Chapitre 76
Ce n’était pas d’ailleurs la première fois que des fantaisies de pénitente s’étaient tournées vers le P. Sibilla. Avant Mme Gervaisais, d’autres imaginations de femmes, séduites par le romanesque pieux que la dévote se crée dans la religion, avaient cru trouver, auprès de cet homme héroïque et de foi âpre et militante, leur vrai guide, l’homme unique de leur salut. Elles avaient sollicité, mendié sa direction : il les avait refusées. Il refusa, comme les autres, Mme Gervaisais.
Cette besogne délicate du confessionnal, la confession de la femme, le maniement fin et léger des âmes fragiles de grandes dames, le gouvernement petit et mince de ces consciences mondaines, subtiles et savantes, n’était, il en avait conscience, ni son affaire, ni sa vocation, la Calabrais qu’il était, resté Calabrais à Rome, soldat avant d’être moine, et dont le cerveau remuait en ce moment même de vastes projets, des plans de conversion qui ressemblaient encore pour lui à de la guerre, l’apôtre désireux des dangers et se sentant le trop-plein du sang des martyrs dans les veines, ne pouvait avoir que de la répugnance, presque du dédain, pour cette paresseuse et molle occupation du sacerdoce assis : la direction de la femme, dont tout éloignait ce prêtre bronzé d’abord à des expédition de brigand, plus tard missionnaire à travers les peuplades sauvages, et qui avait l’air d’avoir pris, dans son apostolat chez les noirs, sous le ciel féroce de l’Afrique, un peu de la dureté d’un négrier.
Mais le refus net, presque impoli du P. Sibilla, ne faisait qu’exaspérer le désir de Mme Gervaisais, et elle parvenait à obtenir, par la puissante influence en cour papale de la femme d’un ministre étranger, une recommandation du Saint-Père qui triomphait de la résistance du P. Sibilla.
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