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Chapitre 5

Blanche songeait, seule dans sa grande chambre, haute de plafond, bien aménagée, une de ces chambres de jeunes mariées où le luxe moderne a dit son dernier mot. Elle avait congédié sa femme de chambre, rouvert la fenêtre fermée, approché une petite causeuse où l’on pouvait, à la rigueur, s’asseoir deux, et, ces préparatifs terminés, elle s’était assise en face du jardin, en face de la nuit étoilée, où la lune, à demi pleine, glissait de discrètes clartés.

L’âme de la jeune femme était pleine de pensées douloureuses, dont quelques-unes, de plus, étaient désagréables. Nul n’ignore combien les pensées désagréables sont plus difficiles à porter que les chagrins. On se fait un devoir de subir ceux-ci avec dignité, mais que faire contre une idée, un souvenir qui vous harcèle ? L’entretien que Blanche avait eu avec son amie avait laissé dans ses oreilles quelques-unes de ces notes discordantes qu’elle eût voulu ne pas entendre, et qui persistaient à résonner quoi qu’elle fît.

Reconnaissant l’inutilité de ses efforts pour chasser cette impression à l’aide d’autres plus souriantes, madame de Dreux se laissa aller à un courant d’idées assez puissant pour noyer tout le reste, assez familier pour qu’elle n’eût qu’à s’y laisser glisser sans secousse.

C’était dans cette même chambre que, deux ans auparavant, s’était terminé son voyage de noces. C’est là qu’en un rêve de félicité, elle avait vu, à genoux devant elle, son mari conquis par elle sur la mauvaise volonté des siens, doté par elle de tous les biens que procure la fortune, ce mari, qui lui devait tous les bonheurs, et auquel, comme dernière offrande, elle donnait sa beauté, son esprit et sa grâce timide de jeune fille, qui allait se transformer, plus touchante encore, en une sérénité radieuse de femme aimée. La chambre nuptiale était fraîche comme alors, le jardin, la nuit, tout retraçait les mêmes images, rappelait les mêmes pensées… Blanche regarda au dehors, et laissa couler sur ses doigts des larmes chaudes et lentes, arrachées à son cœur par une indicible torture… Depuis six mois, Guy n’avait pas franchi le seuil de cette chambre.

Tous les matins, au déjeuner qui les réunissait, il baisait le front et les mains de sa femme ; tout le jour, il se montrait empressé, galant même… Mais la douce vie intime qui avait fait de l’âme de Blanche une sorte de temple où elle adorait son bonheur, cette vie avait disparu, comme un songe, comme un nuage dans le ciel, comme le parfum d’une rose.

Ce qui faisait couler ces larmes, ce qui désolait la jeune femme, c’était moins la pensée même de son abandon, que le jugement qu’elle craignait de devoir porter un jour sur son mari.

— Eh quoi ! se disait-elle parfois, lui suis-je devenue indifférente ? ou bien croit-il avoir assez payé ma tendresse par un an et demi d’amour ? Je lui ai donné toute ma vie, m’aurait-il seulement prêté la sienne ?

Ces réflexions ne s’étaient point présentées tout d’un coup à l’esprit de Blanche ; elles avaient fait peu à peu leur chemin dans son âme : vague inquiétude d’abord, ensuite effroi, puis certitude d’être délaissée… En de telles circonstances, que peut dire une femme à son mari ? L’exquise pudeur de Blanche la faisait rougir à la seule pensée d’interroger Guy sur sa conduite.

La naissance de son enfant l’avait distraite pour un temps de tout ce qui n’était pas lui ou elle-même ; mais lorsqu’elle avait vu le temps s’écouler, et Guy continuer à lui témoigner la même tendresse banale et officielle, un aiguillon caché l’avait blessée… non celui de la jalousie, car elle ignorait encore trop de choses pour se supposer une rivale, mais celui de l’humilité souffrante : – Je lui déplais, s’était-elle dit. Je lui aurai déplu sans le savoir, et voilà mon bonheur terminé pour jamais !

Blanche était trop fière pour s’ouvrir à personne de ce qui faisait son chagrin : une mère l’eût devinée ; elle n’avait pas de mère. Elle garda donc ses inquiétudes pour elle seule, les tournant et les retournant, parfois avec de subits retours d’espérance, le plus souvent avec la persistance aveugle du désespoir.

Les confidences de Madeline, l’idée d’une entière communauté dans les goûts et les impressions, donnaient ce soir-là plus d’acuité aux peines de madame de Dreux. Dans les premiers temps de son mariage, elle avait fait part à Guy de tout ce qui lui passait par l’esprit, avec cette confiance craintive des jeunes mariées, qui ont peur de déplaire ; il avait accueilli ces épanchements avec une grâce parfaite, souriant à ce qui lui paraissait un enfantillage, acceptant sans discuter les aphorismes ingénus de cette sagesse encore toute neuve ; mais ces entretiens, où l’on pénètre insensiblement dans l’esprit l’un de l’autre, où l’on apprend à se connaître, où l’amour change de forme, et, d’un premier éblouissement des sens devient une tendresse absolue, qui domine tout, Blanche ne les avait pas connus. Ses causeries avec son mari, durant la lune de miel, sur ce même petit canapé, roulaient principalement sur leurs amis, le monde qui les entourait, leurs projets de voyage ou de villégiature, toutes choses purement extérieures. Comment Blanche ne s’en était-elle jamais aperçue ? Comment avait-elle pu si longtemps prendre un tel alliage pour de l’or pur ? Son bonheur à côté de celui de Madeline n’était plus qu’une ombre, une chimère. Ah ! pour vivre aux côtés de Guy comme son amie vivait auprès de Gérard, que n’eût-elle pas donné ?

Étouffant un sanglot, elle songea à la grande joie, à la grande consolation de sa vie, à son fils. L’enfant la chérissait. Certes elle serait bonne mère et saurait trouver dans les progrès de cette petite âme des compensations à tout ce qui lui échappait maintenant ! Mais cet enfant adoré commençait à peine à sourire. Combien de temps faudrait-il pour qu’il fût en état de sentir que sa mère avait besoin de son affection et méritait sa reconnaissance ? Et d’ailleurs, d’autres mères, heureuses, celles-là, avaient à la fois l’amour de l’époux et celui de l’enfant… Que faisait Guy pendant ces longues journées où il la laissait seule, où elle sortait parfois, recevait des visites sans qu’il s’en inquiétât ? Était-il possible que ses chevaux l’occupassent ainsi tout le jour ? Il allait souvent à Paris, pour ses affaires, disait-il ; quelles affaires ?

Blanche souleva et tira de son pupitre un papier froissé, couvert de ratures : c’était le brouillon du fameux discours prononcé par son mari à l’ouverture de l’Exposition. Entrée par hasard dans le fumoir où Guy faisait sa correspondance, elle y avait trouvé, deux ou trois jours auparavant, le papier raturé, et s’en était emparée comme d’une relique. Dans son isolement, tout ce qui venait du cher ingrat lui paraissait précieux. Elle avait lu ce brouillon, sans s’arrêter aux ratures, et en entendant son mari le réciter la veille, elle s’était étonnée qu’il se fût donné tant de peine pour si peu de chose. Le discours ne lui avait pas paru très bon ; poussée à la curiosité par sa conversation avec Madeline, elle le relut lentement, cherchant à démêler sous les ratures les hésitations de la pensée, soit qu’elle flottât dans l’incertain, soit que les mots lui fissent défaut pour s’exprimer.

Bien n’est plus traître qu’un brouillon ; il n’existe pas d’arme plus dangereuse à laisser derrière soi, et personne n’y prend garde. C’est dans le brouillon que se retrouve l’humeur franche ou cauteleuse, la décision rapide ou l’incertitude hésitante. C’est dans les surcharges, les mots effacés, puis remis, que votre ennemi lira les fluctuations de votre volonté. C’est là qu’il saura quel est le côté faible par lequel il peut vous attaquer.

Éclairée par la conversation qu’elle avait eue avec Madeline, Blanche découvrit dans ce chiffon de papier bien des choses dont elle avait l’intuition vague, mais qu’elle n’avait jamais formulées d’une façon distincte. Les phrases étaient courtes, essoufflées, sans cohésion ; les expressions banales et redondantes venaient à plusieurs reprises, éliminées ensuite à la correction. Ce discours écrit était à peine supportable ; habilement prononcé, il devait sembler éloquent. Blanche resta consternée.

— Mon Dieu ! se dit-elle, il sait à peine le français ! Qu’est-ce qu’ils lui ont donc enseigné au lycée ? Il parle si bien, ou du moins, cela semble si bien… Mais il ne parle jamais de choses sérieuses ! ajouta-t-elle en soupirant.

Madame de Dreux serra le papier dans son buvard et reprit le cours de ses méditations.

— Madeline a raison, se dit-elle, il faut que Guy soit quelque chose. C’est assez qu’il ait cessé de m’aimer, encore que je sois seule à le savoir. Que penserait-on de lui, si l’on savait que je ne suis plus rien pour lui, et qu’il vit sans souci au milieu d’un bien-être qu’il me doit entièrement ? S’il s’occupe de politique, ou d’art, ou de science, on excusera plutôt ses négligences envers moi ; il aura, du moins, le prétexte d’une occupation absorbante !

Ses larmes avaient cessé de couler ; elle suivait sa pensée avec une sorte d’indifférence amère. Sauver les apparences aux yeux de sa famille et de ses amis, voilà ce qui était important ! Ses chagrins ne regardaient qu’elle, et elle ne les révélerait pas, bien certainement.

— La politique, pensa-t-elle, c’est plus commode ; il n’y faut pas tant d’esprit.

Ce parti résolu, elle s’approcha de la glace et commença à dénouer ses cheveux lentement. Ces tresses blondes, épaisses et magnifiques, que Guy aimait autrefois à rouler autour de ses bras, lui paraissaient bien lourdes maintenant.

— À quoi bon passer une heure à les arranger chaque jour, se dit-elle, puisqu’il ne s’en soucie plus ? Je les couperai ; nous verrons ce qu’il dira… Qu’est-ce que cela peut lui faire ?

Elle chercha des ciseaux autour d’elle, afin d’accomplir sur-le-champ le sacrifice. Elle sentait que Guy serait piqué par ce reproche muet. Heureusement, elle n’en trouva pas, et remit au lendemain l’exécution de son projet.

Comme elle revenait à sa toilette, un pas se fit entendre dans la pièce voisine, et un coup léger retentit à la porte.

— Qui est là ? dit-elle effrayée. Son esprit avait couru de prime saut à son enfant, qu’elle crut malade.

— C’est moi, ma chère, dit la voix de Guy. Il est bien tard, je suis indiscret, sans doute. Puis-je entrer ?

Sans attendre de réponse, il ouvrit la porte, qui n’était pas verrouillée, entra, et la referma derrière lui.

Blanche, debout, le regardait, saisie, presque inquiète, troublée par tant d’émotions diverses qu’elle n’en pouvait démêler aucune.

— Je vois, dit M. de Dreux avec une parfaite aisance, que ma visite vous étonne, ma chère Blanche. C’est ma faute, j’en conviens ; mais il n’est faute qui n’entraîne son absolution. Vous ne serez pas plus cruelle que l’Église, n’est-ce pas ?

En parlant d’un ton enjoué, il prit la main de Blanche et la porta à ses lèvres, où il la retint longuement. Elle la retira soudain avec violence, et le regarda en face, sous la lumière des deux bougies qui l’éclairaient en plein.

Que venait-il faire ici, après sa longue négligence ? Se figurait-il qu’il n’avait qu’à se présenter pour retrouver l’amour qu’il avait dédaigné ? L’instant d’avant, Blanche, consultée, eut renoncé à tout ce qu’elle possédait pour le voir près d’elle. Maintenant, cette visite tardive l’indignait ; elle eut envie de lui dire de sortir. Cependant, un second mouvement la remplit d’une indicible émotion. Le jour de la réparation était-il venu ? Elle se contint et garda son air grave.

— Qu’avez-vous à me dire ? fit-elle d’un ton si froid, que M. de Dreux se sentit un peu dans l’état d’un homme qui reçoit une gouttière sur la tête. C’était un garçon élevé dans le meilleur monde ; il fit face à la bourrasque.

— Mille choses, ma chère Blanche, dit-il en s’asseyant sur le petit canapé, et en essayant de lui reprendre la main ; mais cette main résista si bien, qu’il fut obligé de la lâcher, sous peine de devenir ridicule.

— Ne pourriez-vous me les dire demain ? fit sa femme. Pendant qu’elle prononçait cette phrase, elle tremblait en elle-même qu’il ne la prît au mot ; retrouverait-elle jamais cette occasion perdue de lui faire sentir combien il l’avait blessée ?

— Non, répondit Guy en souriant. Je vois, ma chère femme, que j’ai des excuses à vous faire… Voulez-vous m’écouter un instant ? Je tâcherai d’être bref.

— Vous n’avez pas d’excuses à me faire, dit Blanche, en s’asseyant en face de lui sur une chaise ; mais si vous avez quelque chose à me dire, je vous prierai d’être bref en effet, car je suis très fatiguée.

— J’obéirai, fit Guy avec toute la bonne grâce possible. J’ai sur la conscience un gros péché, ma chère Blanche : je me suis laissé absorber par des affaires peu intéressantes pour vous, et dont je vous épargnerai le détail ; nous autres hommes, vous l’ignorez peut-être, car dans la simplicité de votre excellent cœur, vous jugez le plus souvent d’après vous-mêmes, nous sommes incapables de mener deux idées de front. Une seule idée, c’est tout ce que nous pouvons nous permettre, et encore !…

Guy se mit à rire sur cette épigramme à l’adresse du sexe fort, et ce rire découvrit ses dents blanches et brillantes, absolument parfaites. Blanche le regardait et l’écoutait d’un air sérieux.

— Mon idée, reprit-il, n’était pas de nature à vous être confiée ; c’est-à-dire que… c’est là que commence ma confession, ma Blanche chérie, mais me pardonnerez-vous jamais ?

Il la regardait d’un air suppliant ; le velours noir de son veston faisait ressortir la finesse de son teint, la douceur de sa moustache soyeuse. Blanche détourna les yeux ; il reprit :

— C’était vers le moment de la naissance de Bébé, reprit-il ; en toute autre circonstance je serais venu vous avouer ma faute, mais je craignais, en vous causant quelque émotion, de troubler votre précieuse santé… Depuis lors, préoccupé de l’idée dont je vous parlais, je n’ai plus osé affronter votre présence ; enfin, maintenant, j’ai réparé le mal que j’avais causé, et je viens en me confessant implorer votre pardon.

— De quoi s’agit-il ? demanda Blanche, encore incrédule, et déjà émue.

— Venez ici, ma Blanche adorée, que je vous le dise à l’oreille, tout près, tout près.

Il l’attirait à lui, elle céda et s’assit sur le petit canapé avec un geste désespéré. Il pouvait bien dire tout ce qu’il voudrait maintenant, sa cause était gagnée d’avance !

— J’avais parié, lui dit-il à l’oreille, j’avais parié une très grosse somme, et je l’ai perdue, mais je viens de la regagner depuis deux jours.

— Comment, s’écria Blanche indignée, pour une misérable question d’argent…

— La somme était considérable, répondit-il d’un air confus. J’avais perdu cent mille francs.

La vérité passa devant les yeux de madame de Dreux comme un éclair. – C’est un mensonge ridicule, se disait-elle ; puis, soudain, une autre pensée lui vint : Si je ne le crois pas aujourd’hui, quand le croirai-je ? S’il a menti, mon bonheur est perdu, ma vie est terminée…

— Cent mille francs ? dit-elle tout haut, c’est pour cent mille francs que vous m’avez fait tant de peine… Je ne méritais pas cela, Guy !

Il se mit à genoux devant elle, et protesta de son repentir avec tant de sincérité, qu’elle se sentit touchée. Il se repentait en effet, car il l’aimait toujours, à condition de la tromper de temps en temps. Elle eut tout à coup une envie folle de se jeter au cou de ce grand scélérat, mais elle sut au moins sauver sa dignité.

— C’est très mal, monsieur, dit-elle, pendant que son visage rayonnait, quoi qu’elle en eût. Et juste au moment où vous devenez père, où l’avenir de votre fils doit vous intéresser !… Vous lui donnez là un bel exemple !

— Cet enfant de trois mois est encore bien jeune pour que je puisse le pervertir, ma Blanche aimée, répondit en souriant le jeune père ; mais je ne recommencerai plus, je vous le jure. J’ai trop souffert de ne pouvoir vous parler à cœur ouvert : je pensais à tout moment réparer mes pertes, et j’arrivais à peine à ne pas augmenter le chiffre. Je vous assure que j’avais peur de vous ; oui, Blanche, j’avais peur de toi. Je me disais que si je me trouvais seul en ta présence, je ne pourrais me taire, et je trouvais trop dur de t’avouer que j’avais commis une si grosse imprudence. Enfin, dis, tu me pardonnes à présent ?

Blanche se jeta au cou de son mari, qui l’attirait à lui.

— Ah ! dit-elle tout bas, j’ai trop souffert aussi… je croyais que tu ne m’aimais plus !

— Quelle folie ! dit Guy en l’embrassant. Est-ce que je pourrais ne plus t’aimer ?

Blanche se dégagea, écarta ses deux tresses si menacées l’instant d’avant, et que, par un mouvement machinal, comme autrefois, Guy s’amusait à enrouler autour de son poignet.

— Écoute, dit-elle, mon ami, laisse-moi te donner un conseil et te demander une promesse. L’épreuve que tu viens de subir n’est pas de celles qui purifient, au contraire. Je ne veux rien te reprocher ; mais si tu avais eu une occupation sérieuse, aurais-tu pensé à parier des sommes importantes, comme le premier oisif venu ? Je t’en prie, Guy, pour l’amour de moi, à partir d’aujourd’hui, prends la résolution d’être quelqu’un ou quelque chose.

— Je ne demande pas mieux, répondit évasivement M. de Dreux ; nous verrons.

— Non, pas plus tard, tout de suite, aujourd’hui, je t’en supplie. Veux-tu entrer dans la diplomatie ? veux-tu faire de la politique ? Veux-tu être ambassadeur ou député ? Choisis !

— Comme tu y vas ! s’écria Guy en éclatant de rire. Ambassadeur, cela ne me va guère : j’aimerais mieux député ; on n’est pas obligé de s’expatrier, au moins ! Et tu te figures qu’on est député comme cela, tout d’un coup ?

— Non, mon ami. On est conseiller d’arrondissement, puis conseiller général, ensuite député, et…

— … Et ministre, n’est-ce pas ? Je le veux bien ; mais je ne suis pas éloquent ! Qui me fera mes discours ? J’en suis incapable !

Blanche pensa au brouillon qui était dans son buvard et reconnut que son mari se rendait justice.

— Tu parles très bien, dit-elle toute confuse, en cachant sa jolie figure sur l’épaule de Guy, et pour tes travaux je t’aiderai, si tu veux bien le permettre. Au pensionnat, j’étais très forte en style et en histoire… Je reprendrai mes études, nous travaillerons ensemble ; tu as de la mémoire, tu verras, tout ira très bien. Y consens-tu ?

— De grand cœur ! répondit Guy en l’enlaçant de ses bras.

Blanche ne songea plus à couper ses tresses. Le lendemain, à déjeuner, Guy, soucieux, se disait en se versant un verre de clos-vougeot :

— Hier, cela a très bien pris, mais qu’est-ce que je lui dirai la prochaine fois ?

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