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Chapitre 9

Naïvetés d’un artiste. – « Tourne, Mondet ! » – Expérience médicale de ma mère. – La santé des enfants. – Plaisanteries de mon frère Gaston sur l’homéopathie. – Enthousiasmes enfantins. – La fée rageuse. – Primeurs littéraires. – Souvenirs racontés par une mère. – Le chien enragé. – M. Pupusse. – Le maire-pacha. – Ravissement tristement expliqué. – La tourelle hantée. – Grâce obtenue. – Une extase de Louise Lateau.

Un des assidus au logis était M. Sivel, jeune artiste que Gaston avait connu à l’atelier de Paul Delaroche et qui, fort pauvre et dénué de famille, était heureux de trouver chez mon excellente mère un accueil véritablement amical et des commandes fréquentes de copies, genre pour lequel il montrait un talent remarquable. Du reste, quand il s’agissait de faire un tableau original, cela dépassait les moyens du pauvre garçon, qui était non seulement candide, mais de plus un peu bêta. Nous le vîmes arriver une fois avec une composition qu’il voulait nous soumettre. Le sujet semblait facile et beau à traiter : « Saint Jean l’Évangéliste inspiré… » L’infortuné Sivel avait eu l’idée baroque de mettre le bon saint à cheval sur un aigle gigantesque, et cela d’une façon essentiellement comique. Je ne crois pas que cette toile étrange ait trouvé d’amateur. M. Sivel était d’une crédulité extraordinaire et croyait aveuglément toutes les bourdes que lui débitaient les mauvais plaisants du logis. C’est ainsi qu’il s’instruisit d’une façon bizarre de cette partie de l’histoire romaine où il est parlé des Triumvirs. On lui affirma qu’il y en avait quatre et il le crut sans broncher. Il nous raconta un jour qu’il venait de faire un tableau pour le compte de la ville de Rouen, laquelle le lui payait en lui donnant, nous dit-il, « mille francs de rente viagère ». Comme nous admirions la générosité de la cité normande : « Oh ! mais, ce n’est payable que pendant un an », observa-t-il d’un air pensif. Il fréquentait les cours de musique Chevé et nous dit à ce propos qu’il avait une voix parcourant trois octaves et demie.

« Quelle étendue ! nous écriâmes-nous ; c’est superbe ! c’est très rare…

— Ah ! il faut vous dire qu’il me manque des notes au milieu », riposta-t-il de son ton monotone et naïf. Cela nous fit tous pouffer de rire, mais en nous cachant, car ma mère était inexorable pour les moqueries pouvant peiner les pauvres et les délaissés.

Lorsqu’elle était à Paris, sa grande charité aimait à donner avec discernement, mais sans nuire à la générosité.

Notre excellent pharmacien M. Mondet, dont la bonté pour les pauvres était à la fois dévouée et judicieuse, l’avait mise en garde contre les plaignards et les vagabonds, car il savait par expérience combien il était important de ne donner largement qu’après avoir pris des informations sérieuses. Il racontait à ce propos à ma mère, qu’ému par l’aspect misérable et les plaintes navrantes d’un mendiant, il lui donna immédiatement cinq francs. Ayant pris son adresse pour l’assister avec suite, il se hâta de se rendre chez ce malheureux, lequel demeurait à un cinquième étage. Tout en gravissant péniblement les dernières marches, M. Mondet fut surpris d’entendre des voix railleuses et gaies dire à maintes reprises : « Tourne, Mondet ! tourne Mondet ! » – Que signifiaient ces mots et pourquoi son nom était-il mêlé à des rires répétés ? En regardant à travers les fentes de la porte délabrée qu’il allait ouvrir, il eut immédiatement l’explication de cette énigme.

Un dindon à la broche, évidemment acheté avec les cinq francs donnés par M. Mondet, était en train de prendre une teinte dorée que de joyeux convives admiraient en attendant l’heure de le déguster. Les mauvais garnements charmaient leur attente en répétant en chœur le « tourne, Mondet » qui avait intrigué le visiteur… Ils poussaient l’irrévérence jusqu’à nommer ainsi l’animal acheté par eux, grâce à l’aveugle charité de leur bienfaiteur, déjà connu d’eux. M. Mondet, éclairé sur leur compte, s’abstint de faire sa visite. Il retourna chez lui, bien résolu à ne rien donner désormais avant d’être renseigné sur les quémandeurs.

On a dû remarquer dans les ouvrages de ma mère qu’elle aimait à railler gaiement les médecins. Elle n’en était pas moins une adepte fervente dans l’art de guérir et ne faisait jamais un pas sans être munie de sa pharmacie et des médicaments les plus nécessaires. Les pauvres le savaient et recouraient sans cesse à elle pour se faire soigner, droguer et guérir gratis. Elle a écrit un livre excellent intitulé La santé des enfants, qui devrait être dans les mains de toutes les jeunes mères. Je sais que, pour ma part, cet ouvrage m’a permis de soigner à temps ma fille aînée enfant, menacée d’avoir des convulsions et de la préserver de cette terrible épreuve. Ma mère pratiquait à la fois l’allopathie et l’homéopathie. Cette dernière forme de la médecine avait remis sa santé longtemps détruite et elle la prônait avec enthousiasme. Gaston aimait fort la taquiner sur ce sujet et il eut beau jeu un certain été où ma mère, ayant traité une femme pour son mal d’estomac, vit une tympanite succéder à l’indisposition première. Il fallait voir la consternation et la mine lugubre de ma pauvre mère, n’ayant pas la force de répondre à son fils. Il fallait, par contre, voir la figure inquiète de la malade et entendre ses questions plaintives, accueillies par nos réflexions et nos rires involontaires ! Il va sans dire que la tympanite passa, mais maman en garda un souvenir ineffaçable et n’aimait pas ce sujet de conversation.

Je me souviens encore de sa figure scandalisée en entendant mon frère nous déclarer qu’un globule jeté dans la Seine à l’entrée de Paris devait, à la sortie de la grande ville, avoir une vertu curative suffisante et était passé à l’état de mixture !

Les enfants étaient généralement enthousiastes des œuvres de ma mère. Que dirai-je donc du ravissement éprouvé par les petits-fils et les petites-filles de la spirituelle conteuse !

L’une de ces dernières, vive et alerte, s’amusait parfois à terroriser sa plus jeune sœur et s’en faisait obéir en lui déclarant qu’elle était « la fée rageuse » (personnage des Nouveaux contes de fée) et en la menaçant de la changer en crapaud ! Ces petits lecteurs-là étaient, bien entendu, servis les premiers et même lisaient parfois les manuscrits de l’auteur avant même que le libraire les reçût. Les lettres de ma mère m’en parlent et constatent avec satisfaction le bon effet de cette primeur littéraire. La charmante Camille était l’une des plus favorisées et pleura la première sur les épreuves subies par le Pauvre Blaise.

La mémoire prodigieuse de ma mère était inépuisable et je lui dois bien des récits curieux de toute espèce, tant sur la société que sur nos familles. Un des plus intéressants se rattache à mon grand-père Ségur, alors qu’il était jeune officier.

Le brillant militaire avait un magnifique chien qu’il aimait fort et dont il était idolâtré. Il le laissait coucher au pied de son lit ; la sagesse et la tranquillité du bon animal le maintenant immobile, tant qu’il voyait son maître dormir. Mais une nuit, le jeune officier fut réveillé en sursaut par le chien qui grattait fiévreusement la couverture. Il l’interpella avec humeur et se rendormit… Son sommeil fut vite troublé de nouveau par une agitation plus prononcée de l’animal. Mon grand-père, impatienté, sortit brusquement une main de son lit et la levait pour châtier le coupable… Soudain, il la laissa retomber sans force à ses côtés et resta saisi de terreur en apercevant son chien aux faibles lueurs du jour naissant. Une bave épaisse découlait de sa gueule et ses yeux flamboyants avaient une expression à la fois sauvage et sinistre !…

La pauvre bête se pencha sur la main de son maître et se mit à la lécher… Mon grand-père, inquiet de cette caresse dangereuse, vu l’état de son chien, fut épouvanté en remarquant une écorchure sur l’endroit que touchait parfois la langue de l’animal. Il voulut retirer la main, mais celui-ci gronda si férocement que le pauvre jeune homme dut se résigner à rester immobile, frissonnant à chaque attouchement nouveau… Heureusement pour lui, son valet de chambre, qui entrait toujours chez lui au lever du jour, parut bientôt. Le chien en voyant la porte s’ouvrir s’élança au dehors comme un fou et disparut en un clin d’œil. Jamais, depuis, il ne revint au logis.

« Je suis perdu ! se dit mon grand-père. L’animal est enragé et m’a communiqué son mal. Une espérance me reste. Il y a ce soir un repas de corps. Je vais amener la conversation sur la rage et demander au major du régiment si la bave touchant une écorchure comme la mienne est capable de communiquer le virus. La réponse qui me sera faite m’éclaircira et me dira si j’ai encore des chances de vivre. »

Pendant le dîner, en effet, l’officier parla peu à peu de ce qui le préoccupait et finit par interroger, avec une feinte indifférence, le chirurgien militaire.

La réponse fut nette et terrifiante. La bave était un poison mortel, surtout lorsqu’elle touchait un endroit écorché.

« Comment ! reprit le jeune homme, en affectant le doute et la gaieté ; un bobo comme celui-ci serait donc suffisant pour communiquer la rage ?

— Certes, oui ! répliqua péremptoirement le major, après avoir examiné l’écorchure ; il n’en faut pas plus pour inoculer le virus. »

« Je suis perdu ! se redit le jeune officier consterné de cet arrêt. Et cette fois, il ne me reste aucun espoir. »

Convaincu de sa fin terrible et imminente, l’infortuné rentra chez lui, mit ordre à ses affaires et attendit le moment fatal.

Au bout de quelques jours, il sentit une contraction à la gorge, l’empêchant de rien avaler.

« C’est la fin ! » pensa-t-il.

Il se coucha, anxieux, accablé. Le sommeil s’empara de lui. Il dormit vingt-quatre heures de suite et se réveilla, stupéfait de se sentir frais et dispos ; tout symptôme menaçant avait disparu ! Il raconta plus tard cette aventure à ma mère, qui me la redit à son tour.

Les types adaptés par la verve littéraire de maman à ses charmants ouvrages n’étaient parfois que reproduits en partie. Elle a délicieusement crayonné M. Pupusse (Dans Comédies et proverbes) qui fleurissait jadis à Aube, mais elle m’en a laissé suffisamment pour reproduire ses cocasseries amusantes dans un de mes livres. Ce brave homme, qui fut quelque temps homme d’affaires de mon père, eut alors maille à partir avec le garde et il écrivit à ce sujet une lettre désopilante, déclarant, avec une emphase indignée, avoir reçu une mornifle de son adversaire ! C’est, paraît-il, une sorte de bourrade qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un soufflet. M. Pupusse fut, comme l’indique ma mère, adjoint d’un maire dont le souvenir essentiellement autoritaire est resté vivace dans son village. Ce dernier prenait ses fonctions municipales au sérieux, voire même au tragique. Aussi, lors du passage du prince Louis-Napoléon en Normandie, eut-il grand-peine à maintenir parmi ses administrés l’immobilité absolue qu’il exigeait d’eux. Rangés par lui sur la grande route comme des capucins de carte, ces infortunés furent condamnés à rester sans bouger jusqu’après le passage du président. La première heure, cela allait bien, mais la fatigue se mit de la partie et, l’ennui aidant, la haie montra des tendances inquiétantes à se débander et à rompre le rang. Le maire, inquiet et irrité, courait de gauche à droite, rétablissant le coup d’œil, poussant les uns, tirant les autres et criant d’une voix formidable : « Ne bougez pas, j’ai droit de vie et de mort sur vous ! » Où avait-il pris cela, on l’ignore, car le code est, je crois, muet sur le privilège municipal consistant à supprimer les gens dangereux. Généralement, c’est la cour d’assises qui a ce monopole. Les bonnes gens, ne sachant à quoi s’en tenir à cet égard, crurent leur terrible maire et redevinrent immobiles, résignés et piteux.

Un souvenir sur mon frère, omis par moi, sur son séjour à Saint-Sulpice. Un séminariste de sa connaissance eut un jour une série d’émotions dont voici le pourquoi. Ce brave garçon, fort dénué, étant sorti un matin, se vit accosté par un pauvre. Il lui répondit avec désolation qu’il était sans argent ; le mendiant insista pour obtenir une aumône.

« Mais je n’ai rien, rien ! » répétait tristement le séminariste en fouillant machinalement dans ses poches…

Tout à coup sa figure s’altère ; une expression de surprise et de ravissement s’y peint, et le mendiant, stupéfait à son tour, reçoit une bourse que venait de trouver sur lui le jeune prêtre.

« C’est un miracle, se disait tout bas ce dernier très ému… Oh ! quelle grâce… quelle joie… »

Plein de son heureuse émotion, il retourne dans sa cellule, mais là il trouve un de ses voisins de chambrette.

« X…, dit-il à l’arrivant, on s’est trompé en vous portant ma culotte à la place de la vôtre ; rendez-la-moi vite ; j’y avais laissé ma bourse. »

Hélas ! quelle piteuse découverte ! Quelle désagréable explication elle amena et quelle restitution lente et laborieuse en fut la suite ! La mine recueillie et radieuse avait vite disparu pour être remplacée par une horrible grimace devant cette explication réaliste !

Je veux raconter ici une aventure extraordinaire arrivée à l’un des amis de mon frère, prélat non moins distingué que lui par ses vertus que par ses brillantes qualités. J’en tairai seulement le nom, par une discrétion facile à comprendre.

Alors qu’il était simple abbé, Mgr de X… fit un héritage en commun avec son frère. Il lui échut pour sa part une propriété au centre de la France, sur laquelle subsistaient encore les ruines imposantes d’un vieux château.

L’abbé se rendit dans sa terre pour la voir et en prendre possession. Il fut surpris, en y arrivant, de voir que l’homme d’affaires l’installait dans son propre logis.

« Mais, observa-t-il, je ne veux certes pas prendre votre appartement ; pourquoi n’irais-je pas dans cette tourelle à côté qui me paraît encore fort habitable ?

— Elle est en très bon état, en effet, répondit avec hésitation l’intendant ; mais, monsieur l’abbé…

— Mais ? répéta le prêtre, voyant qu’il n’achevait pas et qu’il paraissait troublé.

— Mais, acheva le brave homme en baissant la voix, il y revient ! »

« Il y revient ! » Cette naïve expression populaire signifie un endroit hanté.

L’ecclésiastique, ferme et courageux s’il en fut, haussa les épaules.

« Allons donc ! s’écria-t-il ; une conscience tranquille ne doit rien craindre. Je vais m’installer dans la tourelle. »

Ainsi dit, ainsi fait. Le soir venu, l’abbé, malgré les supplications de l’homme d’affaires épouvanté, se rendit dans la chambre très convenablement meublée où « il revenait ! ».

Lorsqu’il fut seul, il examina tranquillement, avec le plus grand soin, cette fameuse pièce. Les murs en étaient formidablement épais. La chambre hantée, vaste et circulaire, était la seule à cet étage et avait un cabinet sans fenêtre dont l’unique porte donnait dans l’appartement ; cette petite pièce ne renfermait aucun meuble.

Après avoir fait sa prière, le prêtre se déshabilla et se mit au lit, fort calme et n’appréhendant quoi que ce soit.

À peine eut-il éteint sa bougie que des coups distincts, semblant frappés par une main sur la muraille, retentirent dans la pièce à côté.

L’abbé, très surpris, ralluma promptement le flambeau et alla dans le cabinet où le bruit s’était fait entendre…

Rien ! personne !…

Le prêtre heurta les murs de tous côtés, pour s’assurer si quelque ouverture n’existait pas… Mais non ! les murs, énormes, étaient pleins.

L’ecclésiastique revint dans sa chambre et se coucha, n’ayant rien perdu de son énergie et de sa tranquillité. Il éteignit de nouveau sa lumière… À peine l’obscurité était-elle revenue que les bruits recommencèrent avec la même force.

Nouvelle visite du prêtre dans la pièce hantée. Armé de sa bougie, il examina avec plus d’attention que jamais ce réduit dénudé d’où se produisaient ces bruits inexplicables.

Toujours rien ! toujours personne !…

L’abbé, devenu soucieux, se remit cependant au lit et ne se décida qu’après une certaine hésitation à souffler sa bougie pour la troisième fois.

Laissons-le parler.

« Alors, dit-il à mon frère, je sentis devant ma figure comme un souffle accentué, semblant produit par une main qui se serait déplacée rapidement… Je vous l’avoue, j’eus une peur de chien ! Je me mis sur mon séant et je dis alors à haute voix : “Si c’est une âme en peine qui veut des prières, je lui promets de célébrer trois messes à son intention…”

« Puis, ajouta simplement le courageux ecclésiastique, j’écoutai, j’attendis, mais tout resta paisible. Je m’endormis tranquillement et je tins immédiatement ma promesse. La tourelle fut, dès lors, délivrée de ses effrayantes manifestations, à la grande joie du régisseur qui ne revenait pas de sa surprise en me voyant apparaître le lendemain sain et sauf. »

Telle est l’histoire mystérieuse arrivée à Mgr de X…, racontée par lui à mon frère qui me l’a redite ; bien d’autres récits véridiques et terribles pourraient être faits sur ce sujet-là. Le surnaturel a beau être nié, il existe !… À ce propos, j’ai hésité jusqu’ici à raconter un fait personnel ; sans rien vouloir préjuger, sans pouvoir rien expliquer, je vais dire purement et simplement ce qui m’est arrivé quelques mois après la mort de mon vénéré frère.

Il avait demandé que son cœur reposât près de celui de ma mère dans la chapelle de la Visitation, rue de Vaugirard, couvent où était ma sœur Sabine ; il fut fait suivant son désir et l’on recueillit alors pieusement le sang qui avait coulé de l’ouverture faite pour retirer ce cœur si bon, si aimant et si dévoué à l’Église. On avait fait toucher au cœur de mon frère des médailles, des images et des chapelets. Un drap avait été également imprégné de ce sang. J’eus le bonheur de recevoir une partie de ces précieux souvenirs. Je mis les médailles dans deux petites boîtes et les gardai à part, dans un meuble d’ébène (secrétaire-bureau) dont le couvercle, d’une pesanteur extrême, s’ouvre en s’abaissant.

Lorsque, réinstallée à la campagne, je fis mes préparatifs de retour à Paris, je voulus ouvrir un tiroir dans le bas de ce meuble et m’agenouillai à cet effet, sans songer que le couvercle supérieur n’était pas refermé à clef. Cette masse tomba sur ma tête de tout le poids de sa terrible lourdeur ! Le coup fut si affreux que ma femme de chambre courut épouvantée chez ma fille, criant : de l’arnica ! de l’arnica !

Je me relevai péniblement ; je sentais une douleur violente à l’endroit blessé, mais je cherchai vainement le médicament qui m’était nécessaire.

Je me souvins alors que je tenais à la main les deux boîtes contenant les médailles ayant touché le cœur de mon bon frère, et instinctivement je les posai sur mon mal comme le remède voulu… À l’instant, la douleur disparut. Dans la journée, ne pouvant revenir de ma stupeur à la suite de ce résultat foudroyant, je palpai à plusieurs reprises l’endroit où j’avais été si cruellement blessée, le matin… Rien ! aucune meurtrissure ! nulle grosseur ! pas la moindre douleur, pas la moindre trace de ce grave accident, alors que le plus petit choc me laisse toujours souffrante et meurtrie pendant plusieurs jours.

Je n’ajoute rien à ce fait, sinon que j’en ai été profondément émue ! Le souvenir en est gravé dans mon cœur comme dans ma mémoire.

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