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Chapitre 70

Mme Gervaisais se confessait alors quatre fois par semaine, et communiait tous les dimanches.
Et ses confessions, pour être si rapprochées, si fréquentes, n’en étaient pas plus courtes. Elles semblaient sans fin à Pierre-Charles qu’elle emmenait toujours avec elle, qu’elle y traînait, qu’elle avait voulu un moment faire confesser, sans pitié pour ses sept ans et pour sa pauvre petite raison. Une fois, avec un geste de violence, on l’avait vue, dans l’église, saisir son fils et l’entraîner au confessionnal, n’écoutant ni ses larmes, ni ses gestes, ni sa voix, sourde à la vague terreur de l’innocent, à ce qu’il ânonnait, balbutiait, comme il pouvait, pour exprimer qu’il ne savait pas ce qu’il fallait dire : « Eh bien ! tu diras ce que font les domestiques… » Et elle le poussa dans le dos à genoux sur les marches de bois. Mais le P. Giansanti fut obligé de renoncer lui-même à interroger et à entendre cette âme infirme.

Sa mère se décida à le laisser dans l’église, sur une chaise où elle l’asseyait, devant l’autel de Saint-Ignace, en lui recommandant d’être bien sage et de prier le bon Dieu, jusqu’à ce qu’elle vînt le reprendre. Pourtant elle n’avait pas la cruauté de le gronder, lorsque, las de cet ennui sur place, accablé de la pénitence immobile, elle le trouvait vaguant et musant de chapelle en chapelle, parfois même aventuré sur la porte et regardant la rue où l’enfant, auquel l’homme noir prenait sa mère, l’enfant seul au monde comme jamais enfant n’y fut seul, cherchait d’un œil avide et furtif un mendiant de son âge, ayant pour domicile les marches de la porte latérale du Gesù.

C’était un petit teigneux à la tête rasée, au crâne bleuâtre. Un fragment de relique dans un sachet d’étoffe était attaché à son cou avec un bout de corde. Il flottait dans un reste de chemise d’une toile à treillis, du noir d’un sac à charbon, et dont les manches, à partir des coudes, pendillaient en pelures. Sa culotte lui descendait à peine aux genoux, une culotte de morceaux rajustés à un fond avec le gros fil et le naïf rapiéçage du pays. Cette culotte tenait à peu près attachée à deux lisières de feutre : l’une, qui avait sauté, pendait devant, tandis que l’autre lui remontait son pantalon dans le dos jusqu’à l’omoplate. Le cou, la poitrine, un peu des reins, du ventre et du reste, passaient, avec des morceaux de peau brûlés, de la chair de Ribera entre les mailles d’une loque. Ses pieds étaient chaussés de boue sèche.

Ainsi, presque nu sous ses haillons, habillé de trous autour desquels il y avait, par pudeur, un peu de quelque chose, l’affreux et sordide gamin avait le rayon du soleil, de la santé, de la liberté, un éclair ardent de vie animale. Un rire large et blanc lui venait quand Pierre-Charles lui donnait sa baïoque d’habitude. Pour le remercier, il s’amusait avec lui, lui apprenait à lancer au loin un sou, avec une double ficelle nouée autour des deux jambes. Et pour le triste et lamentable petit riche, c’était le meilleur de son existence que ces rencontres avec ce misérable camarade, si heureux en comparaison de lui.

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