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Chapitre 69

La solitude que Mme Gervaisais trouvait dans les allées écartées de la villa Borghèse ne lui suffisait plus. Elle voulait éviter jusqu’à la vue du monde, ses rencontres, ses connaissances. Le contact de la vie des autres était devenu blessant pour ses pensées endolories, ses souffrances avivées, et elle s’enfonçait chaque jour dans un goût plus sauvage d’isolement et d’éloignement des vivants. Elle se faisait maintenant promener aux extrémités de la ville immense, entre ces remparts de grands jardins, de vignes et d’anciens casins de Cardinaux, percés de jours à croisillons autour de ces basiliques lointaines et égarées au vide des faubourgs, sur des places où sèchent aux arbres les haillons laineux de la misère romaine, le long de ces grands bouts de rue qui vont toujours sans finir, et dont la bâtisse s’ouvre tout à coup sur un champ, des tertres de folle avoine, des coins incultes et perdus où grimpent sur des ruines de thermes des pruniers et des chèvres, sans que rien n’y avertisse plus de la Cité sainte qu’une coupole dans le ciel. Elle se faisait traîner, des heures entières, par des routes abandonnées et toutes bordées d’orties, au milieu d’une campagne que les murs l’empêchaient de voir, de tristes murs de terre et de fagots liés avec des roseaux secs. Là, dans l’ombre maigre d’un des murs, presque oublieuse de son fils, comme disparu d’à côté d’elle, dans sa pose d’enfant ennuyé de toujours regarder en l’air, glissé sur les coussins et assis presque sur les reins, – elle s’abandonnait à elle-même sans distraction, sans parole, sans mouvement. Ses idées, par moments, amenaient sur l’expression de sa figure une douleur, une souffrance, bientôt éteinte dans une somnolence coupée de tressaillements nerveux, que continuait à promener le pas lent des chevaux de louage par le chemin sans horizon.

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