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Chapitre 4

Dans son sommeil du matin, Mme Gervaisais sentit sur son visage une lumière et une chaleur. C’était comme un doux éblouissement qui aurait chatouillé, dans leur nuit, ses paupières fermées.
Elle ouvrit les yeux : elle avait sur elle un rayon glissant d’une persienne mal fermée et frappant en plein sur son oreiller.

Elle sortit de son lit, heureuse de ce réveil nouveau dans le plaisir de vivre, auquel les maussades matins de Paris habituent si peu les existences parisiennes ; et, jetant un peignoir sur ses épaules, ouvrant la fenêtre toute grande, elle se mit à contempler le ciel d’un beau jour de Rome : un ciel bleu, où elle crut voir la promesse d’un éternel beau temps ; un ciel bleu, de ce bleu léger, doux et laiteux, que donne la gouache à un ciel d’aquarelle ; un ciel immensément bleu, sans un nuage, sans un flocon, sans une tache ; un ciel profond, transparent, et qui montait comme de l’azur à l’éther ; un ciel qui avait la clarté cristalline des cieux qui regardent de l’eau, la limpidité de l’infini flottant sur une mer du Midi ; ce ciel romain auquel le voisinage de la Méditerranée et toutes les causes inconnues de la félicité d’un ciel font garder, toute la journée, la jeunesse, la fraîcheur et l’éveil de son matin.

Elle s’oubliait, appuyée sur la barre de la fenêtre, une joue appuyée dans sa main, aspirant ce bleu, le haut du corps battu du voltigement des rideaux : la porte s’ouvrit derrière elle.

« Dort-il encore ? demanda-t-elle à Honorine.

— Non, madame… Et si madame veut venir… »

Honorine dit cela en souriant, et menant sa maîtresse dans sa chambre, elle la fit se pencher par une petite fenêtre.

Sous la fenêtre, il y avait une cour, un trou, un puits, mais un puits de jour comme en fait là-bas le soleil tombant d’aplomb entre quatre murs. Et au fond, un jardinet couleur de féerie, où les fruits ressemblaient à des fruits d’or, où de l’eau mettait comme une poussière liquide de diamants et de saphirs, à travers des lueurs de feux de Bengale que se renvoyaient les murailles peintes à l’italienne, crûment bleues. La joie du Midi glissait et jouait sur le luisant des feuilles, le brillant des fleurs, bourdonnait dans le silence et la chaleur ; et des vols de mouches, tour à tour blanches sur le vert et noires sur le blanc, s’embrouillaient dans l’air, ou bien y planaient, les ailes imperceptiblement frémissantes, ainsi que des atomes de bonheur suspendus dans l’atmosphère. – Un oranger en espalier, de petits citronniers dans de grands pots de terre rouge, des boules-de-neige montant à des morceaux de treilles de roseaux, où l’on avait accroché des fiaschetti vides de vin d’Orviete à côté de brosses à soulier, c’était cependant tout ce jardin, au bout duquel le filet d’une source claire s’égouttait, du haut d’une niche rocheuse, dans un fragment cassé de tombeau antique.

Pierre-Charles se trouvait là. Il avait été naturellement vers l’eau ; et dans la niche, monté sur le morceau de marbre aux stries dégradées, sa chemise de nuit plaquant aux endroits mouillés sur les rondeurs de son petit corps, les bras nus jusqu’à l’épaule, les pieds chaussés de ses hautes bottines dont les boutons n’étaient pas mis, la tête un peu appuyée sur la rocaille, les cheveux mêlés à des plantes pendantes, prenant la source dans le creux de ses deux mains élevées, rapprochées et ouvertes, il laissait retomber l’eau qui débordait, en s’amassant, de la coupe de ses doigts, gentiment immobile, sérieux presque, avec une sorte de sentiment de sa jolie pose, de la charmante et enfantine statue de fontaine qu’il mettait là.

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