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Chapitre 110

« Donnez !… » dit Mme Gervaisais à Honorine.

Et elle lui prit des mains la lettre que venait d’apporter un gendarme pontifical, lut son nom au-dessous du timbre sec : Anticamera Pontificia.

Deux ou trois palpitations lui battirent sous le sein. Elle s’arrêta : ses mains avaient l’émotion de tenir un des grands événements de sa vie. Et elle resta une minute sans oser ouvrir le solennel et officiel papier.

Puis vivement, elle rompit le cachet, parcourut la lettre moitié imprimée, moitié écrite, datée de cet auguste lieu d’envoi : Vaticano, et la formule qui la prévenait que Sa Sainteté daignerait l’admettre à une audience, le samedi 30 avril, à cinq heures après-midi.

Elle relut la lettre, épela jusqu’à l’illisible signature du Maître de la Chambre, l’avvertenza en marge pour la tenue des dames et des messieurs : on aurait dit qu’elle voulait se convaincre de la réalité d’un rêve.

Elle abaissa la lettre sur ses genoux, la tenant toujours, regarda sur le canapé sa robe noire et son voile noir tout préparés. C’était pour le lendemain ! Elle allait être reçue par le successeur de Saint-Pierre, le vicaire de Jésus-Christ, le Pape, – le Pape ! – un mot qui faisait un long écho jusqu’au fond de ses respects. Elle ne se souvenait plus de l’humanité qu’il avait paru avoir dans cette rencontre sur le chemin des Vignes. D’avance, elle l’apercevait transfiguré : elle s’en approcherait comme d’une image, d’un reflet, d’une présence terrestre de Dieu. Une lumière lui passa devant les yeux ; et un moment d’éblouissement lui fit voir l’entrée d’une chambre rayonnante, pareille à l’antichambre du ciel.

Toute la journée, elle voulut garder le biglietto d’audience ouvert devant elle, le posséder de ce regard errant, vague, ne discernant plus les caractères, mais touchant encore le bonheur de ce qui était écrit sur ce papier, qu’elle ne lisait plus. Et la nuit, elle l’attacha avec une épingle au rideau du fond de son lit, pour dormir avec lui.

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