‹ Livre d’images sans imagesChapitre 9 sur 34 · HUITIÈME SOIRÉE.

HUITIÈME SOIRÉE.

De lourds nuages obscurcissaient le ciel ; la Lune ne parut point ; je me tenais à la fenêtre de ma petite mansarde, me sentant d’autant plus isolé que je regardais au ciel, sans trouver la Lune qui aurait dû y paraître. Mes pensées allaient au loin ; elles montaient jusqu’auprès de mon amie qui, tous les soirs, me racontait de si jolies histoires et me montrait de si belles images. Ah ! que de choses la Lune n’a-t-elle pas vues depuis qu’elle fut créée ! Ses rayons ont glissé sur les eaux du déluge ; du même doux sourire qu’elle me prodigue si souvent, elle salua, du haut du firmament, l’arche de Noé, et apporta à ses habitants la consolante nouvelle que bientôt la terre allait reparaître avec sa fraîche verdure. Lorsque le peuple d’Israël était assis auprès des fleuves de Babylone et pleurait, la Lune regarda avec tristesse les saules où étaient pendues leurs harpes. Lorsque Roméo escalada le balcon de Juliette, et qu’un baiser, prémices de leur amour, monta, sur les ailes d’un ange, vers le ciel, la pleine Lune, à demi cachée par les sombres cyprès, brillait suspendue à la voûte azurée. La Lune a vu le héros à Sainte-Hélène, lorsque, du haut de son rocher solitaire, il laissait errer ses regards sur le vaste Océan, pendant que de grandes pensées agitaient son âme. Ah ! que de choses la Lune ne peut-elle pas nous raconter ! Le monde est pour elle un livre rempli de contes fantastiques.

Vieille amie, je ne te verrai donc pas aujourd’hui ! Je n’ai donc pas aujourd’hui d’images à dessiner dans mon livre, comme souvenir de ta visite ! Pendant que, dans mes rêveries, je regardais les nuages, le ciel se rasséréna ; un seul rayon fugitif de la Lune passa devant moi ; de sombres nuages la cachèrent aussitôt : mais ma vieille amie avait du moins voulu m’envoyer son salut amical.