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Chapitre 40

Une méchante moquerie de petit camarade, un de ces cruels mots d’enfant contre l’infirmité de son fils, que Mme Gervaisais entendait par hasard, lui inspirait l’idée d’apprendre à lire à Pierre-Charles et de donner, pour se distraire du désœuvrement de sa pensée, cette besogne astreignante et pénible qu’elle savait d’avance devoir être l’épreuve de toutes ses patiences et de tous ses orgueils de mère.

Quelque temps après son arrivée, elle avait pris, pour donner des leçons à son enfant, un sous-curé de la paroisse, qui, à la première vue de son élève, avait jugé inutile d’essayer seulement de lui rien montrer : il se bornait uniquement à le garder deux heures par jour, en jouant la plupart du temps aux cartes avec Giuseppe.

Mme Gervaisais donna congé au sous-curé, et le lendemain, après le déjeuner, montrant à son fils un alphabet tout neuf, ouvert sur ses genoux, elle l’appela près d’elle. Il y avait sur sa figure une volonté si arrêtée, que l’enfant fut pris aussitôt du petit tremblement de tout le corps qui lui prenait lorsqu’il voyait cette figure-là à sa mère. Soumis, il s’approcha et s’appliqua docilement à répéter, après elle, chaque lettre qu’elle lui indiquait en mettant dessus une de ces allumettes de papier rose tournées par la distraction de ses doigts, le soir après dîner. Il les répétait, mais avec un effort, une contention, une contraction de gosier, un travail d’arrachement, une crispation qui faisait peine à voir, et lui mettait autour des yeux la pâleur des émotions de douleur chez l’enfant.

Mme Gervaisais s’était promis de ne pas faiblir ; souffrant elle-même de tout ce qu’elle lui faisait souffrir, elle le tint là pendant toute l’heure qu’elle s’était prescrite.

L’enfant avait à peu près prononcé les lettres que lui avait épelées et pour ainsi dire mâchées sa mère ; mais le jour où il fallut se souvenir, avoir la mémoire des caractères, les reconnaître, faire acte d’un esprit qui sait et qui retient, quand la leçon demanda au malheureux enfant cette chose impossible et qu’il avait la conscience de lui être impossible, une petite fureur d’impuissance à faire ce que voulait le désir de sa mère monta à ce cœur d’amour. Dans la rage d’un désespoir aveugle et fou, il se mit tout à coup frénétiquement à trépigner sur ses deux pieds. Il répétait : – « Pierre-Charles peut pas ! peut pas ! » – toujours sautant, plus excité, plus agité. Il eut besoin, pour s’arrêter, de la main de sa mère posée sur lui, et d’un regard long qui le fit, ainsi qu’un regard dompteur, immobile et cloué au parquet. Séance déchirante pour la mère, souvenir affreux et détesté de l’enfant qui restait énervé, absorbé, ne s’amusant plus, bégayant encore moins de paroles, l’air opprimé et triste comme le malheur injuste d’un enfant.

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