firent un signe d’intelligence, car ils savaient déjà pour sûr que le petit frère était arrivé. »