Chapitre 49
Moins de deux semaines après, sous le même arbre, par une de ces communions rapides, de ces intimités subites entre deux âmes qui s’attendent, et que rapproche un hasard, les ouvrant l’une à l’autre, l’étrangère épanchait ainsi la confidence et le secret de sa vie devant Mme Gervaisais :
« … Je prenais des leçons d’italien d’un prêtre romain, un vieillard aimable ; il était gai, ne me parlait jamais de religion, et l’étude avec lui me plaisait beaucoup. Il tomba malade et mourut. Ma mère me proposa d’aller à son enterrement. J’acceptai de grand cœur. Ce pauvre homme, il me semblait que je lui devais ce souvenir… J’étais à peine entrée dans l’église qu’une voix intérieure me dit : « Tu hais la religion catholique, et cependant tu seras un jour toi-même une catholique… » Je pleurai tout le temps que dura l’office, sans savoir si c’était le mort ou la voix qui me faisait pleurer… Je vous ai dit le désespoir que j’avais éprouvé à quinze ans, quand ma mère m’annonça qu’elle s’était convertie à la religion catholique et qu’elle avait quitté la religion grecque, les nuits que je passais à pleurer, le serment que je m’étais juré, dans l’obscurité, de ne jamais changer de religion, et que chaque soir je me répétais avant de m’endormir… Ce soir-là, le soir de l’enterrement, après mon serment prononcé, je me mis à prier pour les Jésuites !… Ma mère n’a pas voulu que je fisse mes vœux avant trente ans ; mais j’ai été mise en correspondance avec la Mère générale du Sacré-Cœur qui a bien voulu consentir à me recevoir et à me considérer comme membre de la Société, quoique retenue encore dans le monde… Mais, du reste, mes trente ans ne sont pas loin, je vais les avoir dans quelques mois… » dit en finissant la comtesse Lomanossow.
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