Chapitre 18
Quand elle sortait maintenant, par hasard, dans la journée, aux heures où les églises n’ont pas encore relevé sur leurs portes, pour la sieste de la prière, leurs portières de cuir, elle aimait à y entrer.
Ce qui l’y attirait et ce qu’elle allait y chercher, ce n’était point une impression religieuse, l’approche du Dieu chrétien dans sa maison, mais la sensation d’un lieu de tranquillité, paisiblement et silencieusement agréable, offrant le repos et l’hospitalité d’un palais pacifique. Sortir du soleil de la rue, entrer dans la fraîcheur, l’assoupissement de l’or et des peintures, les lueurs polies et les blancheurs errantes, c’était pour elle le rassérénement que pourrait donner un endroit d’ombre, attendant le jet d’eau du Généralife. Et peu à peu, dans la ville des églises, allant à celle-ci, à celle-là, les visitant, prolongeant ses stations, elle se laissait aller à ce goût qui vient à l’étranger, à cette passion qui lui fait perdre les préjugés, les répugnances du catholique des églises gothiques, et l’amène à prendre presque en pitié la pauvreté de pierre de ses cathédrales ; elle se laissait aller à l’amour du marbre, du marbre qui met là partout aux murs son éclat glacé, ses lumières glissantes, ses lisses surfaces caressées par le jour jouant sur leur dureté précieuse, filant le long des colonnes, des pilastres, se perdant aux voûtes en éclairs brisés. À mesure qu’elle y vivait, elle prenait une habitude d’être, pendant le chaud du jour, au milieu de cette pierre veinée, brillante et à moitié bijou, de ce froid luisant des couleurs doucement roses, doucement jaunes, doucement vertes, fondues en une espèce de nacre irisant de ses teintes changeantes le prisme de toute une nef. Immobile, contemplative, elle avait un plaisir à se voir enveloppée de cette clarté miroitante où la chaude magnificence des dorures, l’opulence des parois et la somptuosité des tentures semblaient s’évaporer et se volatiliser dans un air agatisé par tous les reflets des porphyres et des jaspes.
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