Chapitre 41
« Madame, – c’était Honorine qui parlait à la mère, – encore toute cette nuit-ci, il n’a pas dormi… Oh ! les gueuses de lettres !… Il cherche à les dire tout seul dans son lit… et puis il pleure !… il pleure, le petit homme !… Madame finira par le rendre malade… »
Mme Gervaisais ne répondit pas. Elle ne renonçait pas à son projet, à son vœu ; mais elle tâchait d’ôter la douleur des leçons. Elle cherchait des moyens mécaniques de faire souvenir l’enfant, des procédés de mémoire qu’elle se rappelait avoir lus dans des livres d’éducation. Elle essayait de cette mnémotechnie que trouve l’ingénieuse imagination des mères pour les petites têtes paresseuses. Ses leçons sans sévérité n’étaient plus que des leçons de caresse, de douceur, d’encouragement, d’appel à l’enfant même, les effluves tendres de l’éducation maternelle. Par moments, elle semblait prier l’intelligence de Pierre-Charles. Elle lui disait : « Voyons, mon Pierre-Charles, il faut que tu lises comme les autres. Est-ce que ton petit ami René ne lit pas ? N’est-ce pas que tu veux bien lire… dans ce beau livre-là ? »
Et l’enfant se penchant et se ramassant sur la page du livre ouvert, presque assis sur ses jarrets pliés, comme s’il rassemblait et concentrait toute sa personne en attention pour en faire sortir ce que sa mère lui demandait : « Allons ! ce n’est pas si difficile… reprenait Mme Gervaisais. – Et puis, tu aimes tant petite mère !… Tiens ! rien que jusque-là… »
Et la leçon s’arrêtait dans les effusions du pauvre enfant qui ne pouvait toujours pas lire, et auquel sa mère ne disait plus un mot affectueux sans qu’il s’échappât et se répandît en sanglots, en pleurs, en crises, qui laissaient à sa figure un égarement de sensibilité dans un trouble larmoyant.
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