Chapitre 71
« Honorine vous a surpris me volant, dit Mme Gervaisais à Peppe, et ce n’est pas la première fois… »
Giuseppe se mit à rire, et reprit presque aussitôt son impassibilité de gravité sombre.
« Je vous renvoie, et vous allez quitter la maison à l’instant… »
Giuseppe se redressa dans un mouvement de citoyen romain, sa bouche s’enfla pour une injure théâtrale qu’il ne dit pas. Puis il cligna de l’œil, salua et sortit.
Honorine resta un peu étonnée de l’exécution ainsi faite par sa maîtresse, qui lui avait paru aimer le service de Giuseppe. Et en effet Mme Gervaisais appréciait en lui cette espèce d’intelligence sauvageonne des races méridionales ; vingt fois elle avait laissé échapper devant Honorine, qu’elle aimait encore mieux être volée par lui que mal servie par un Allemand ou un Suisse. La femme de chambre ne s’expliqua ce renvoi qu’en le rapprochant d’autres économies toutes nouvelles de Madame, qui semblait, depuis quelque temps, vouloir rétrécir et resserrer le train de son intérieur dans les plus petits détails.
Le lendemain matin, Giuseppe sonnait, entrait de force, malgré Honorine, se posait devant Mme Gervaisais, lui disait ces deux seuls mots : « Sono pentito, je suis repentant… » Et il attendait, immobile.
« Je ne reprends jamais un domestique que j’ai renvoyé.
— Eh bien ! alors que Madame me donne quelque chose…
— Comment ? est-ce que je ne vous ai pas payé ?… Pourquoi vous donnerais-je quelque chose ? »
Un sourire fin passa sur le masque tragique du domestique : « Et pourquoi pas ? Quand je serais le Diable, Madame me ferait bien la charité… »
Le renvoi de son domestique, le manque d’un homme pour l’accompagner dans ses promenades lointaines, amenait Mme Gervaisais à quitter sa voiture ; elle cessait son abonnement chez le loueur, et demeurait enfermée chez elle tout le temps qu’elle ne passait pas à l’église, devenue son autre logis, sa vraie maison.
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