Chapitre 106
A cet appétit de la mort, qui s’en donnait tous les avant-goûts, succéda bientôt dans cette âme un autre sentiment de l’agonie chrétienne : une crainte d’être coupable de présomption, aux yeux du Souverain Maître, par cette volonté pressée de mourir, un doute humble qu’elle fût suffisamment digne d’aller à lui ; et Mme Gervaisais se décida à attendre cette fin dont elle avait eu l’avide impatience, laissant maintenant à Dieu le choix de sa dernière heure, prête à mourir s’il le voulait, résignée à vivre s’il l’exigeait.
Après ce sacrifice d’un dernier désir, elle n’eut plus de désir. Une immense passivité de fatigue et d’écrasement lui donnait, pour tout, une espèce d’effrayante insensibilité. On eût dit qu’un grand calme apathique la mettait comme au-delà des sensations humaines. Elle n’attendait plus rien, elle n’espérait plus rien, elle n’avait plus envie de rien, elle n’était plus touchée par rien. Parfois, elle avait dans les yeux l’absence et l’effacement d’un regard d’aveugle ; et elle tombait dans un abîme d’indifférence où le vide, les épuisements, les pertes de son être, paraissaient la faire presque un peu défaillante à la Religion même.
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