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Chapitre 68

C’est ainsi qu’à la suite de ces confessions, la misérable femme revenait presque hébétée sous les contradictions. Après avoir tiré si longtemps de son esprit sa conduite morale, n’ayant jamais obéi qu’à sa raison, le supplice était affreux pour elle d’être ainsi tiraillée entre la soumission et le reste des habitudes de sa conscience, déchirée d’indécisions, passant d’un instant de révolte à une humilité plus docile, se vouant à tout ce que le P. Giansanti exigeait d’elle, par lassitude, parfois sans conviction.

Son imagination, inexorablement tourmentée et travaillée, devenait sans repos sous les impressions des variations contraires, le trouble des obscurités, les secousses d’une tourmente qui, à tout moment, la bouleversait, une de ces confusions et de ces étourdissements d’une piété aveuglée qui méconnaît Celui qu’elle cherche, le voit sans le voir, passe à côté de lui, sans être plus consolée que la pécheresse de l’Évangile quand elle rencontre Jésus et le prend pour le jardinier.

Elle arrivait ainsi à un état de détresse ; elle jugeait que sa foi, son espérance, sa charité, n’étaient plus que des apparences trompeuses de ces vertus détachées d’elle et ayant cessé d’être, comme le veut un saint, « les domestiques de son âme ». La désolation descendait dans sa tristesse, et de cette tristesse elle faisait une cruelle comparaison avec la bonne tristesse de la vraie pénitence, humble, affable, qui n’engourdit point l’esprit, qui ne décourage pas le cœur, et lui donne au fort de ses amertumes l’incomparable consolation.

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